Général Lecointre : « Aujourd’hui, je n’ai pas de scénario qui permette de faire face à un conflit de masse »

Lors de la dernière audition du chef d’état-major des armées [CEMA], le général François Lecointre, à l’Assemblée nationale, le député Thomas Gassilloud a demandé si un « travail de planification » portant « sur des hypothèses plus noires que celles envisagées, qui nécessiteraient une mobilisation allant bien au-delà du contrat opérationnel de nos armées » était actuellement conduit par l’état-major.

En effet, a estimé le parlementaire, si « le pire demeure très improbable, l’histoire, les signes faibles et les nouvelles menaces technologiques nous invitent à la prudence, cela sans même évoquer les déclarations portant sur l’article 5 du traité de l’Atlantique-Nord. »

La question de M. Gassilloud faisait par ailleurs écho à une précédente audition du général Lecointre, au cours de laquelle il avait affirmé que la Loi de programmation militaire 2019-25 ne permettrait pas d’avoir une « armée susceptible d’être engagée seule dans un conflit majeur », même si elle ne sera plus « éreintée, sous-équipée, sous-dotée et sous-entraînée comme aujourd’hui. » Et il avait déclaré qu’elle resterait une « armée des ‘dividendes de la paix’, une armée de temps de paix. »

Mais, au cours de sa dernière intervention devant les députés, le CEMA a semblé regretté les mots qu’il avait choisis quelques semaines plus tôt. « J’ai effectivement dit – et je ne le répéterai pas car cela a fait polémique, ce qui m’exaspère –, que nous étions une armée de temps de paix », a-t-il lâché.

« Je voulais dire par là que notre armée n’est évidemment pas prête à être engagée dans un conflit massif qui nécessiterait une mobilisation générale de la population ; aucun scénario de cette nature n’est à l’étude », a précisé le général Lecointre. « La loi de programmation militaire va nous permettre – et il fallait que nous le fassions – de consolider et de moderniser l’armée, de revenir sur les impasses capacitaires ou les réductions temporaires de capacités que nous avions opérées », a-t-il expliqué.

« Nous sommes une armée de temps de crise, mais pas de temps de grande conflictualité. Nous ne sommes pas en mesure, et nous n’avons pas de scénario prévoyant d’être engagés dans une guerre interétatique massive » a ensuite précisé le CEMA.

Cela étant, la LPM 2019-25 doit permettre de remédier aux déficits et aux ruptures temporaires de capacités laissés par les LPM précédentes. « L’avantage que nous aurons […] sera d’être une armée reconstituée, ayant préservé une base industrielle et technologique de défense de très haut niveau et capable, si nécessaire – si des signes nous laissaient à penser que nous allions vers un conflit majeur –, d’effectuer un effort de montée en puissance majeure », a fait valoir le général Lecointre.

« Mais, je le répète, nous n’en sommes pas là, nous n’imaginons pas aujourd’hui que cela puisse arriver », a-t-il assuré, au sujet de l’éventualité d’un « conflit majeur ». « Voilà ce que signifiait l’expression ‘armée de temps de paix’, que je ne reprendrai pas. Nous restons une armée de temps de crise, nous sommes attentifs à la brutalisation du monde, à ce qui peut se passer demain, mais aujourd’hui je n’ai pas de scénario qui permette de faire face à un conflit de masse », a conclu le CEMA sur ce point.

Pour rappel, devant la même commission parlementaire, le général Pascal Facon, le commandant du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement [CDEC], avait estimé, en septembre, que, « après des années marquées par des conflits asymétriques », il fallait « penser à nouveau à la perspective de conflits de haute intensité, tant dans le domaine de la doctrine, que dans celui de la préparation opérationnelle des forces. »

« Cette possible reprise des combats de haute intensité nous impose d’augmenter les durées de formation, de nous entraîner dans un environnement où la supériorité aérienne est contestée, de combattre dans une ambiance NRBC – nucléaire, radiologique, bactériologique, chimique –, de mettre en œuvre des moyens de sauvegarde face à des moyens d’artillerie ennemis de plus en plus efficaces », avait expliqué le général Facon, pour qui il faudrait par conséquent « disposer d’une capacité à générer et à entretenir une masse, pour conserver une réserve permettant de prolonger une action ou de réagir à celle de l’adversaire. »

Par ailleurs, à propos de cette « brutalisation du monde » qu’il a évoquée plusieurs fois lors de son audition, le général Lecointre a estimé que « l’utilité » du Service national universel [qui relève désormais de l’Éducation nationale, ndlr] serait « de mener une action de cohésion nationale et d’endurcissement, au sens où l’on redonnera du courage et des vertus héroïques à nos jeunes gens et où on leur fera prendre conscience que, dans le monde brutal qui s’annonce, […] il faudra des vertus de cohésion nationale et d’engagement personnel qui dépassent l’individualisme marquant la jeune génération, celle qui l’a précédée et peut-être la mienne aussi. »

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