Pour contrer l’influence jihadiste au Sahel, la France et l’UE débloquent 1,3 milliard d’euros au titre de l’aide au développement

Lors de sa visite faite aux soldats de la force Barkhane, en 2017, à la veille de Noël, le président Macron avait détaillé la stratégie suivie par la France au Sahel, laquelle repose sur la « coordination des opérations militaires » avec la Mission des Nations unies au Mali [MINUSMA], la mission européenne EUTM Mali ainsi que la Force conjointe du G5 Sahel, « l’aide au développement » et les « efforts diplomatiques. »

« Ce triptyque est la condition même de notre réussite. C’est ce qui nous permettra de gagner dans la durée. […] S’il n’y a pas de ligne claire sur le plan militaire et diplomatique, il n’y a pas d’action durable », avait ensuite justifié M. Macron.

S’agissant de l’action militaire, la force Barkhane a fait le travail cette année, avec plus de 150 jihadistes mis hors de combat et des coups sévères portés contre l’encadrement du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM] et les « katibas » de l’État islamique au Grand Sahara [EIGS]. Le bilan est en revanche plus contrasté pour la Force conjointe du G5 Sahel, qui n’est toujours pas pleinement opérationnelle étant donné que les fonds qui lui avaient été promis à cette fin manquent toujours. Les efforts diplomatiques, sur ce point précis, n’ont pour le moment pas porté.

« La question est de savoir comment nous devons aborder la question de notre intervention dans le Sahel. C’est un problème d’une considérable complexité. Nous essayons d’agir avec l’ONU, la […] MINUSMA, l’Union européenne, Barkhane, les acteurs du G5 Sahel, et demain avec l’Union africaine. Tout cela appelle une ingénierie très particulière, une connaissance très particulière, un état d’esprit particulier, et nécessite de construire des forces qui, une fois cette compréhension commune des problèmes acquise, soient capables de définir ensemble des modes d’action communs pour intervenir. Et ces forces doivent être capables d’intervenir », avait expliqué, sur ce point, le général François Lecointre, le chef d’état-major des armées [CEMA], lors d’une récente audition parlementaire.

Quant au développement, axé sur la « prévention du jihadisme », un pas vient d’être franchi, à Nouakchott, ce 6 décembre, avec les annonces faites par l’Union européenne et le ministère français des Affaires étrangères, à Noulors d’un sommet extraordinaire du G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad].

« Je suis heureux d’annoncer que le soutien de l’Union européenne au Programme d’Investissements Prioritaires (PIP) s’élève à présent à 800 millions d’euros. Cela comprend l’annonce aujourd’hui de 122 millions d’euros d’argent frais », a en effet déclaré Neven Mimica, le commissaire européen pour la Coopération internationale et le Développement.

Ayant déjà engagé 280 millions d’euros pour financer des projets de développement, Paris a annoncé son intention d’ajouter 220 millions supplémentaires. De cette manière, « la France […] investira 500 millions au profit des priorités » du G5 Sahel, a souligné Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères. « La moitié de cette somme concerne des projets déjà en gestation et en cours […] L’autre moité sera octroyée de manière accélérée dans les deux ans qui viennent pour vous permettre d’être au rendez-vous de vos priorités », a-t-il ajouté.

Pour financer leurs 40 projets de développement, le pays du G5 Sahel avaient besoin de 1,9 milliard d’euros, dont 13% sont pris à leur charge. Cette somme, dont l’essentiel sera donc apportée par la France et l’UE, servira à construire des écoles et des centres de soins ainsi qu’à établir des accès à l’eau, en particulier dans les régions « travaillées » par les groupes jihadistes, comme, par exemple, celle du Liptako-Gourma. L’idée est d’éviter que ces derniers puissent tirer parti des carences, voire des défaillance des États concernés, en attirant à eux des populations déshéritées.

« La pauvreté, le chômage, l’analphabétisme, les sentiments d’injustice, d’impuissance et d’absence de perspectives, le laxisme à l’endroit du trafic de drogue et l’incapacité des États à assumer pleinement leurs responsabilités régaliennes génèrent des conditions optimales pour le règne de l’insécurité, laquelle facilite l’intrusion des terroristes et des extrémistes et leur permet de prospérer et de trouver des cibles potentiellement réceptives à leur discours idéologique ou religieux », a fait valoir Ould Abdel Aziz, le président mauritanien, poir qui, « à elle seule », l’approche sécuritaire est « insuffisante pour résoudre définitivement la question de la violence extrémiste. »

« Notre souhait, c’est d’asseoir vigoureusement le second pilier stratégique et décisif de notre action commune, le développement économique et social du G5 Sahel », a ajouté Mahamadou Issoufou, le président nigérien.

Lors d’un entretien donné au quotidien Le Monde, à la veille de quitter le commandement de la force Barkhane, fin juillet, le général Bruno Guibert avait insisté sur la convergence de l’action militaire avec le développement.

« Dans certaines parties du territoire, la sécurité, voire la justice, sont assurées de facto par des groupes djihadistes. Seul le retour permanent de l’autorité malienne, favorisera le retour de la confiance de la population. Un certain nombre de jeunes s’engagent aussi dans les rangs de ces groupes armés pour se défendre contre d’autres communautés. Ce qui ne signifie pas que les populations soutiennent tous les jihadistes. Il faut maintenant faire converger les stratégies militaire et de développement afin de provoquer la rupture et couper les liens entre population, communautés et jihadistes. C’est un point fondamental. Cela prendra du temps, sera douloureux peut-être, mais la situation reste réversible. C’est avant tout une question de volonté politique », avait expliqué le général français.

Photo : EMA

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