Le général Bosser a débaptisé la promotion « général Loustaunau-Lacau » du 1er Bataillon de l’ESM Saint-Cyr

C’est par un communiqué publié dans la soirée du 17 novembre que l’armée de Terre a annoncé une mesure exceptionnelle prise par son chef d’état-major [CEMAT], le général Jean-Pierre Bosser, au sujet de la promotion 2016-2019 de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan, qui avait choisi pour parrain le général Georges Loustanau-Lacau.

Ainsi, le général Bosser, « en étroite coordination avec la ministre des armées [Florence Parly] et le chef d’état-major des armées a considéré qu’il n’était pas « acceptable » qu’une promotion d’élèves-puisse « prendre le parcours du général Loustaunau-Lacau comme une référence », en raison, si l’on comprend bien, des activités politiques menées par ce dernier dans les années 1930.

Né le 17 avril 1894 à Pau dans une famille modeste, Georges Loustaunau-Lacau intègre l’ESM Saint-Cyr en 1912 après avoir obtenu un baccalauréat en sciences. Durant la Première Guerre Mondiale, alors jeune officier, il s’illustre à plusieurs reprises au point de recevoir la croix de chevalier de la Légion d’honneur pour sa conduite au feu à la tête d’une compagnie de mitrailleuse. Promu capitaine à 22 ans, il obtient la la croix de guerre avec trois palmes et une étoile.

Après l’armisice, il sert un temps en Allemagne avant de rejoindre l’École de guerre, où il côtoie le futur général de Gaulle. Major de sa promotion, il est affecté à Wiesbaden puis, durant la guerre du Rif, au 3e bureau de l’état-major du général Naulin au Maroc, où il rencontre le maréchal Lyautey. En 1926, il est muté à l’état-major général, à Paris, où il étudie les évolutions de l’infanterie allemande.

Après un temps passé à la mission française auprès de l’armée grecque, Loustaunau-Lacau prend le commandement du 24e Bataillon de chasseurs alpins. Puis, en 1934, il rejoint le cabinet du maréchal Pétain, alors ministre de la Guerre du gouvernement Doumergue (tendance radicale). Il suivra ce dernier quand il deviendra membre du Conseil supérieur de la guerre et remplacera le colonel de Gaulle au poste d’écrivain d’État-major.

En 1936, le Front populaire arrive au pouvoir. Et cette année-là, Loustaunau-Lacau fonde, au sein de l’armée, le réseau Corvignolles, c’est à dire un service de renseignement clandestin anticommuniste. Il a été dit que cette struture aurait été le pendant militaire de la Cagoule, une organisation d’extrême-droite secrète qui fit parler d’elle à la fin des années 1930. Or, rien ne permet de l’affirmer avec certitude, aucune archive n’ayant permis de le démontrer.

« Le but de Corvignolles était de détecter les cellules communistes qui pouvaient se former dans l’armée. Une fois cette détection faite, la cellule en question était signalée à l’autorité compétente qui la dissolvait en dispersant ses membres en différents corps. En dix-huit mois, il y a eu 150 à 200 dissolutions de ce genre. […] [Le] travail de Corvignolles était connu du ministre de la Guerre (Daladier) [et] du général Gamelin », assurera plus tard Georges Loustaunau-Lacau.

Vrai? Faux? Toujours est-il que son implication dans le réseau Corvignolles motivera sa mise en position de non-activité de l’armée en 1938. À partir de ce moment, et avec le soutien financier du maréchal Franchet d’Espèrey, dont la mémoire a été saluée à l’occasion du centenaire de l’armistice du 11-Novembre 1918, aux Invalides, Loustaunau-Lacau se lance dans le combat politique. Il anime, dans les pages du quotidien Le Figaro, une page dédiée aux informations militaires (sous le nom de plume de Jean Rivière) et anime deux revues publiée par la Spirale, une maison d’édition dont il devient le directeur sous le pseudonyme de Navarre.

Les revues publiées par La Spirale sont résolument anti-allemandes et anti-communistes. Mais pas seulement, a priori . Ce qui explique, en partie, la décision du général Bosser.

« La Spirale a publié deux revues très critiques dans lesquelles ont paru de nombreux articles anti-communistes, antiallemands et antisémites. Il a lui-même écrit au moins un article en 1938 dans lequel il met en doute la loyauté des Français Juifs », avance le communiqué de l’armée de Terre.

Quoi qu’il en soit, Georges Loustaunau-Lacau réintègre l’armée en 1939. Mais, sur ordre d’Édouard Daladier, alors président du Conseil, il est arrêté le 22 mars 1940 pour s’en être pris au ministre des Transports, Anatole de Monzie, qu’il avait accusé d’intelligence avec l’ennemi. Emprisonné à la forteresse de Mutzig, il est finalement libéré le jour de la Pentecôte et peut ainsi prendre part à la Bataille de la France, au cours de laquelle les troupes sous ses ordres auraient détruit 24 chars ennemis.

