Le parquet de Paris demande un procès pour le bombardement de Bouaké, qui fit 9 tués parmi les militaires français en 2004

 

Tout finit par se savoir, dit-on. À condition d’être patient. Et de la patience, les familles des 9 militaires français et d’un ressortissant américain en font preuve, depuis bientôt 14 ans. Le 6 novembre 2004, soit lors des premiers jours de l’opération « Dignité », lancée par le pouvoir ivoirien contre les rebelles des Forces nouvelles (FN), deux avions d’attaque Su-25 Frogfoot bombardèrent un camp de la force française Licorne à Bouaké.

Cette attaque fut fatale aux adjudants-chefs Thierry Barathieu et Philippe Capdeville, au sergent-chef Francis Delon, au sergent Laurent Derambure, au soldat de 1re classe David Decuypère, au caporal-chef Patelise Felevalu, au brigadier-chef Franck Duval ainsi qu’aux caporaux Emmanuel Tilloy et Benoît Marzais.

Après ce bombardement, le président Chirac ordonna la destruction de l’aviation militaire ivoirienne. Puis des heurts anti-français éclatèrent, très probablement avec les encouragements du clan Gbagbo. Depuis, la vérité sur les circonstances de ce drame peine à voir le jour.

Pour le moment, l’on a que quelques certitudes : 9 militaires français et 1 ressortissant américain furent tués (et 38 autres furent blessés), les Su-25 appartenaient aux forces ivoiriennes, leur pilotes étaient des mercenaires biélorusses payés par le régime de Laurent Gbagbo, avec comme navigateurs le colonel Patrice Oueï et le capitaine Ange Gnanduillet, lesquels furent promus par la suite.

Mais sans doute que l’on en saura bientôt plus. En effet, après 14 ans d’enquête (et 4 juges d’instruction), le parquet de Paris a requis, selon l’AFP, un procès aux assises pour Yury Sushkin, qui était l’un de deux pilotes biélorusse des Su-25, ainsi que pour le colonel Patrice Oueï et le capitaine Ange Gnanduillet. Motif? « Assassinats, tentatives d’assassinats et destructions de biens. »

Ces trois hommes sont visés par un mandat d’arrêt. Le réquisitoire du parquet évoqué par l’AFP affirme que les investigations ont démontré que le bombardement de Bouaké avait été « concerté » et « totalement prémédité ». En outre, « le positionnement de certaines autorités politiques françaises » au moment des fait intrigue le parquet.

Pour rappel, peu après l’attaque de Bouaké, 15 techniciens aéronautiques russes, biélorusses et ukrainiens avaient été arrêtés à Abidjan par les forces françaises… avant d’être relâchés puis remis au consul de Russie quatre jours plus tard. « Je n’avais pas du tout envie de relâcher ces personnes. On m’a répondu : tu exécutes! », racontera, plus tard, le général Henri Poncet, le commandant de l’opération Licorne à l’époque.

Puis, quelques jours plus tard, 8 ressortissants biélorusses, dont les deux pilotes impliqués dans l’attaque, furent interpellés à la frontière togolaise alors qu’ils se faisaient passer pour des « mécaniciens agricoles ». Seulement, bien qu’alerté par Lomé, les autorités françaises ne bougèrent pas d’un pouce. Officiellement pour des raisons juridiques… Ce qui sera contesté par la juge d’instruction Sabine Kheris, qui a hérité du dossier en 2012.

« Il est apparu tout au long du dossier que tout avait été orchestré afin qu’il ne soit pas possible d’arrêter, d’interroger ou de juger les auteurs biélorusses du bombardement », fera-t-elle valoir pour demander le renvoi devant la Cour de Justice de la République [CJR] de trois anciens ministres en fonction au moment des faits, à savoir Dominique de Villepin (Intérieur), Michel Barnier (Affaires étrangères) et Michèle Alliot-Marie (Défense).

Pour le moment, et deux ans après cette demande, le parquet général près la Cour de cassation n’a toujours pas saisi la commission des requêtes de la CJR. Ce qui pourrait être finalement le cas si l’actuel procureur du parquet de Paris, François Molins, est confirmé à sa tête…

En effet, dans son réquisitoire, il souligne « le travail minutieux et opiniâtre de certains magistrats instructeurs et conseils de parties civiles ayant permis d’assembler […] un puzzle ‘politico-militaire’, sans toujours bénéficier de la célérité et de la spontanéité, notamment dans la remise de documents ou la déclassification de certains d’entre eux, que les victimes, au service de leur patrie, auraient pu légitimement espérer des institutions censées les protéger. »

Il est à espérer que les zones d’ombres de cette affaire finissent pas se dissiper. Qui a donné l’ordre de bombarder le camp français de Bouaké, sachant qu’une méprise était peu probable? Qui a permis aux forces ivoiriennes de se procurer des avions Su-25? Quel a été le rôle de Robert Montoya, cet ancien gendarme dont le nom revient souvent dans ce dossier? Qui a recruté les mercenaires? Pourquoi ces derniers n’ont-il pas été inquiétés? Autant de questions qui trouveront sans doute leurs réponses à l’occasion de ce procès qui s’annonce…

Photo : copie d’écran – vidéo ci-dessus

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