Pour Mme Parly, le ministère des Armées n’a pas à distribuer des « chèques en blanc » aux industriels

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Annoncée il y a près d’un an, le détail de la transformation de la Direction générale de l’armement [DGA] a été révélé le 5 juillet par Florence Parly, la ministre des Armées, avec la volonté mettre son mode de fonctionnement en adéquation avec les enjeux présents et futurs

Actuellement, un programme d’armement fait d’abord l’objet d’une fiche d’expression des besoins élaborée par les états-majors. Puis la DGA prend le relai en développant les spécifications techniques. Vient ensuite la phase de discussion avec les industriels. En outre, la conduite de ces projets est trop rigide, avec pas moins de 6 étapes [initialisation, orientation, élaboration, réalisation, utilisation, retrait du service]. Si cela peut se justifier pour les équipements importants, ça l’est moins pour ceux de moindre envergure.

Par ailleurs, l’innovation – un thème cher à Mme Parly – est « morcelée » en plusieurs dispositifs, ce qui donne lieu à un manque certain de visibilité (et de lisibilité).

D’où cette « tranformation » de la DGA qui, doit, en matière d’innovation et selon Mme Parly, « voir loin, anticiper les technologies de rupture, donner sa chance aux idées nouvelles, qu’elles viennent du terrain, de nos laboratoires ou de l’imagination de quelques start-uppers à la coupe non-réglementaire. »

Sur ce point, le bon sens a prévalu : il a été décidé de regrouper tous les dispositifs dédiés à l’innovation en une seule et même structure, à l’image de ce fait la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone. Ainsi, l’Agence de l’innovation de défense s’appuiera sur l’Innovation Defense Lab, les dispositifs RAPID [innovation duale] et ASTRID [projets de recherche à caractère « fortement exploratoire » et innovant], les programmes d’études amont [PEA], le fonds DEF’INVEST et la Mission innovation participative [MIP]. Chaque année, elle disposera d’une enveloppe d’un milliard d’euros pour mener à bien ses missions.

Quant à la conduite des programmes d’armement, le projet de transformation de la DGA promet d’abandonner « les vieilles lunes du travail en silo » [dixit la ministre] et « de mettre les armées et les équipes de la DGA sur un même plateau. »

Concrètement, il s’agit de « décloisonner » le travail entre la DGA et les états-majors, afin de renforcer la cohérence capacitaire. Désormais, la fiche de caractéristiques militaires et la spécification technique du besoin seront regroupées dans un document unique.

« Cela permettra de réduire les délais et facilitera le processus de qualification et de mise en service des matériels sur la base de dispositions partagées et d’un programme commun d’essais et d’expérimentations », explique-t-on au ministère des Armées.

Qui plus est, le cycle d’acquisition sera simplifié passant de 6 à 3 phases au long du cycle de vie des équipements, avec l’objectif de « favoriser l’agilité et l’accélération des processus, tout en continuant à maitriser les coûts, délais et performances. »

Quant aux relations avec les industriels, Mme Parly a mis les choses au points. « Cette transformation de la DGA doit être l’occasion de redéfinir notre lien avec eux. Car la DGA n’est ni un service d’intendance ni cette vieille grand-mère qui distribuerait des chèques en blanc », a-t-elle assené.

Pour le ministère des Armées, il est question de « mettre sous tension » les industriels de l’armement. Tout d’abord en les incitant à « respecter les délais ». Actuellement, explique-t-il, les « grands industriels de l’armement sont payés au fur et à mesure de l’avancement de leurs travaux. Si bien que quelques semaines avant la livraison finale de l’équipement, l’industriel a reçu la quasi-totalité du montant de la vente. L’incitation à finir dans les délais est donc moindre  »

Désormais, il s’agira d’imiter les pratiques qui ont cours dans l’aviation civile : les matériels seront payés pour nune large part à la livraison afin de maintenir sous tension les industriels jusqu’au dernier moment. En outre, un contrôle plus strict des coûts sera effectué, avec l’idée de garantir le « juste prix des opérations d’armement. »

« Il faut que chacun comprenne que ce n’est pas parce que la France se tiendra toujours auprès de ses industriels, qu’elle sera prête à les payer à n’importe quel prix. Se retrouver en tête à tête avec un industriel en situation de monopole n’est pas une situation facile pour un négociateur, même pour des acheteurs chevronnés de la DGA et j’ai donc souhaité que nous puissions nous redonner des marges de manœuvre. C’est pourquoi j’ai décidé que des enquêtes de coûts a priori seront menées à chaque fois que cela est nécessaire, pour s’assurer que la France paie le prix juste », a expliqué Mme Parly.

Par ailleurs, la ministre souhaite que, désormais, les perspectives d’exportation des équipements militaires soient prises en compte lors des négociations contractuelles.

« Je m’en félicite, nombre de nos armements s’exportent, souvent après avoir démontré leurs qualités au sein de nos forces, et après un intense travail de promotion et d’accompagnement des
exportations, par les personnels de la DGA et des Armées », a souligné Mme Parly.

« Je le dis calmement mais clairement : notre pays ne paiera pas seul pour des systèmes d’armes qui bénéficieront à d’autres », a-t-elle prévenu. « Il n’est pas normal que l’État ne bénéficie pas de prix plus avantageux, lorsque les hypothèses d’exportation deviennent réalité. Cela doit changer », a assuré la ministre. Et cette nouvelle approche guidera le lancement du programme MICA NG, annoncé pour la fin du mois de juillet.

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