Pour le chef d’état-major de l’armée de Terre, l’innovation est nécessaire mais pas suffisante

Depuis quelques mois, l’innovation est le mot clé du ministère des Armées, au point d’en être au coeur des réflexions en cours dans le cadre de l’élaboration de la prochaine Loi de programmation militaire (LPM).

Ainsi, en septembre, Mme le ministre des Armées, Florence Parly, a assuré que le « profond mouvement de transformation » de son ministère s’appuierait sur la « révolution numérique », incarnée par l’internet des objets, l’intelligence artificielle ou encore le big data.

Et Mme Parly d’estimer que ce « sont autant de chantiers ouverts sur lesquels nous devons appuyer le succès de nos armes, l’efficacité et l’excellence dans la conduite de toutes les missions du ministère. »

À l’heure où l’on parle donc de « révolution numérique », mais aussi de robotisation du champ de bataille avec des machines susceptibles d’agir en toute autonomie, des questions se posent sur l’avenir du « métier des armes ».

Récemment, le Centre Études, Réserves et Partenariat de l’armée de l’Air s’est penché sur ce thème lors d’un colloque intitulé « L’héroïsme à l’ère de l’intelligence artificielle » en posant trois questions : « nos héros, qui sont-ils? », « en quoi cette vertu est-elle contemporaine » et « la machine tuera-t-elle le héros? »

« L’héroïsme suppose une part de risque. Je ne suis pas sûr que la machine sache prendre des risques. Face au développement de l’intelligence artificielle, l’homme doit trouver sa place », a estimé le le général Matthieu Pellissier, commandant du Centre d’Expertise Aérienne Militaire (CEAM 00.330).

Citant Rabelais (« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »), le général André Lanata, chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), a souligné la nécessité de continuer à donner un « sens humain » aux évolutions technologiques. Et son homologue de l’armée de Terre (CEMAT), le général Jean-Pierre Bosser, est sur la même fréquence.

Dans l’éditorial de « Au Contact », la lettre du CEMAT, le général Bosser souligne que l’innovation est nécessaire. « À maintes reprises dans le passé, écrit-il, des équipements plus évolués et plus performants ont permis de démultiplier la vitesse et la puissance des opérations. »

Et de continuer : « Demain, la révolution numérique, l’intelligence artificielle, la mise en réseaux des systèmes, l’accroissement de la précision, de la portée et de la puissance des armes, les progrès dans le domaine de l’énergie ou des nouveaux matériaux conféreront à ceux qui maitrisent ces capacités un avantage décisif. »

Seulement, ces innovations ne sont pas suffisantes car elles « ne s’affranchissent pas de la force d’organisation, du courage et de la discipline des combattants », estime le général Bosser.

« L’innovation est d’abord une question humaine avant d’être technologique. Si la technologie peut créer les conditions du changement, celui-ci est également déterminé par des facteurs humains et organisationnels. L’innovation n’est ainsi ni le résultat de trajectoires technologiques prédéfinies, ni la conséquence de déterminations sociales. C’est un jeu incertain où éléments sociaux et techniques se mélangent et se définissent progressivement », explique le CEMAT.

« L’histoire militaire nous enseigne que l’art de la guerre est scandé de mutations. Ouverture, agilité, réactivité, créativité sont les maitres-mots pour se mettre en situation de les anticiper et de les
intégrer », rappelle le général Bosser. Aussi, il importe d’être à « l’avant-garde de l’innovation sans jamais renoncer aux vertus militaires antiques » qui font la force de l’armée de Terre, conclut-il.

D’ailleurs, la lettre du CEMAT ne manque par de rappeler que « le soldat est au coeur de l’action de l’armée de Terre » puisqu’il agit « au sol, près du sol et au contact des populations ». Mais « au-delà de ses qualités intrinsèques et de ses aptitudes à commander et à manœuvrer, il doit pouvoir s’appuyer sur des matériels performants et de haute technologie, pour conserver la supériorité opérationnelle sur le champ de bataille et dominer l’adversaire. » Autrement dit, la technologie ne doit être vue que comme un moyen pour obtenir des effets et non pas être une fin en soi. Cela peut sembler évident mais il est toujours utile de le rappeler.

Photo : projet de robot humanoïde d’ECA Dynamics (c) ECA Group

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