La Force conjointe du G5 Sahel va accentuer ses efforts mais les doutes sur ses capacités subsistent

Ce 13 décembre, à l’initiative du président Macron, une réunion a été organisée à la Celle-Saint-Cloud, près de Paris, pour voir comment il serait possible d’accélérer le déploiement de la Force conjointe du G5 Sahel, destinée à traquer les groupes jihadistes dans la bande sahélo-saharienne (BSS) avec 5.000 soldats fournis par le Niger, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad et la Mauritanie.

« Il nous faut gagner la guerre contre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne. Or elle bat son plein. Il y a des attaques chaque jour, il y a des États qui sont aujourd’hui menacés (…) Nous devons intensifier l’effort », a affirmé le président français à l’issue de cette réunion, à laquelle l’Algérie n’a pas participé, alors que ce pays a été impliqué dans les négociations en vue d’un réglement politique entre les rebelles touareg et les autorités maliennes, en 2015.

Selon M. Macron, les pays du G5 Sahel ont convenu de « renforcer leurs efforts en priorité sur la zone centre (Mali, Burkina et Niger), avec un effort accru tant quantitatif que qualitatif. » Et de préciser que « cet effort consistera en une augmentation des effectifs engagés, une renforcement des postes de commandement, une planification accélérée des opérations avec des objectifs au premier semestre 2018. »

Présentée par le président tchadien, Idriss Déby, comme étant capitale, la réunion de la Celle-Saint-Cloud a donné lieu à une seule annonce importante (par ailleurs connue depuis plusieurs jours), à savoir le financement de cette force conjointe à hauteur de 100 millions de dollars par l’Arabie Saoudite. Les Émirats arabes unis ont quant à eux promis 30 millions de dollars.

La chancelière allemande, Angela Merkel, qui était présente à cette réunion a indiqué que le G5 Sahel était « prêt à mener le combat ». Et d’ajouter : « Nous ne pouvons plus attendre. » Mais, apparemment, elle n’a fait aucune annonce sur un possible financement de cette force conjointe, à qui il manque encore des fonds pour atteindre les 423 millions d’euros nécessaires à son fonctionnement pour une année.

Cela étant, cette réunion n’a pas permis de lever les doutes sur les capacités effectives de cette FC-G5S, dont le principe rappelle celui de la Force mixte multinationale (FMM), mise en place par les pays de la commission du Lac Tchad pour combattre le groupe jihadiste nigérian Boko Haram.

Cette FMM a en effet obtenu des résultats probants, grâce aux forces nigérianes, bien équipées, tchadiennes et camerounaises. Toutefois, elle n’a pas réussi à éradiquer complétement Boko Haram qui, malgré des dissensions internes, a su garder une capacité de nuisance.

Mais comparaison n’est pas raison. Comme le souligne un rapport de l’International Crisis Group, il sera compliqué de reproduire, au Sahel, le modèle de la FMM.

« La capacité de ses armées ne souffre pas la comparaison. La FMM a bénéficié du poids en hommes et en matériel de l’armée nigériane, de l’âpreté au combat des soldats tchadiens et de la longue expérience d’une unité de l’armée camerounaise au financement original, le Bataillon d’intervention rapide (BIR). À l’inverse, trois des armées du G5 (Burkina, Niger et Mali) présentent plus de faiblesses que de points forts », note le centre de recherche, dans un rapport qu’il vient de publier.

Ce dernier, sévère, juge que l’armée malienne « existe sur le papier, mais n’a qu’une très faible capacité opérationnelle », que « sa refondation progresse très lentement » et qu’elle « reste en grande partie ce corps désorganisé qu’elle était à la veille du coup d’État du capitaine Sanogo en mars 2012 ». Quant à l’armée burkinabè, elle est encore en pleine restructuration. S’agissant des forces armées nigériennes, elles doivent « composer avec un budget en déficit chronique, une relation tendue avec le pouvoir politique et l’obligation d’une présence permanente sur trois frontières
(Mali, Libye et Nigéria). »

Enfin, l’armée tchadienne est usée par des années d’engagements et des problèmes financiers. Ce qui n’est pas le cas de son homologue mauritanienne, ce qui, a contration, pose la question de son aguerrissement. Quoi qu’il en soit, d’après le président macron, l’une et l’autre ne seraient pas concernées, dans l’immédiat, par l’accélération du tempo opérationnel puisque l’effort portera sur le fuseau « centre », c’est à dire dans la zone des trois frontières (Mali, Burkina, Niger).

La donne est connue depuis longtemps : la FC-G5S présente des déficits capacitaires dans des domaines clés (appui aérien, aéromobilité, sanitaire, logistique, transmissions, etc…) qui ne pourront qu’être comblés par la force française Barkhane, voire la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA).

Au-delà de l’aspect capacitaire, la question du financement de cette force conjointe est loin d’être réglée, même si le budget de fonctionnement de 423 millions d’euros est bouclé. Il ne le sera que pour un an et il faudra par conséquent remettre la main au portefeuille l’an prochain.

« La focalisation sur le budget de la force a fini par faire oublier une autre question : celle de son financement futur et de sa pérennité dans le temps. Le refus américain et britannique de financer la force au travers d’un mécanisme onusien régulier et durable met le G5 à la merci d’une insécurité budgétaire permanente, » relève ainsi l’International Crisis Group.

Qui plus est, le risque d’alimenter la corruption est à prendre en considération.

« Le financement du G5 pose en outre la question de l’aptitude des pays membres à absorber des masses de liquidités, considérables à leur échelle, sans en subir les conséquences. Le budget initial du G5, s’il reste fixé à 423 millions d’euros pour la première année, correspond à environ une année du budget total des cinq armées réunies. Rien ne dit que cet afflux d’argent ne sera pas un accélérateur de la corruption qui a miné les armées des pays du G5 au cours des années passées, exacerbé les divisions au sein de celles-ci et entre les pays de la région, et attisé les manipulations parmi des élites politiques intéressées par la captation d’une partie de cette manne soudaine », avance le rapport.

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