La Défense italienne annule et reporte des programmes d’armement pour trouver au moins 450 millions d’euros

Le 23 octobre, la Commission de Bruxelles a rejeté le projet de budget 2019 présenté par le gouvernement italien, au motif qu’il n’est pas conforme aux règles du pacte de stabilité et de croissance. Du jamais vu. L’exécutif de l’Union européenne [UE] a ainsi pointé les prévisions de déficit (2,4% au lieu des 0,8% promis par Rome) et une dette de plus de 2.300 milliards d’euros, soit 132% du PIB, ce qui en fait la plus élevée de la zone euro après celle de la Grèce. Et cela, même si cette dernière est détenue pour moitié par les Italiens.

Ce budget défendu par la coalition « anti-système » au pouvoir à Rome [formée par la Ligue et le Mouvement Cinq Étoiles, ndlr] prévoit d’augmenter fortement les dépenses, avec notamment l’instauration d’une allocation mensuelle de 780 euros par mois pour 6 millions de personnes, et de diminuer les recettes, avec une baisse drastique de la fiscalité de 15% pour les entrepreneurs individuels et les professions libérales.

Cependant, le ministère italien de la Défense devra se serrer la ceinture, alors que ses homologues européens voient globalement leurs ressources financières augmenter. Début octobre, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Étoiles, vice-président du Conseil des ministres et ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, a évoqué la suppression de 500 millions d’euros de dépenses « pour des armements inutiles, qui ne servent pas à défendre le pays, mais qui constituent seulement un moyen de dépenser de l’argent. » Sans donner plus de détails.

Selon des précisions données à Defense News, le ministère transalpin de la Défense aura finalement à se passer de 450 millions d’euros. Pour faire face à cette baisse de ses ressources, il est question d’étaler des commandes d’équipements, voire d’annuler certains projets, dont celui de réunir les états-majors sur un site unique à Rome.

« Il s’agit d’un projet pharaonique pour la construction du quartier Centocelle de Rome, qui devrait coûter, dans les années à venir, 1,1 milliard d’euros. J’ai le plaisir de vous annoncer que, dans le cadre de la rationalisation des dépenses et de réduction des gaspillages, cet argent ne sera jamais dépensé », avait déjà annoncé, le 21 octobre, Elisabetta Trenta, la ministre italienne de la Défense.

S’agissant ds programmes d’équipement impactés par la coupe budgétaire, les livraisons d’hélicoptères NH-90 devraient être suspendues l’an prochain (116 ont été commandés dans les versions terrestre et navale), de même qu’un projet de modernisation des Panavia Tornado de l’Aeronautica Militare. Ces deux mesures permettraient l’économie de 370 millions d’euros. L’achat du système de défense surface-air CAMM-ER, de MBDA, serait reporté d’un an, voire annulé. Enfin, autre mesure : il s’agirait également de « ralentir » les livraisons de F-35A et B afin d’étaler les paiements. Pour rappel, 90 exemplaires de cet appareil ont été commandés par Rome.

À court terme, ces décalages permettront certes d’économiser de l’argent. Mais à plus long-terme, ces décisions risquent fort de s’avérer coûteuse, dans la mesure où, par exemple, il faudra renégocier les contrats avec les industriels.

Le gouvernement italien, qui assure vouloir faire une nouvelle politique, ne fait qu’appliquer de vieilles recettes, lesquelles semblent simples en apparence. Or, un projet de loi déposé en février 2017 par la précédente majorité proposait de rationaliser et de restructurer le ministère de la Défense afin d’éviter, justement, les gaspillages.

Ce texte prévoyait de renforcer les synergies entre les forces armées, de renforcer les prérogatives de leur chef d’état-major et de revoir les modalités d’approvisionnement, le ministère italien de la Défense n’étant pas maître des appels d’offres et des prodécures d’achat lancés en son nom (en Italie, c’est le ministère de l’Industrie qui en a la charge). Enfin, il était question de planifier les investissements sur une période de 6 ans, à l’image de ce qu’il se fait en France avec les lois de programmation militaire.

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