Décès de Fred Moore, le « lieutenant Baraka » devenu chancelier d’honneur de l’ordre de la Libération

Il avait été l’un des premiers Français libres à avoir rejoint le général de Gaulle. Fred Moore, chancelier d’honneur de l’ordre de la Libération, nous a quittés dans la nuit du 16 au 17 septembre, à l’âge de 97 ans, alors qu’il était pensionnaire de l’Institution nationale des Invalides, à Paris.

Le parcours de Fred Moore est singulier. Son père, officier de la Royal Navy, ayant décidé de s’établir en France après la Première Guerre Mondiale, il voit le jour le 8 avril 1920, à Brest. Puis sa famille part s’installer à Amiens. C’est là qu’il va suivre ses études secondaires, avant d’être admis à l’Ecole Nationale d’Optique de Morez [Jura].

En mai 1940, Fred Moore s’engage au Bataillon de l’Air n°117, alors installé à Chartres. Mais l’avancée des troupes allemandes l’empêchent de rallier son unité. Il rejoint alors sa famille, réfugiée à Brest. Le 17 juin, le jeune homme entend, à la radio, l’appel du maréchal Pétain à cesser le combat. « Ça nous a fait un choc terrible. Mon frère et moi, nous nous sommes regardé et on a ressenti la même chose », dira-t-il plus tard.

Sa décision est prise : il se rendra au Royaume-Uni pour continuer la guerre. Deux jours plus tard, accompagné de son frère, il quitte les côtes bretonnes à bord d’un bateau à voile et réussit à atteindre l’Angleterre. Le 1er juillet, il s’engage dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL). Mais ce n’est pas à bord d’un Spitfire qu’il combattra : titulaire du permis de conduire, il est finalement affecté à la 1ère Compagnie du Train, avec laquelle il participe à l’expédition de Dakar, en septembre.

En décembre, Fred Moore est désigné pour suivre le cours d’aspirant au camp Colonna d’Ornano à Brazzaville. C’est avec son nouveau galon qu’il part au Levant. En septembre, il est en effet affecté 2ème Peloton du 1er Escadron du Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée (GRCA) des Spahis Marocains, qui deviendra plus tard le 1er Régiment de Marche de Spahis Marocains.

En avril 1942, à la tête de son peloton, l’aspirant Moore combat en Égypte et en Libye. Près d’un an plus tard, il se distingue en Tunisie, lors de l’affaire de l’Oued Gragour, en retardant la progression, à deux reprises, de blindés ennemis supérieurs en nombre, et permettant ainsi l’intervention du gros des troupes. « J’ai été surnommé le ‘lieutenant Baraka’ après le combat du 6 mars 1943 à l’oued Gragour. J’ai changé trois fois de blindé sans enregistrer aucun blessé dans aucun équipage », se souviendra Fred Moore.

Après pris part aux combats du Djebel Fadeloun avec la Force L du général Leclerc, Fred Moore est brièvement affecté à la garde d’honneur du général de Gaulle à Alger. Puis, il rejoint son régiment au Maroc, où est en train de se former la 2e Division Blindée (DB).

Promu lieutenant en juin 1944, Fred Moore débarque, le 2e août, en Normandie, à tête du 2e Peloton du 5e escadron du 1er RMSM. Au cours des trois semaines suivantes, l’unité qu’il commande fait plus de 100 prisonniers ennemis, se saisit d’une importante quantité de matériels et prend une part active à la prise de l’École militaire, lors de la libération de Paris. .

Par la suite, le lieutenant Moore va s’illustrer lors de la campagne des Vosges, en particulier lors des combats de la forêt de Mondon, au cours desquels son peloton inflige des pertes sévères aux troupes allemandes. Puis il prend part, en Alsace, à la libération de Strasbourg et à la prise de Plobsheim, Krafft et Gerstheim.

En 1945, après l’engagement de son unité pour réduire la poche de La Rochelle, le lieutenant Moore repart en direction de l’est pour participer aux derniers combats sur le sol allemand. La réputation du lieutenant Baraka se confirme : il n’a perdu que deux hommes depuis le débarquement de son peloton en Normandie.

En avril 1946, le lieutenant Moore est démobilisé. Il exerce alors la profession d’opticien. Malgré ses états de service, il devra atteindre quatre ans pour être promu capitaine de réserve.

Pour autant, Fred Moore n’en a pas fini avec la guerre. En mai 1956, il est rappelé pour servir en Algérie, au sein du 4e escadron du 6e Régiment de Spahis Marocains. Mais cet engagement sera de courte durée. Le général de Gaulle ayant retrouvé le pouvoir, il se lance en politique.

Il est ainsi élu député de la 1ère circonscription de la Somme sous l’étiquette UNR. Battu en 1962, il devient conseiller technique au cabinet du ministre de l’Industrie , puis membre, deux ans plus tard, du Conseil Economique. En 1969, le général de Gaulle n’étant plus à l’Élysée, il cesse toute activité politique et se consacre entièrement à l’exercice de sa profession.

Fait colonel honoraire en 1982, après avoir été le chef de corps du 54e Régiment d’Infanterie divisionnaire de l’Oise, Fred Moore est nommé, en 2011, chancelier de l’Ordre de la Libération, succédant au Professeur François Jacob. Puis, un an plus tard, il devient Délégué national du Conseil national des communes « Compagnon de la Libération ». Fonction qu’il a quittée en janvier dernier, avant de devenir, en avril, « chancelier d’honneur de l’ordre de la Libération ».

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