Les opérations militaires américaines en Afghanistan n’auront plus de limite dans le temps

Le dernier rapport relatif à la situation en Afghanistan remis par Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, au Conseil de sécurité n’incite guère à l’optimisme, alors que cela fera 16 ans, le 6 octobre, qu’une intervention militaire fut lancée pour chasser les Taliban de Kaboul et priver al-Qaïda de ses bases afghanes.

Ainsi, au cours des huit premiers mois de l’année, 16.290 atteintes à la sécurité ont été observées, soit une hausse de 5% depuis 2016. Alors que les insurgés (taliban et autres organisations jihadistes) ne disposent pas d’aviation et, plus généralement, de capacités militaires similaires à celles que peut avoir une armée traditionnelle, le rapport de M. Guterres souligne que « le nombre record d’affrontements armés constaté en 2017 a accentué » une « évolution évidente du conflit », à savoir que l’on est « passé d’attaques asymétriques à un schéma de conflit plus traditionnel caractérisé par des affrontements armés souvent prolongés entre les forces gouvernementales et les forces hostiles au Gouvernement. »

Dans le même temps, le nombre d’attaques dites asymétriques (enlèvements, assassinats, engins explosifs improvisés, etc) a reculé de 3%. Et elles restent la cause principale des pertes subies par les civils.

En outre, les difficultés éprouvées par les forces de sécurité afghanes sont la conséquence directe de la tactique qu’elles ont décidé de suivre. Face aux avancées des taliban dans les zones rurales, elles ont en effet concentré leurs moyens sur la défense des centres urbains tout en cherchant à perturber l’assise des insurgés dans les secteurs qu’ils contrôlent.

Résultat : il a été constaté une recrudescence des accrochages sur les principaux axes de communications… Et les taliban ont réussi à consolider leur présence dans les zones rurales, ce qui leur permet maintenant de mener encore plus fréquemment des attaques, notamment dans le nord du pays. De plus, ces derniers ne cherchent plus à s’emparer d’une capitale provinciale, comme ils le firent avec Kunduz, en 2015, mais à maintenir une pression constante afin d’épuiser une armée nationale afghane (ANA) qui a du mal à tenir le terrain. C’est ainsi qu’un district, comme celui de Jani Khel a changé trois fois de camp au cours du dernier trimestre.

Qui plus est, les forces afghanes doivent aussi combattre la branche aghano-pakistanaise de l’État islamique (EI-K), laquelle a rétabli ses capacités opérationnelles dans la province de Nangarhar (après en avoit été officiellement chassée) et étendu son influence à celle de Kounar. Et sa présence a été signalée dans les régions de Jozjan, de Sar-e Pol, de Hérat et Ghor.

Malgré les efforts et les investissements consentis par les Occidentaux (et les États-Unis en particulier), les forces afghanes connaissent des difficultés non seulement récurrentes mais aussi croissantes, dues aux pertes élevées qu’elles subissent (7.000 morts et 12.000 blessés en 2016), à un taux de désertion important et un recrutement faible.

C’est donc dans ce contexte que le président américain, Donald Trump, a décidé l’envoi de troupes supplémentaires (et que l’Otan devrait en faire de même). Et le chef du Pentagone, James Mattis, a notamment été interrogé sur cette nouvelle stratégie afghane lors d’une audition devant le comité des Forces armées du Sénat.

Je suis convaincu que si nous quittions ce pays, ce serait à nos risques et périls – James Mattis

Qui dit stratégie dit but à atteindre. Or, l’ancien général du corps des Marines a précisé que l’objectif des États-Unis est « un Afghanistan stabilisé, grâce à un processus de paix mené par les Afghans. » Ce qui ne marque pas un changement radical. Mais, a priori, il n’y a guère le choix.

« Sur la base des analyses des services de renseignement et mes propres conclusions, je suis convaincu que si nous quittions ce pays, ce serait à nos risques et périls », a fait valoir James Mattis.

Le principalement changement avec les stratégies précédentes est qu’il n’est désormais plus question de fixer une échéance aux opérations en cours. « Les Occidentaux ont la montre, nous avons le temps », avait en effet expliqué un chef taleb.

En clair, l’engagement militaire des États-Unis en Afghanistan durera le temps qu’il faudra. « Pendant des années, on a annoncé les dates de ses désengagements, et les Taliban s’en sont servis », a ainsi souligné le général Joseph Dunford, le chef d’état-major interarmées, qui a accompagné M. Mattis pour cette audition. « C’est comme ça qu’ils motivaient leurs troupes chaque année: encore une année de combat et (…) la coalition quittera l’Afghanistan », a-t-il ajouté.

« C’est un argument que les taliban n’auront plus et selon nos informations, le flou entretenu sur la durée de notre mission a déjà eu un effet significatif sur leur moral », a avancé le général Dunford. « Est-ce que ça suffira pour les amener à la table des négociations? Je ne sais pas », a-t-il continué.

Cette nouvelle stratégie américaine comporte un changement de poids. Pendant des années, le Pakistan a pu bénéficier d’une aide financière et militaire au nom de la lutte contre le terrorisme alors que ses zones tribales servaient de refuge aux taliban afghans ainsi qu’aux membres d’al-Qaïda. Le général Dunford a explicitement dit ce que beaucoup de monde sait déjà : Il est « clair que les services de renseignement pakistanais ont des connexions avec des groupes terroristes. »

Lors d’une autre audition, cette fois devant un comité de la Chambre des représentants, M. Mattis est allé plus loin, en laissant entendre que le Pakistan pourrait perdre son statut d’allié privilégié – hors Otan – des États-Unis.

Enfin, le chef du Pentagone a également abordé le soutien qu’apporteraient la Russie et l’Iran aux taliban. La semaine passé, lors d’un déplacement à Kaboul, il avait dénoncé l’attitude de Moscou et de Téhéran. « Ces deux pays ont subi des pertes à cause du terrorisme, alors je pense qu’il serait extrêmement imprudent de croire qu’ils pourraient en quelque sorte soutenir le terrorisme dans un autre pays sans le faire revenir chez eux », avait-il affirmé.

Or, si les autorités russes ont reconnu échanger des informations avec le mouvement taleb afghans, elles ont démenti toute livraison d’armes.

À ce sujet, donc, M. Mattis a dit, lors de son audition devant les représentants, que l’attitude de l’Iran ne le surprenait pas car ce pays « ait ce qu’il fait habituellement en essayant de créer un chaos ». Cependant, il est probable que Téhéran mise sur une victoire des taliban afin d’avoir un retour d’ascenseur par la suite, l’enjeu étant la construction de barrages en Afghanistan, susceptible de priver d’eau certaines régions iraniennes. Quant à l’attitude de la Russie, a continué le chef du Pentagone, elle « est plus difficile à comprendre. » Et d’insister : « Cela n’a pas de sens. Mais le monde n’a pas toujours de sens. »

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