Malgré ses engagements, le gouvernement allemand a autorisé des ventes d’armes à la coalition arabe engagée au Yémen

En 2009 et 2013, le gouvernement allemand, alors dominé par les chrétiens-démocrates de la CDU/CSU et les libéraux du FDP, eut une politique relativement décomplexée en matière de vente d’armes, semblant tourner le dos à la doctrine jusqu’alors suivie par Berlin, qui consistait à interdire de livrer du matériel militaire à des pays en proie à l’instabilité, partie prenante d’un conflit, présentant une menace pour la sécurité d’Israël ou ne respectant pas les droits de l’homme.

Mais les élections fédérales de septembre 2013 changèrent la donne… Et la CDU/CSU dut s’allier avec les sociaux-démocrates du SPD pour former une nouvelle coalition gouvernementale. Nommé au ministère de l’Économie, Sigmar Gabriel, issu de la gauche allemande, annonça la couleur : « Les perspectives (de l’industrie allemande de la défense) ne dépendent pas seulement de l’export, et certainement pas de l’export vers la péninsule arabique », affirma-t-il en août 2014.

Ce qui expliqua les tracasseries faites aux industriels français qui utilisaient des composants allemands pour assembler des véhicules blindés destinés justement à des pays de la péninsule arabique.

Cela étant, il y a les mots et les actes… Durant la période 2013-2017, la coalition gouvernementale CDU/SPD approuva, selon une enquête de la chaîne de télévision publique allemande ARD, pour 25,1 milliards d’euros de contrats d’armement. Et la part des autorisations délivrées à des pays hors Otan et hors UE augmenta significativement (+45%), au point d’atteindre les 14,49 milliards. Et parmi les grands clients de l’industrie de l’armement d’outre-Rhin, l’Algérie arrivait en tête, suivie par l’Égypte, l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis.

À l’issue de longues tractations pour former à nouveau une « grande coalition » après les élections fédérales de septembre 2017, la CDU/CSU et le SPD tombèrent d’accord pour interdire la livraison d’armes aux pays de la coalition qui, dirigée par l’Arabie Saoudite, intervient actuellement au Yémen contre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran.

Mais là encore, les mots ne sont pas visiblement en accord avec les actes. En effet, selon la presse allemande, le gouvernement de Mme Merkel a récemment approuvé plusieurs contrats d’armement concernant des pays appartenant à la coalition arabe.

Ainsi, selon une lettre adressée par Peter Altmaier, le ministre de l’Économie au Comité économique du Bundestag [chambre basse du Parlement allemand] pour rendre compte des « décisions d’approbation finale du Conseil fédéral de sécurité » relatives aux ventes d’équipements militaires, l’on apprend qu’il est question de livrer quatre radars de contre-batterie d’artillerie à l’Arabie Saoudite, des autodirecteurs pour des missiles de défense aérienne dont sont dotés les navires de surface émiratis, 385 armes antichars à la Jordanie et 7 systèmes anti-aériens de l’indriel Diehl à l’Égypte (la liste complète a été publiée par le Frankfurter Allgemeine Zeitung).

Qui plus est, d’autres licences d’exportation ont été approuvées pour le Qatar, la Thaïlande et le Pakistan (système sonar pour sous-marins pour 52 millions d’euros).

Ces autorisations ont évidemment valu à la coalition de Mme Merkel une pluie de critiques, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, en passant les libéraux et les écologistes.

« Le gouvernement fédéral soutient indirectement l’escalade du conflit et nuit à sa crédibilité en matière de politique étrangère », a ainsi affirmé Alexander Neu, expert des questions de défense au parti Die Linke.

« Le gouvernement ne devrait pas exporter d’armes vers des pays comme l’Arabie Saoudite, surtout dans les conditions actuelles », a réagi Marie-Agnes Struck-Zimmermann, la porte-parole du FDP.

« En Allemagne, le débat sur les exportations d’armement fait beaucoup de bruit, mais […] in fine et concrètement, il n’en demeure pas moins que par exemple le Qatar et Singapour sont aujourd’hui mes principaux clients export », avait résumé Frank Haun, Pdg de Krauss-Maffei Wegmann, lors d’une audition parlementaire en 2015.

Cela étant, il n’y a pas qu’en Allemagne où la livraison d’armes et d’équipements militaires à l’Arabie Saoudite fait des vagues. Le nouveau gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez a bien tenté de bloquer une vente de 400 bombes à guidage laser destinées à la Royal Saudi Air Force. Mais il a dû faire volte face afin de sauver un contrat signé par Riyad au sujet de 5 corvettes Avante 2000.

Photo : Panzerfaust 3-IT de Dynamit Nobel Defense

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