Le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires intermédiaires vise surtout à répondre aux menaces chinoises

En 1987, le président américain, Donald Reagan, et son homologue soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, signèrent, à Paris, le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) afin d’interdire les missiles balistiques et de croisière sol-sol ayant une portée comprise entre 500 et 1.000 km ainsi que ceux dont la portée est comprise entre 1.000 et 5.500 km. Ce qui mit un terme à la crise dite des Euromissiles, née 10 ans plus tôt quand l’URSS déploya des engins de type SS-20, lesquels lui donnaient la possibilité d’une première frappe à faible préavis contre les pays de l’Otan.

L’un des premiers à s’en inquiéter fut le chancelier allemand Helmut Schmidt, qui demanda l’aide des États-Unis pour répondre à cette menace (et il le paiera électoralement, le parti social-démocrate l’ayant lâché lors des élections de 1983). Finalement, Washington décida d’envoyer en Europe occidentale des missiles balistiques Pershing II afin d’équilibrer les forces. Ce qui déchaîna les passions, les mouvements communistes et pacifistes, encouragés par Moscou, ayant vivement protesté contre cette mesure tout en réclamant un désarmement unilatéral (avec des slogans du genre « plutôt rouges que morts »).

Manifestations et protestations pacifistes n’eurent pas l’effet qu’espéraient les Soviétiques. Notamment sur le plan politique. En Allemagne, les conservateurs emmenés par Helmut Kohl furent élus en défendant une ligne dure face à Moscou tandis que, au Royaume-Uni, Margaret Thatcher, devenue Premier ministre en 1979, renforce son assise électorale.

En France, et même si des ministres communistes faisaient partie de son gouvernement, le président François Mitterrand se montra très ferme. « Seul l’équilibre des forces peut conduire à de bonnes relations avec les pays de l’Est, nos voisins et partenaires historiques. Mais le maintien de cet équilibre implique à mes yeux que des régions entières de l’Europe ne soient pas dépourvues de parade face à des armes nucléaires dirigées contre elles », affirma-t-il lors d’un discours prononcé au Bundestag [Parlement allemand], en octobre 1983. Et il lança cette formule qui fit mouche : « Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. »

Cela étant, le Traité FNI, pilier de l’architecture de sécurité européenne, au même titre, d’ailleurs que le Traité sur les forces conventionnelles [FCE], ne fut pas remis en cause jusqu’aux accusations lancées en 2014 par Washington à l’endroit de Moscou.

En effet, l’administration du président Obama affirma que la Russie avait développé un missile de croisière à capacité nucléaire – désigné SSC-X-8 par le Pentagone – violant le Traité FNI. Évidemment, Moscou s’en défendit… Sans pour autant répondre aux demandes d’informations adressées par l’Otan au sujet de ce nouvel engin, dans le développement aurait commencé à partir de 2008.

En 2017, le numéro deux de l’état-major interarmées américain, le général Paul Selva, expliqua au Congrés que ce nouveau missile russe avait été déployé dans la région de Volgograd, dans le sud-ouest de la Russie. « Le dispositif présente en lui-même un risque pour la plupart de nos installations en Europe et nous pensons que les Russes l’ont délibérément déployé pour constituer une menace contre l’Otan et contre les installations situées dans la zone de responsabilité de l’Otan », affirma-t-il.

On en était resté là quand, au début de ce mois, des diplomates américains laissèrent entendre que les États-Unis pourraient se retirer du Traité FNI. Ce qu’a finalement confirmé le président américain, Donald Trump, le 21 octobre. Cette décision ne vise pas seulement à répondre à une violation présumée la Russie mais aussi à prendre en considération les missiles de portée intermédiaires de la Chine, voire de la Corée du Nord. C’est en effet ce qu’a expliqué le chef de la Maison Blanche.

« La Russie n’a pas respecté le traité. Nous allons donc mettre fin à l’accord et développer ces armes », avait dans un premier temps déclaré M. Trump. Puis, le 22 octobre, il a précisé sa position. « Tant que les gens ne seront pas revenus à la raison, nous en développerons. […] C’est une menace pour qui vous voulez. Et ça inclut la Chine, et ça inclut la Russie, et ça inclut quiconque veut jouer à ce jeu-là », a-t-il en effet déclaré devant des journalistes.

Expert de l’Hudson Institute, un centre de recherche proche des milieux conservateurs, John Lee a souligné que la décision de M. Trump vise plus la Chine que la Russie.

« Certes, le facteur russe dans la décision de se retirer du traité est réel et significatif. La nouvelle posture nucléaire américaine, publiée en février dernier, « consacre beaucoup plus de mots à la menace russe qu’elle ne le fait pour celle de la Chine. Malgré tout, le facteur russe est relativement moins convaincant que ne le suggère Trump », écrit-il dans une tribune publiée par CNN.

S’agissant des missiles russe – le 9M729 « Novator » – supposés enfreindre le traité FNI, les forces américaines ont théoriquement la capacité de neutraliser la menace qu’ils présentent. En revanche, ce n’est pas tout à fait la même musique pour ce qui concerne Pékin, qui, explique John Lee, « a développé des missiles de portée intermédiaire terrestres capables d’emporter des charges conventionnelles et nucléaires. »

« Quelque 95% des missiles de l’armée chinoise violeraient le traité INF si la Chine en était signataire », affirme l’expert de l’Hudson Institute. En conséquence, estime-t-il, « le problème de la Chine, qui n’est limitée par aucun accord, est très différent et beaucoup plus pressant. »

D’ailleurs, la Chine ne s’y est pas trompée. Bien que non signataire du traité FNI, elle a appelé Washington à « y réfléchir à deux fois » avant de s’en retirer.

« Les États-Unis ne veulent pas être le seul pays à respecter ce traité », a, de son côté, fait valoir John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président Trump, alors en déplacement à Moscou.

« La Russie a très fermement signifié qu’elle ne pensait pas violer le traité FNI. En fait, ils ont dit : ‘c’est vous qui violez le traité’. On ne peut pas forcer à obéir quelqu’un qui croit qu’il n’est pas en faute », a expliqué M. Bolton au quotidien russe Kommersant. « Ce n’est pas le retrait du traité qui est la cause du problème, c’est le fait que la Russie contrevienne au traité qui est le problème », a-t-il insisté, avant d’évoquer la « menace très réelle » venue de Chine.

Reste que la fin annoncée du Traité FNI est un nouveau coup porté à l’architecture de sécurité en Europe. Dans un entretien téléphonique avec son homologue américain, le président Macron a ainsi rappelé l’importance de ce texte « en particulier pour la sécurité européenne et notre stabilité stratégique ».

Et l’Union européenne a estimé que Washington et Moscou se devaient de « poursuivre un dialogue constructif pour préserver ce traité [FNI] », l’estimant « crucial » non seulement pour l’Europe mais aussi pour la « sécurité mondiale ».

Photo : Missile chinois DF-26 – IceUnshattered CC BY-SA 4.0, via Wikimedia.org

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