Le colonel Jean Demozay, l’as aux 21 victoires qui n’aurait jamais dû être pilote

Au cours de la dernière semaine d’août 1944, le Groupement Aérien de Coopération « Patrie », constitué des groupes de bombardement 1/34 Béarn et 1/18 Vendée, entamait ses opérations contre les forces allemandes encore présentes dans le sud-ouest de la France. Cette nouvelle unité, qui assurera plus de 200 missions et détruira 300 véhicules ennemis, vit le jour en Afrique du Nord, grâce à Jean Demozay, un colonel âgé seulement de 29 ans, alors affecté au cabinet militaire du Commissaire de l’Air à Alger.

Plusieurs pilotes des Forces aériennes françaises libres (FAFL) sont passés à la postérité car ils ont pu raconter leurs combats après la guerre (Pierre Clostermann, Jacques Andrieux, etc) ou bien parce que leurs exploits leur ont valu la reconnaissance de leurs pairs. Ce qui n’est pas tout à fait le cas du colonel Demozay, même si la promotion 2001 de l’École de l’air a porté son nom.

Né le 21 mars 1915 à Nantes, dans un milieu relativement aisé, rien ne disposait Jean Demozay a devenir le troisième « as » des FAFL. Envoyé en Angleterre pour continuer ses études au Saint John’s College, il a 17 ans quand son destin bascule, avec le décès de son père. Obligé d’abandonner sa scolarité, il devient soutien de famille, s’installe à Paris et reprend les affaires paternelles.

Puis vient le moment où il doit remplir ses obligations militaires. À 21 ans, il est incorporé au 19e Train des Équipages, à Paris. Seulement, il est rapidement réformé pour inaptitude physique. Rendu à la vie civile, le jeune homme est embauché comme agent commercial par une société nantaise.

Trois ans plus tard, pendant ce que l’on appellera la « Drôle de guerre », Jean Demozay veut s’engager. Mais pour cela, il lui faut passer devant une commission de réforme qui, ayant revu ses critères médicaux, accepte de l’incorporer. Il retrouve alors le 19e Train des Équipages. Pas pour longtemps car, grâce à sa maîtrise de la langue anglaise, il est affecté à l’Advanced Air Striking Force de la Royal Air Force (RAF), alors basée à Reims.

Après un bref passage au « Grand quartier général » de l’armée de l’Air, en janvier 1940, le jeune soldat est envoyé auprès du Squadron n°1 de la RAF. Là, au contact des aviateurs britanniques, il s’initie au pilotage. Il a même le droit de s’entraîner avec un avion de liaison de l’escadron.

Puis, la campagne de France ayant viré au désastre pour les forces alliées, Jean Demozay doit rejoindre La Rochelle avec 16 de la RAF. Le hasard faisant bien les choses, l’équipe fait escale à Nantes quand elle est sollicitée pour réparer un avion de transport britannique. Et c’est ainsi que, le 17 juin, devançant, en quelque sorte, l’appel du général de Gaulle, le jeune français se retrouvera à Sutton Bridge, après avoir décollé avec ses compagnons à bord de l’appareil réparé depuis la base aérienne de Château-Bougon.

Sans tarder, Jean Demozay s’engage dans les Forces françaises libres (FFL), avec l’intention de devenir pilote de chasse. Mais pour cela, il sera obligé d’embellir la réalité en affirmant qu’il détient un brevet de vol civil. Médicalement apte (alors que, 4 ans plus tôt, il avait été réformé!), il est admis à l’Operationnal Training Unit (OTU) n° 5 à Aston-Down. Puis, le 16 octobre, avec le galon d’aspirant, il retrouve le Squadron n°1 qu’il avait quitté en juin. Il vole alors sur Hawker Hurricane et prend part à la Bataille d’Angleterre.

Rapidement promu sous-lieutenant, Jean Demozay ouvre son palmarès en abattant un bombardier Ju-88 allemand le 8 novembre suivant. Cette première victoire est suivie par une seconde, obtenue contre un Messerschmitt Bf-109. Nommé flying officer, il abat deux autres avions ennemis au printemps 1941. Et, le 28 mai, il se voit confier la tête du B Flight du Squadron n°1. Il devient ainsi le premier pilote français à commander une escadrille britannique.

Après un court passage au Squadron 242 (au cours duquel il remporte ses 5e et 6e victoires aériennes), le lieutenant Demozay, alias Moses ou Morlaix, est affecté au Squadron 91, où il prend le commandement du Flight A (1ère escadrille). Durant l’été, son tableau de chasse s’étoffe, avec 7 avions ennemis abattus.

En novembre 1941, promu capitaine, il est Compagnon de la Libération, titulaire de la Distinguished Flying Cross (DFC) et compte 15 victoires aériennes à son actif. Il conclut son premier tour d’opérations avec un nouveau Bf 109 abattu, en janvier 1942. Puis, pendant quelques mois, il est affecté à l’état-major du 11e Groupe de la RAF, où il donne des cours de tactiques. En juillet, il retrouve le Squadron 91… pour en prendre le commandement. Entre septembre et novembre, il ajoute trois lignes de plus dans son carnet de chasse.

Nul ne sait si Jean Demozay aurait pu continuer ainsi, sachant que de nombreux pilotes chevronnés ont fini par se faire surprendre par l’ennemi… En tout, en janvier 1943, le chef du Squadron 91 doit se résoudre à quitter les opérations, le général de Gaulle l’ayant chargé de représenter les FAFL au sein de la mission du général Catroux, laquelle doit préparer la fusion des FFL avec l’armée d’Afrique du Nord. Au moment de quitter son commandement, il compte plus de 400 missions de guerre, 21 victoires aériennes, dont 19 homologuées. Ce qui fait de lui le 3e as français de la Seconde Guerre Mondiale.

La même année, promu lieutenant-colonel, Jean Demozay est affecté au commandement des Forces Aériennes Françaises du Moyen-Orient. Puis, en avril 1944, il est nommé au cabinet militaire du Commissaire de l’Air à Alger, où il va réussir à mettre sur pied le Groupement Aérien de Coopération « Patrie », malgré des conditions matérielles compliquées…

Alors qu’il n’a pas trente ans, le colonel Demozay est tenu à l’écart des opérations. Fin 1944, il est affecté au cabinet militaire du ministre de l’Air, Charles Tilllon, puis il devient, un an plus tard, adjoint au général commandant les Écoles de l’Air. Mais il n’aura malheureusement pas l’occasion de transmettre son expérience aux élèves pilotes. Le 19 décembre 1945, près du terrain de Buc (Yvelines), il perd la vie dans l’accident de l’avion de transport qui le ramenait de Londres.

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