Mme Parly : Pour l’innovation de défense, « geeks de toutes régions, unissez-vous! »

En janvier, lors de ses voeux, dans un plaidoyer en faveur de l’innovation, la ministre des Armées, Florence Parly, avait repris une formule de mai 1968 pour illustrer son propos. « L’imagination au pouvoir! », avait-elle lancé. À l’occasion de l’inauguration du Forum Innovation Défense, le 22 septembre, quitte à rester dans le registre révolutionnaire, elle aurait pu citer Danton : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace! ».

En effet, en matière d’innovation, Mme Parly ne veut rien s’interdire. « Ne vous restreignez pas, toutes les portes sont ouvertes », a-t-elle dit au sujet des études relatives au futur porte-avions de la Marine nationale, lequel « sera un aiguillon pour nos idées nouvelles » et « nous permettra de relever des défis techniques et technologiques majeurs comme un nouveau système d’appontage, des nouvelles catapultes, la cohabitation d’aéronefs et de drones. »

« Bâtissons ensemble ce ministère où la soif de l’audace, supplantera pour toujours la peur de l’échec. Ce ministère où l’on peut tenter, convaincre, développer. Ce ministère qui sera le refuge des novateurs, l’espoir des créatifs. N’ayons pas peur. Ni de nos idées, ni de celles des autres. En un mot, innovons, toujours », a affirmé la ministre.

Cela étant, avoir de l’imagination et des idées résolument novatrices est une chose. Mais pouvoir les mettre en musique en est une autre. En un mot, les moyens financiers devront suivre.

Sur ce plan, Mme Parly a fait valoir que la Loi de programmation militaire 2019-25 donne « les moyens de prendre pleinement le tournant de l’intelligence artificielle, du cyber, du new space », c’est à dire des « nouvelles technologies » qui « transformeront les conflits en profondeur ». Et d’ajouter : « Il faut immédiatement en comprendre les ressorts et en saisir les opportunités ».

L’intelligence artificielle, surtout, bénéficiera, en 2022, de 100 millions d’euros de crédits, soit dix fois plus qu’en 2017. « Nous avons besoin d’experts, aussi, et nous avons déjà commencé à recruter parmi les meilleurs et les plus prometteurs des ingénieurs et des docteurs en intelligence artificielle, en vision, en robotique », a assuré la ministre.

Pour innover, les Armées auront à se tourner vers l’extérieur et faire appel à tous les talents, d’où qu’ils viennent. Elles le font déjà, via les « hackathons » et les « défis » organisés régulièrement par la Direction générale de l’armement, la Marine nationale et l’armée de l’Air. L’agence de l’innovation de défense lancera prochainement les siens, avec, pour commencer, un « challenge » sur l’intelligence artificielle « dans le domaine spatial », a annoncé Mme Parly.

« Alors mon message est clair : geeks de toutes régions, unissez-vous, nous attendons vos trouvailles au salon du Bourget de 2019 », a lancé la ministre, reprenant, en la modifiant, la conclusion du « Manifeste du Parti communiste » de Marx et Engels.

Cela étant, quant à rester dans le registre révolutionnaire, cet appel aux « geeks » est presque une révolution… Même si le mot « hacker » aurait été le mieux approprié malgré qu’il soit souvent (mal) utilisé pour désigner des « pirates informatiques »…

En 2011, Éric Filiol, alors directeur de recherche à l’Ecole supérieure d’informatique, Electronique, Automatique (ESIEA), avait estimé que l’État devait « aller chercher les ressources là où elles étaient », c’est à dire « chez les hackers qu’on a tendance à diaboliser à l’excès », parce qu’on « ne les comprends pas ». Et de rappeler justement qu’un hacker est un quelqu’un « capable d’analyser en profondeur un système […] de sorte à en comprendre les mécanismes les plus intimes, en privilégiant le résultat sur la méthode », contrairement souvent à l’approche académique.

Par ailleurs, pour Mme Parly, il « faut penser globalement, ne pas opposer la petite entreprise au fleuron industriel ». Il « s’agit de l’avenir de notre défense, il s’agit de la sécurité et de la liberté de la France, alors toutes les bonnes volontés sont bienvenues », a-t-elle insisté.

En conclusion, Mme Parly a dit souhaiter que le « visage » de son ministère soit celui de « l’optimisme et de l’espoir », « celui qui a le regard fixé sur l’avenir et jamais cramponné au passé ».

Pour autant, avoir un oeil sur le passé évite de répéter les erreurs tout en étant une possible source d’inspiration… De nombreux projets n’ayant jamais pu voir le jour parce qu’ils étaient trop en avance sur leur époque ou que les connaissances qui auraient permis de les mener à bien n’étaient pas celles que l’on a aujourd’hui.

« Une génération qui ignore l’histoire n’a pas de passé, ni de futur », avait écrit Robert Heinlein. Ce n’était pas un révolutionnaire mais un ancien officier de l’US Navy devenu auteur à succès de… science fiction.

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