Des agents du renseignement américain sous couverture diplomatique visés par des « attaques acoustiques » à Cuba

Le 29 septembre, Washington a décidé de rappeler plus de la moitié de son personnel diplomatique jusqu’alors affecté à La Havane et de suspendre, pour « une durée indéterminée' » l’octroi de visas américains à Cuba. Ces mesures ont été prises après une rencontre entre Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine, et Bruno Rodriguez Padilla, son homologue cubain.

« Tant que le gouvernement de Cuba ne pourra pas assurer la sécurité du personnel gouvernemental américain à Cuba, notre ambassade sera limitée au personnel indispensable afin de minimiser les risques d’exposition », a expliqué Rex Tillerson.

Ce dernier a ainsi fait référence à une série de mystérieuses attaques « ciblées de nature inconnue » dont plusieurs diplomates américains et canadiens ont été la cible depuis la fin de l’année 2016, soit un peu plus d’un an après la réouverture de l’ambassade des États-Unis à La Havane. Mais ce n’est qu’au début du mois d’août que le département d’État les a évoquées officiellement.

Au total, 21 employés de l’ambassade américaine souffrent de « symptômes physiques », se traduisant par des « migraines et des nausées ». Pour certains, il a été constaté de « légères lésions cérébrales d’origine traumatique et d’une perte définitive de l’audition. » Côté canadien, cinq familles de diplomates ont été touchées mais aucun « cas grave » n’a été répertorié.

Ces attaques n’ont pas seulement visé l’ambassade, mais aussi des des hôtels et les maisons où ont été logés les diplomates américains. Une enquête a été ouverte et les autorités cubaines ont même accepté la venue du FBI et de la police canadienne sur leur territoire. Mais pour le moment, elle patine : l’origine des attaques demeure inconnue et il n’y a aucune certitude sur son mode opératoire. Seul le syndicat de la diplomatie américaine, l’American Foreign Service Association (AFSA), a parlé de « harcèlement acoustique ».

Une attaque « acoustique » serait plausible. Ce concept avait été imaginé en 1944 par le scientifique allemand Richard Wallauschek, qui eut l’idée d’un « canon à son » émettant des ondes sonores à haute fréquence susceptibles de causer des dommages chez les humains.

Dans les années 1960, l’ingénieur français Vladimir Gavreau, découvrit qu’un ventilateur à cadence lente émettant à une fréquence de 7 Hz (génératrice d’ondes cérébrales α) était la cause de symptômes (migraines, nausées, lipothymie) parmi le personnel de son laboratoire. Plus tard, il travaillera sur le concept d’armes à infrasons.

Quoi qu’il en soit, cette affaire complique les relations entre les États-Unis et Cuba, alors qu’elles venaient d’entrer dans une nouvelle ère après leur normalisation, en juillet 2015, après 54 ans de brouille. Aussi, il n’est pas question pour Washington de revenir en arrière. Cependant, la diplomatie américaine considère que La Havane est responsable de ces mystérieuses attaques étant donné qu’il lui revient d’assurer la sécurité des diplomates.

Cela étant, le profil de certains diplomates touchés donne un peu plus de piquant à cette affaire. Selon des informations de l’Associated Press, confirmées par CBS News, les premiers à avoir fait état des symptômes décrits par le département d’Étant étaient en réalité des agents du renseignement américain agissant à Cuba sous couverture diplomatique.

« Ce n’est que lorsque les espions américains, postés à l’ambassade sous couverture diplomatique, ont signalé avoir entendu des sons bizarres et éprouver des symptômes physiques encore plus étranges que les États-Unis ont compris que quelque chose n’allait pas », explique CBS News.

« Sur les 21 cas confirmés, les espions américains ont subi certains dommages les plus graves, y compris des lésions cérébrales et une perte auditive », ont confié, sous le sceau de l’anonymat, plusieurs responsables américains à l’Associated Press.

Cela étant, ce mal étrange ne concerne pas seulement les agents de renseignement. De « vrais » diplomates ont aussi été touchés. « Dans plusieurs cas parmi les plus récents, les victimes n’ont pas entendu de bruit et ils n’ont su qu’une attaque s’était produite en présentant plus tard des symptômes, ce qui a suscité l’inquiétude les enquêteurs selon lesquels les attaques pourraient devenir plus sophistiquées et plus difficiles à détecter », précise l’agence de presse.

Quoi qu’il en soit, Cuba n’aurait rien à gagner à se livrer à de telles attaques, si tant est qu’il s’agisse bien d’attaques… D’ailleurs, La Havane collabore aux investigations actuellement en cours. Aussi, la piste d’un troisième acteur, qui chercherait à brouiller les relations américano-cubaines, est évoquée à Washington. « Nous ne pouvons exclure la possibilité qu’un troisième pays soit impliqué dans cette affaire », a en effet affirmé le département d’État. Si tel est le cas, reste à savoir lequel.

Lire : « Les infrasons entre science et mythe : la bibliométrie peut-ele contribuer à clarifier une vérité scientifique controversée?« , par Bertrand Goujard, de l’École d’ingénieurs en Génie des Systèmes industriels – [.pdf]

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