Pour les États-Unis, la Corée du Nord est toujours un État qui soutient le « terrorisme international »

Lors d’un nouveau sommet intercoréen, le 19 septembre, le chef du régime nord-coréen, organisé cette fois à Pyongyang, Kim Jung-un a fait plusieurs annonces afin d’amadouer Donald Trump, le président américain.

La première est que la Corée du Nord serait prête à envisager le démantèlement de son complexe nucléaire de Yongbyon… mais à la condition que les « États-Unis prennent des mesures correspondantes ». Lesquelles exactement? On ne le sait pas… Cependant, rien n’a été dit au sujet du site nucléaire de Kangson, qui serait deux fois plus important que celui de Yongbyon.

La seconde annonce concerne le démantèlement du site d’essais de missiles de Tongch’ang-dong Pongdong-ri [Sohae], sous le regard d’inspecteurs internationaux. Là-encore, cette mesure n’affecterait pas le programme balistique nord-coréen étant donné que ce complexe, qui a lancé se dernière fusée en février 2016, s’est jusqu’à présent concentré sur les moteurs à combustion liquide, lesquels ne sont plus prioritaires pour Pyongyang, qui mise désormais sur des moteurs à combustion solide, plus faciles à déplacer et à stocker.

Toujours est-il que le président Trump s’est félicité de ces annonces… Et les États-Unis sont prêts à reprendre « immédiatement » les négociations avec la Corée du Nord, qui avaient été lancées peu avant la rencontre du 12 juin dernier entre le chef de la Maison Blanche et le maître de Pyongyang, avant de marquer le pas, faute de progrès concrets.

Cela étant, un aspect de la relation entre Washington et Pyongyang n’a été que très peu évoqué : la présence de la Corée du Nord sur la liste américaine des États qui soutiennent le « terrorisme international. »

La première fois que la Corée du Nord a été inscrite sur cette liste remonte à 1988. Un an plus tôt, un avion de ligne de Korean Air, avec 115 personnes à bord, avait explosé en vol au large de la Birmanie à cause d’une bombe déposée par des agents nord-coréens. À l’époque, Pyongyang voulait empêcher Séoul d’organiser les Jeux Olympiques d’été.

En 2008, l’administration du président George Bush Jr décida de retirer la Corée du Nord de cette liste. Et cela, afin de faciliter les négociations sur le programme nucléaire et balistique nord-coréen.

Seulement, cette décision n’eut strictement aucun effet : Pyongyang accéléra au contraire le développement de ses armes et de ses missiles, en conduisant cinq essais essais nucléaires entre 2009 et 2017 tout en mettant en point les missiles balistiques intercontinentaux Hwasong-14 et Hwasong-15.

En novembre dernier, alors que les tensions diplomatiques étaient à leur paroxysme entre Washington et Pyongyang, l’administration américaine décida de remettre la Corée du Nord sur cette liste des États « parrains » du terrorisme.

« Cela aurait dû être fait il y a longtemps », commenta M. Trump. « En plus de menacer le monde de dévastation nucléaire, la Corée du Nord a soutenu de manière répétée des actes de terrorisme international, dont des assassinats en territoire étranger », avait-il ajouté, en faisant allusion notamment au meurtre, en Malaisie, et avec un agent neurotoxique, de Kim Jong-Nam, le demi-frère de Kim Jung-un, alors tombé en disgrâce.

Cette décision « ouvre la voie à de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord ou des personnes liées à elle », en soutien de la « campagne de pression maximale pour isoler le régime meurtrier », avait ensuite souligné le chef de la Maison Blanche.

Toutefois, le chef de la diplomatie américaine, qui était Rex Tillerson à l’époque, avait expliqué que cette mesure était avant tout « très symbolique ». Et d’ajouter : « On continue à accroître la pression sur le régime de Kim pour qu’il comprenne que ce sera de pire en pire s’il refuse de négocier. »

Depuis, M. Trump a rencontré Kim Jung-un et ce dernier a dit vouloir oeuvrer à la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Pour autant, les gages qu’il a donnés semblent bien minces, même si le président américain y voit des signes de bonne volonté… Toutefois, pour le moment, il n’est pas question pour Washington de retirer la Corée du Nord de cette liste des États soutenant le terrorisme.

Dans son dernier rapport annuel intitulé « Country Reports on Terrorism 2017« , qui vient d’être rendu public, le département d’État a justifié cette position.

La Corée du Nord a « continué de violer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et a toujours soutenu des actes de terrorisme international », explique le document.

« Quatre membres de l’Armée rouge japonaise recherchés […] pour avoir participé à un détournement d’un vol de la Japan Airlines en 1970 sont toujours réfugiés en Corée du Nord » et le « gouvernement japonais a également continué de chercher un compte rendu complet du sort de 12 de ses ressortissants qui auraient été enlevés par des entités étatiques nord-coréennes dans les années 1970 et 1980. Seulement cinq de ces personnes enlevées ont été rapatriées au Japon depuis 2002 », ajoute le rapport.

Ce qui est reproché à la Corée du Nord en matière de terrorisme [du moins officiellement] n’est rien par rapport aux activités d’autres pays dénoncés par ce rapport. Sans surprise, ce dernier cite le Soudan, l’Iran et la Syrie.

S’agissant de l’Iran, la diplomatie américaine lui reproche son soutien à plusieurs milices chiites implantées au Moyen-Orient ainsi qu’au Hamas et à un certain nombre de groupes armés palestiniens. « Le gouvernement iranien maintient un programme cyber offensif robuste et a parrainé des cyberattaques contre des entités gouvernementales et privées étrangères », souligne le rapport.

Enfin, note le document, Téhéran « reste peu disposé à traduire en justice les membres de haut rang d’al-Qaïda résidant en Iran et a refusé d’identifier publiquement les membres sous sa garde. » En outre, ajoute-t-il, des « facilitateurs » de l’organisation terroriste n’ont nullement été inquiétés par les autorités iraniennes, ce qui leur a permis de « transférer des fonds et des combattants en Asie du Sud et en Syrie ».

Justement, les griefs à l’égard de Damas sont nombreux. « Au cours de la dernière décennie, l’attitude permissive du régime [de Bachar el-] Assad envers al-Qaida et l’aide aux combattants terroristes étrangers lors du conflit irakien [2003-2011, ndlr] ont nourri la croissance d’al-Qaïda, de l’État islamique et des réseaux terroristes affiliés en Syrie », lit-on dans le rapport.

« En outre, les milices chiites, dont certaines sont des organisations terroristes étrangères désignées comme telles par les États-Unis et alignées sur l’Iran, ont continué à se rendre en Syrie auprès du régime d’Assad », conclut le département d’État.

Cela étant, ce dernier aurait pu évoquer les liens de la Syrie et de la Corée du Nord, comme l’a fait, à plusieurs reprises, le groupe d’experts des Nations unies chargé d’enquêter sur d’éventuelles violations des sanctions prises à l’égard de Pyongyang.

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