Le 14 juin 1940, blessé, Loustaunau-Lacau est fait prisonnier. Mais il parviendra à se faire libérer en août, ce qui, pour certains, confirmerait la rumeur selon laquelle il aurait été un « agent allemand ». Ce que semble accréditer le communiqué de l’armée de Terre. « Il est également l’auteur d’un courrier adressé à l’ambassade d’Allemagne en août 1940 et dans lequel, avec des propos antisémites, il propose ses services aux Allemands », indique le texte, qui prend cependant la peine de préciser que « l’appréciation du contexte et de la portée de cet écrit reste à mener. »

Et pour cause : Loustaunau-Lacau fonde, trois mois plus tard, le réseau de résistance Navarre (qui deviendra Alliance), en profitant de la couverture que lui procurait Légion française des combattants (LFC), une organisation créée par le régime de Vichy pour fédérer les associations d’anciens combattants.

Son réseau travaille essentiellement avec l’Intelligence Service britannique. à partir de 1941. La même année, alors qu’il a l’intention de préparer le soulèvement de l’Armée d’Afrique, alors sous les ordres de général Weygand, Loustaunau-Lacau est arrêté pour « dissidence ». Ses activités ayant fini par « indisposer » les caciques du régime de Vichy, il comparaît devant un tribunal militaire, qui le condamne à deux ans de prison. Le 31 mars 1943, il est livré à la Gestapo et il subit 54 interrogatoires menés par le capitaine SS Hugo Geissler. Puis il est déporté au camp de concentration de Mauthausen. Ayant survécu à la « marche de la mort » lors de l’effondrement de l’Allemagne nazie, il retrouve la France, où il aura à connaître des ennuis judiciaires pour ses activités anti-communistes d’avant-guerre.

Mis en examen dans le cadre de l’affaire de la « Cagoule », le commandant Loustaunau-Lacau bénéficie d’un non-lieu. Il est toutefois inquiété pour une autre affaire de complot anti-communiste, pour laquelle il sera arrêté par le même policier qui l’avait interpellé en 1941… Là, il passera six mois en prison avant d’être remis en liberté provisoire.

Appelé à témoigner au procès du maréchal Pétain (au cours duquel il sera condamné pour « intelligence avec l’ennemi » et « haute trahison »), Loustaunau-Lacau dira : « Je ne dois rien au maréchal Pétain, mais je suis écœuré par le spectacle des hommes qui, dans cette enceinte, essaient de refiler à un vieillard presque centenaire l’ardoise de toutes leurs erreurs. »

Au début des années 1950, Georges Loustaunau-Lacau renoue avec la polique et devient député. Il est alors proche du Centre national des indépendants et paysans. En 1954, il se prononcera en faveur de l’investiture de Pierre Mendès France à la présidence du Conseil et approuvera les Accords de Genève mettant fin à la guerre d’Indochine. Puis, il sera promu général du cadre de réserve en 1955, après avoir été fait commandeur de la Légion d’honneur trois ans plus tôt. Lors des obsèques aux Invalides, en février 1955, des généraux qui donneront leur nom à des promotions de saint-cyriens (Monclar, Koening, de Monsabert, de Larminat), lui rendront hommage.

Dans son communiqué, le général Bosser précise qu’un « processus a été engagé pour que nom de la promotion » de saint-cyriens concernée « évolue vers une référence historique incontestable » et que cette « mesure permettra de nourrir utilement la formation des élèves de cette promotion, dès leur retour de stage à l’étranger ». Et d’ajouter : « Ceux-ci ne doivent pas être pris en otage de débats historiques qui ne sont pas de leur ressort. Il s’agit donc de concevoir et de mettre en œuvre, avec ces mêmes élèves, un parcours de ‘mémoire et de vérité’ pour les aider à construire le cadre éthique qui devra guider leur vie personnelle et les conditions d’exercice de leur futur métier d’officier. »

S’il est reproché au général Loustaunau-Lacau d’avoir mis en place, au sein de l’armée, une structure clandestine que l’on pourrait qualifier de « séditieuse » ou d’avoir écrit des propos antisémites, alors la décision du général Bosser se comprend. En revanche, si ce sont les idées politiques exprimées et défendues (anti-communisme et anti-germanisme) par ce même général Loustaunau-Lacau avant 1940 qui sont en cause, alors il faudrait se préparer à ouvrir la boîte de Pandore.

Car, sur ce plan-là, il y aurait beaucoup à dire. Comme par exemple au sujet du maréchal Leclerc, qui avait des sympathies pour l’Action française avant la guerre. Lors d’un défilé, en 1936, à la tête de son escadron, il aurait même brocardé Édouard Daladier d’un « Pour le fusilleur, tête droite! » (*), en référence aux événements du 6 février 1934. Ce cas n’était pas isolé, y compris dans le proche entourage du général de Gaulle, à Londres (que l’on songe aux colonels Passy, Rémy, etc).

(*) « LECLERC, Maréchal de France« , Général Jean Compagnon Flammarion, 1994.

À lire : Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Simon Epstein (Albin Michel – 2008) et Des royalistes dans la Résistance, François-Marin Fleutot (Flammarion – 2000)

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