Face à la pression de Pékin, Taïwan envisage d’augmenter ses dépenses militaires de 5,6%

Depuis maintenant plusieurs mois, la République populaire de Chine accentue sa pression sur Taïwan, qu’elle considère comme étant une province rebelle. Cette attitude peut s’expliquer en partie par celle, plus conciliante que par le passé, que témoigne l’administration américaine à l’égard de Taipeh.

Le 12 juin, et alors que les regards étaient tous tournés vers le sommet entre le nord-coréen Kim Jong-Un et le président Trump, les États-Unis inauguraient les nouveaux locaux de l’Institut américain de Taïwan, qui a quasiment le statut d’une ambassade à Taipeh. Du moins l’aura-t-il davantage quand des soldats de l’US Marine Corps y seront affectés, comme l’a demandé le département d’État, au risque de provoquer une indignation chinoise.

Reste que, sur le front diplomatique, Pékin s’attache à isoler Taipeh en lui arrachant ses alliés. Récemment, n’ayant pu que céder aux sirènes chinoises, le Burkina Faso a rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan. Les promesses d’investissement faites par Pékin, notamment dans le secteur minier burkinabè, auraient fait pencher la balance. La République dominicaine et São Tomé-et­-Principe firent auparavant le même choix. Désormais, seulement l’ex-Formose ne peut plus compter que sur 18 pays alliés dans le monde.

Par ailleurs, fin juillet, la Chine a fait plier 44 compagnies aériennes après leur avoir adressé un ultimatum les exhortant à ne plus désigner Taïwan comme un pays indépendant mais comme une province chinoise. Et elle a aussi fait en sorte que le Comité olympique pour l’Asie de l’Est retire l’organisation des « East Asian Youth Game » à la ville taïwanaise de Taichung, qui avait déjà dépensé plusieurs dizaines de millions d’euros pour construire un nouveau stade.

Outre le front diplomatique, la Chine met également une forte pression militaire sur Taïwan, en multipliant les vols de bombardiers et l’envoi de navires de guerre dans son environnement proche. Le porte-avions Liaoning y a ainsi pointé son îlot à plusieurs reprises.

« Si les efforts de sécession se poursuivent indéfiniment, l’Armée populaire de Libération n’aura d’autre choix que d’unifier Taiwan par la force », a d’ailleurs prévenu un porte-parole du ministère chinois de la Défense, en avril dernier. Le président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, n’avait pas sous-entendu autre chose quelques semaines plus tôt.

Aussi, Taïwan envisage d’augmenter ses dépenses militaires en 2019. La hausse serait relativement importante puisqu’il est question d’un effort de 5,6%, ce qui porterait le budget taïwanais de la Défense à près de 10 milliards d’euros (soit 2,16% du PIB).

« Il y a eu de nombreux changements dans la situation internationale et régionale et notre sécurité nationale est confrontée à des menaces plus évidentes et plus complexes », a fait valoir Tsai Ing-wen, la présidente taïwanaise, lors d’une cérémonie militaire, le 6 août.

Il est également question de dédier plus de 21% de ce budget au financement de projets d’armements nationaux. Pour ses approvisionnements militaires, Taïwan ne peut, le plus souvent, compter que sur ses propres capacités. En effet, les pays qui pourraient lui fournir des équipements dont ses forces ont besoin craignent d’indisposer la Chine… Ce qui peut donner des lieu à des sitations rocambolesques (voir, par exemple, l’affaire des frégates de Taïwan…).

Cela étant, les États-Unis s’affranchissent des oukases chinois… D’où la mise en service récente d’hélicoptères d’attaque Apache au sein des forces taïwanaises ou le coup de pouce promis pour la construction locale de sous-marins.

S’agissant, justement, de ses capacités sous-marines, Taïwan ne peut compter que sur deux sous-marins de type « Zwaardvis », acquis auprès des Pays-Bas dans les années 1980. Ces bâtiments devraient être modernisés prochainement, après que Taipeh a obtenu l’autorisation de les modifier auprès de la firme néerlandaise RH Marine. Mais l’intérêt de cette opération reste à démonter, les submersibles chinois passant pour être supérieurs à ceux utilisés par la marine taïwanaise.

Quoi qu’il en soit, en avril dernier, l’Institut des sciences et de la technologie de Chungshan, qui joue un rôle central dans la politique d’armement de l’île, a présenté 21 nouveaux systèmes d’armes développés par Taïwan, dont les missiles Hsiung Feng III, Hsiung Feng II et surtout Wan Chien.

Missile de croisière produit par Aerospace Industrial Development Corp, le Wan Chien vient d’être déclaré pleinement opérationnel, selon le Taipei Times. « Doté de sous-munitions, il utilise le GPS et des systèmes de navigation inertiels. Sa portée effective est supérieure à 200 km », a précisé un responsable taïwanais au quotidien. Il « permettra à la force aérienne de frapper les bases aériennes et les groupes de navires amphibies chinois », a-t-il assuré.

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