Pour le président centrafricain, la fin de l’opération Sangaris a été « prématurée »

Quand, en décembre 2013, la France lança l’opération Sangaris, Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères, expliquait que la Centrafrique était « au bord d’un génocide ».

À l’époque, ayant pris le pouvoir par la force à Bangui, la coalition de la Séléka (à dominante musulmane) était régulièrement tenue pour responsable d’exactions commises contre la communauté chrétienne. Ce qui, en retour, donna lieu à la formation de milices d’auto-défense, qui, appelées « anti-balaka », étaient, du moins était-ce le cas pour certaines, manipulées le clan de l’ancien président Bozizé.

L’intervention militaire française permit ainsi d’éviter un bain de sang à Bangui ainsi que la partition du pays. Tels étaient les objectifs prioritaires de l’opération Sangaris. Les autres furent considérés comme atteints par la suite, avec le lancement d’un processus de réconciliation intercommunautaire, la reconstruction de l’État centrafricain, avec l’élection du président Faustin-Archange Touadéra, la mise en place d’une mission de formation, sous bannière de l’Union européenne, des forces armées centrafricaines et, enfin, l’accompagnement de la montée en puissance de la Mission multidimensionelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation de la Centrafrique (MINUSCA), forte d’environ 12.000 hommes.

Aussi, en octobre 2016, et malgré un situation sécuritaire encore précaire, il fut décidé de mettre un terme à cette opération. Seulement, depuis quelques semaines, des responsables des Nations unies ne cessent de mettre en garde contre un risque de génocide en Centrafrique, en raison d’affrontements dans le sud-est de ce pays, en particulier dans les secteurs d’Alindao, Bangassou, Mobaye et Bria.

Entre janvier et septembre, à cause de ces violences, 200.000 nouvelles personnes ont été contraintes de quitter leur domicile. Ce qui fait que le nombre de personnes déplacées ou réfugiées (dans les pays voisins) a atteint un « plus haut niveau », avec 1,1 million de personnes sur 4,5 millions d’habitants.

En réalité, l’État centrafricain ne contrôle pas grand chose. Environ 80% du pays lui échappe et les groupes armés, qui n’ont jamais désarmé malgré leurs engagements pris en ce sens, imposent leur loi, allant même jusqu’à se substituer aux forces de gendarmerie.

Pour schématiser la situation, suivie de près par la France, comme l’a indiqué, la semaine dernière, Mme le ministre des Armées, Florence Parly,  deux groupes se disputent les ressources du pays. Ainsi, l’on trouve le Front populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) du chef de guerre Nouredine Adam, dont le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique (MPC) et une milice « anti-balaka » à dominante chrétienne sont des alliés. Ce qui fait craindre un génocide aux responsables de l’ONU est que cette alliance s’en prend régulièrement à l’ethnie peule, défendue par l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d’Ali Darass.

Pour autant, le président centrafricain estime que parler d’un risque de génocide est « erroné ». Pour lui, cette situation obéit à une logique de « prédation » de groupes armés qui profitent du « vide sécuritaire » laissé par le départ des troupes françaises et celui des forces spéciales américaines qui traquaient les combattants de l’Armée de libération du Seigneur (LRA) précisément là où les affrontements sont fréquents actuellement, c’est à dire dans le sud-est de la Centrafrique.

Aussi, a confié le président Touadéra à France 24, le « départ de la force Sangaris » a été « prématuré ». « Il y avait des besoins et à ce moment-là, il fallait continuer à nous appuyer dans la recherche de la paix et de la sécurité », a-t-il affirmé, en disant comprendre les raisons de « politique intérieure » qui ont conduit la France à mettre fin à son opération.

Pour M. Touadéra, les effectifs de la MINUSCA sont insuffisants étant donné qu’ils n’ont pas pris en compte le départ de la force Sangaris et celui des forces spéciales américaines. Il faudrait « trois ou quatre contingents supplémentaires », a-t-il avancé. D’autant plus que les Forces armées centrafricaines (FACa) n’existent que sur le papier. « Nous avons les hommes mais pas les équipements, d’autant plus qu’il y a l’embargo », a-t-il souligné.

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