La reprise des violences en Centrafrique a fait fuir près de 90.000 civils en deux semaines

Le « Mapping des violations graves du droit international des droits de l’homme et du droit international, humanitaires commises sur le territoire de la RCA de janvier 2003 à décembre 2015 » [.pdf], publié cette semaine par les Nations unies, est édifiant. Depuis la chute du président Ange-Félix Patassé jusqu’à la normalisation de la vie politique rendue notamment possible par l’opération française Sangaris, la Centrafrique a été un pays en proie à la violence la plus effroyable.

Mais c’est surtout avec l’arrivée au pouvoir, en 2013, de l’ex-coalition rebelle de la Séléka, à dominante musulmane, que le nombre d’exactions a littéralement explosé, avec pas moins de 361 incidents documentés sur les 632 retenus (la liste n’est pas exhaustive) par les auteurs du rapport.

« L’incapacité de la Séléka de gouverner sans avoir systématiquement recours à une force brutale correspond au scénario dans lequel un groupe armé, composé essentiellement de membres d’un groupe religieux minoritaire, originaire essentiellement d’une seule partie du pays (le Nord-Est) et encadré par des combattants étrangers embauchés contre rémunération, aurait pris le contrôle et tenté de gouverner une population qui lui était largement opposée, en raison de sa brutalité, de ses pillages et d’autres actions arbitraires comme la prise de bien », lit-on dans le document.

La prise du pouvoir par la Séléka, coupable de violations « à grande échelle » et d’avoir recruté des « milliers d’enfants soldats », a entraîné la fomation de milices « anti-balakas », qui, à leur tour, ont commis de nombreuses exactions, en particulier contre la communauté musulmane.

L’intervention militaire française, lancée le 5 décembre 2013, aura permis d’éviter un génocide, de mettre sur les rails un processus de normalisation politique et de déployer une mission des Nations unies (MINUSCA). Pour autant, les violences, qui ont contraint plus de 400.000 Centrafricains à fuir leur pays, ne sont pas terminées.

Le rapport de l’ONU compile des faits ayant lieu jusqu’au début de l’année 2016. Malheureusement, de nombreuses nouvelles exactions ont été commises depuis, notamment à cause de rivalités entre anciens groupes de la Séléka, qui convoitent les ressources du pays. Et la MINUSCA est à la peine pour les empêcher.

En outre, les récentes attaques ayant eu lieu à Alindao, Bangassou, Mobaye et Bria, dans l’est de la RCA, laissent craindre l’ouverture d’un nouveau cycle de violences.

Pour le moment, on n’a aucune certitude sur l’identité du (ou des) groupe(s) armé(s) qui en sont responsables, ni sur leurs motivations réelles, comme l’a récemment affirmé le général Bala Keïta, le commandant de la Force de la MINUSCA. L’on sait juste que la communauté musulmane a été visée, en particulier à Bangassou et que les assaillants étaient bien armés et très organisés.

« La population musulmane n’est pas la seule à être visée. Les chrétiens aussi subissent des violences et des persécutions. Une grande partie de la population est en train de payer le prix de cette instrumentalisation de la religion. Les deux dernières semaines ont été horribles. Des dizaines de femmes et d’enfants ont été tués pour des motifs religieux, ou en raison de leur appartenance ethnique », a expliqué Najat Rochdi, coordinateur humanitaire de l’ONU pour la République centrafricaine,

Quoi qu’il en soit, selon l’ONU, le bilan de ces dernières attaques serait de 300 tués et de 200 blessés parmi les civils. Et, d’après Babar Baloch, le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les violences ont fait fuir au moins 88.000 personnes, dont 20.000 ont trouvé refuge en République démocratique du Congo (RDC). Pour la seule ville de Bria, 41.000 personnes ont été déplacées.

En outre, plus de 500.000 personnes sont déplacées en Centrafrique. Aussi, pour faire face à cette situation, l’ONU a lancé un appel urgent pour financer l’aide humanitaire. Pour moment, elle a reçu que 6% des 187,4 millions d’euros qu’elle a demandés.

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