Le capitaine Roserio Pisani, l’artilleur compagnon d’armes de Lawrence d’Arabie

« Bien faire et faire savoir », disait le général Jean de Lattre de Tassigny. Et ce qu’appliqua, quelques années plus tôt, le colonel britannique Thomas Edward Lawrence, dit « Lawrence d’Arabie », en revenant, non sans talent, dans « Les sept pilliers de la sagesse », sur son rôle dans la grande révolte arabe de 1916.

Ce livre inspira, plus tard, le film « Lawrence d’Arabie », de David Lean. Même s’il est considéré comme un chef d’oeuvre du cinéma, ce long-métrage n’est pas un exemple de rigueur historique car il passe sous silence les mérites des uns pour mieux mettre en avant ceux des autres, en l’occurence ceux de l’officier anglais. On ne s’attendait pas à moins pour un panégyrique.

Le succès du film de David Lean occulta donc le rôle que joua l’armée française dans cette révolte arabe, qui éclata en juin 1916, quand Hussein Ibn Ali, chérif de la Mecque, se souleva contre les Ottomans, qui occupaient alors le royaume du Hedjaz, situé dans l’ouest de l’actuelle Arabie saoudite.

Certes, les Britanniques jouèrent un rôle déterminant dans ce soulèvement arabe étant donné que, après avoir décrété le blocus des côtes de la péninsule arabique, ils l’encouragèrent, par l’entremise du colonel Lawrence. Il s’agissait alors d’ouvrir un nouveau front face à l’Empire ottoman, alors allié de l’Allemagne. Mais pas seulement puisque cette initiative entrait dans le cadre des accords Sykes-Picot (alors secrets) qui, conclus un mois plus tôt entre Londres et Paris, prévoyaient le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre.

D’où l’envoi, en Égypte puis à Djeddah, d’une mission militaire française, commandée par le colonel (et futur général) Édouard Brémont. Pour la France, l’enjeu est double : d’une part, il s’agissait de prendre pied dans la région du Hedjaz pour avoir un oeil sur la Syrie, qu’elle sera appelée à contrôler à l’issue de la guerre, et de rouvrir la route de la Mecque aux pélerins musulmans de ses colonies.

Pour cela, avec la mission d’accompagner les combattants de l’armée chérifienne, l’armée française dépêcha des cadres militaires, musulmans pour l’essentiel (12 officiers, 48 sous-officiers et 600 hommes issus d’unités de tirailleurs et de spahis), ainsi que 2 batteries de canon de 80 mm et 2.400 fusils. Comparés aux moyens dont disposait le général britannique Allenby, les effectifs de la Mission militaire française en Égype (MMFE) paraissait alors modestes.

Le capitaine Laurent Depui, comme les lieutenants Zemori et Kenag ou encore le lieutenant-colonel Cadi, faisaient partie des officiers affectés à cette MMFE. Mais dans Les Sept Pilliers de la Sagesse, un autre nom revient à une vingtaine de reprises sous la plume du colonel Lawrence : celui du lieutenant (et futur capitaine) Roserio Pisani.

D’origine maltaise, né le 5 novembre 1880 à La Calle, dans le département de Constantine (Algérie), ce dernier s’engage à l’âge de 21 ans au bataillon d’artillerie de Bizerte. En 1907, alors que le Maroc est sous protectorat français, Roserio Pisani est affecté au 7e Tabor, à Rabat, avec les galons de maréchal-des-logis. Son chef de corps n’est autre que le lieutenant-colonel Brémond…

Le sous-officier, devenu adjudant, s’illustre une première fois à Fez, alors assiégée par des tribus venues du nord. Il se distinguera encore par son courage lors des émeutes anti-européennes qui secouèrent cette ville l’année suivante. En 1913, Roserio Pisani est promu sous-lieutenant, avant d’être affecté à la garde du nouveau sultan, Moulay Youssef. Puis, en 1917, à la demande du colonel Brémond, il rejoint la mission française en Égypte.

Si le chef de la MMFE entretient des rapports détestables avec le colonel Lawrence (il ira jusqu’à l’accuser d’être francophobe), ce n’est pas le cas du capitaine Pisani, les deux hommes éprouvant l’un pour l’autre un respect mutuel.

Aux côtés des combattants arabes, à la tête d’une centaine d’hommes venus d’Afrique du Nord et avec ses canons Schneider de montagne de 65 mm, l’officier portera de rudes coups contre les troupes ottomanes (et leurs conseillers allemands), chargées de protéger les 1.360 km de voie ferrées reliant Médine à Damas. Et sa popularité au sein des tribus bédouines ira en grandissant.

Un exemple. Le 17 septembre 1917, une colonne mobile, précédée par des cavaliers rouallah, arrive au pied d’une redoute tenue par les Ottomans à Tell Arar. Au cours de l’assaut, des avions de la garnison de Deraa, située à seulement 8 km, surgissent pour défaire les assaillants.

Mais le capitaine Pisani, jamais à cours de ressources, a l’idée de transformer ses canons Schneider en batterie anti-aérienne… Ce qui obligera les avions à voler tellement haut qu’ils ne pourront pas lâcher leurs bombes avec précision.

Au terme de 18 mois de raids, l’armée ottomane est mise en déroute et le Chérif Hussein entre dans Damas le 1er octobre 1918. La suite est connue : entre les dissensions politiques, les trahisons des uns, les arrière-pensées des autres, le capitaine Pisani ne sent pas à sa place.

« Pisani me fit rire tant ce bon soldat était ahuri par le méli-mélo politique. Pour sortir de là, il s’agrippait à ses devoirs militaires comme un gouvernail! », écrira le colonel Lawrence. Mais cette attitude lui vaudra l’estime de ses hommes (qui l’appelaient « Abou Tlatah, c’est à dire le « père trois galons ») mais aussi des responsables arabes, dont Nouri Saïd, le chef des troupes de Fayçal, fils de Hussein ben Ali et futur roi du Hedjaz (et aussi premier et unique roi de Syrie, entre le 7 mars et le 17 juillet 1920, et premier roi d’Irak).

Le roi Fayçal aura aussi du respect et de l’estime pour le capitaine Pisani : il lui demandera de venir pour assister à la Conférence de la paix, à Versailles, en 1919 [photo ci-dessus]

Après la guerre, en qualité d’officier des « Affaires indigènes », le capitaine Pisani prend part à la campagne du Rif avant d’être affecté dans le Sud Algérien. Puis, le temps de la retraite venue, il se retire à Fez, où il décède d’une grave maladie en 1951.

Le plus bel hommage qui lui aura été rendu est sans doute celui du colonel Lawrence : « On se demanda s’il était sage de retraverser la voie ferrée pour aller occuper la position dangereuse de Cheikh Saad, juste en travers de la ligne de retraite que devait suivre le gros des forces turques. Sabin [officier britannique, ndlr] me fit valoir avec opiniâtreté que nous en avions assez fait […]. Nous pouvions nous garer à Bosra 30 km plus à l’est et attendre la prise de Deraa par les Anglais… Pisani dit avec correction qu’il prendrait les ordres et suivrait. Je l’aimai pour cette parole et tâchai d’adoucir ses doutes honnêtes… Il répondit avec un rire bien français qu’il jugeait tout cela fort téméraire mais qu’il était soldat. »

Photo de une : Le capitaine français Pisani et Mouloud Bey, une des grandes figures de l’indépendance du Hedjaz, examinant les positions devant Maan en Jordanie, en mars 1918 (c) Ministère de la Culture – Médiathèque de l’architecture et du patrimoine – diffusion RMN

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