Syrie : La Turquie veut renforcer sa coopération militaire avec la Russie

Alors que la Syrie va demander aux Nations unies de contraindre la Turquie à cesser son intervention militaire dans le nord de son territoire, le président turc, Recep Tayyip Erdogan a dit vouloir renforcer la coopération militaire entre son pays et la Russie pour instaurer une « zone de sécurité » exempte de jihadistes et de miliciens kurdes syriens.

Lors d’une conférence de presse donnée le 10 mars aux côtés de son homologue russe, Vladimir Poutine, le président Erdogan a de nouveau affirmé que le « véritable objectif maintenant était Raqqa », la « capitale » syrienne de l’État islamique (EI ou Daesh).

Seulement, avant Raqqa, il faut régler la question de Manbij, ville prise aux jihadistes par les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les milices kurdes constituent l’épine dorsale.

Or, toutes les tensions se cristallisent actuellement autour de cette localité : les troupes turques et les rebelles syriens soutenus par Ankara ont la ferme intention d’en chasser les miliciens kurdes, quitte à s’opposer à la coalition anti-jihadiste dirigée par les États-Unis, qui comptent sur les FDS pour s’attaquer à Raqqa, ainsi qu’aux forces gouvernementales syriennes qui ont pris position dans la région.

Pour éviter l’escalade, les États-Unis ont envoyé à Manbij des blindés Stryker. En outre, la Russie est dans une position délicate : elle soutient le régime de Damas mais elle s’est réconciliée avec la Turquie, au point de fournir un appui aérien à ses troupes lorsqu’elles étaient engagées contre l’EI à al-Bab.

« La situation reste difficile, il reste beaucoup de facteurs d’incertitude, beaucoup de contradictions », a résumé M. Poutine.

« Même si la Russie nous soutient, elle ne peut pas tout résoudre face à la Turquie dont l’objectif est de contrôler une part grandissante du territoire syrien », a fait valoir, de son côté, Abdoussalam Ali, le représentant, à Moscou, du PYD, le parti kurde syrien.

Mais pour le président Erdogan, il n’y a pas lieu à tergiverser. « Nous devons admettre désormais qu’une organisation terroriste ne peut pas être vaincue en employant une autre organisation terroriste », a-t-il lancé. « Que ce soit la Turquie ou la Russie, nous travaillons en totale coopération militaire en Syrie. Nos chefs d’état-major, nos ministres des Affaires étrangères et les agences de renseignement coopèrent constamment », a-t-il ajouté.

42 commentaires sur “Syrie : La Turquie veut renforcer sa coopération militaire avec la Russie”

    1. Amusant de lire ça…
      Il faudrait se rappeler les commentaires élogieux que recevait Erdogan sur ce forum lorsque le SU 24 avait été abattu. Certains se régalaient déjà à l’idée que Turcs et Russes s’engagent dans un conflit à grande échelle et que l’Otan y trouve motif à s’impliquer.
      La réalité est toute autre car Erdogan a été contraint et forcé de se réconcilier avec Poutine après avoir compris de la tentative de coup d’état venait de Washington.
      Qu’est ce que Poutine a concédé à Erdogan sur le fond ? Rien d’essentiel.
      Quelques frappes de soutien aérien contre daech , c’est vrai.
      Mais aucun des alliés de la première heure des Russes n’a été sacrifié: ni le gouvernement syrien , ni l’Iran , ni le Hezbollah.
      Même les Kurdes des FDS demeurent en bon termes avec les Russes , avec le gouvernement Assad et avec les US comme le montrent les derniers positionnements d’unités à Manbij .
      Le soi disant soutien de Poutine à Erdogan consiste surtout à maintenir au pouvoir un président turc durablement fâché avec les américains et avec les autres membres de l’Otan.
      Ceci lui permet de garder la main sur le règlement à venir du conflit syrien.
      Un sacré chemin parcouru en quelques mois.

        1. Au delà des motivations de ce rapprochement qui restent à confirmer,
          j’entends surtout qu’Erdogan est devenue une belle marionnette de Poutine aussi bien sur les plans diplomatiques (voire bientôt militaires) qu’économiques, avec les accords récemment passés avec la Turquie par Moscou.

      1. Voila ce qui a ete dit quand le su-24 a été abattu :
        http://www.opex360.com/2015/11/24/bombardier-tactique-su-24-abattu-par-larmee-turque-pres-de-la-frontiere-syrienne/comment-page-1/#comments
        Vous y voyez « des commentaires elogieux » â l’encontre d’Erdogan ?? Au contraire !! L’immense majorité des contributeurs, dont ceux qui comme moi dont tres hostiles à Poutine, etaient atterés par cette action turc.
        Vous vivez dans un monde parallèle Datamo !!

      2. Ok, mise à part l’affirmation que le coup d’état vienne de Washington.
        Aucune preuve n’est venu étayer cela, mise à part des soupçons suite au refus d’extrader Gülen.
        Mais dans ce cas, Paris, Berlin, Londres, Athènes, et tous ceux qui n’extradent pas les citoyens turcs que le gouvernement turc réclame actuellement, sont tout aussi coupables.
        Après, rien ne dit que Washington n’est pas mêlé à cela (je vois mal des généraux tenter un coup s’ils ne pensent pas que les Etats-Unisu une autre grande puissance sont derrière eux ou du moins n’empêcheront pas le coup de se dérouler). Mais ça, nous n’en avons aucune preuve.
        Autre chose, peu ici se sont réjouis de l’affaire du SU24 qui risquait, si cela dégénérait, de nous engager pour rien (franchissement de l’espace aérien turc, dans un conflit avec la Russie.
        Pour moi, les turcs qui avaient une carte à jouer dans la résolution de ce conflit, ont perdu plus qu’ils n’ont gagné. Non seulement ils n’auront pas réussi à prendre la place de leader régional qui s’offrait à eux, mais ils ont exposé leurs faiblesses. Heureusement pour eux, ils n’ont pas tout perdu et le coup d’état n’a pas prospéré, mais la Turquie semble être, selon les faits, une puissance bien moins puissante qu’on ne pouvait le présager.
        Sans doute corrigeront-ils le tir dans les prochaines années.

      3. Soyez plus prudent Datamo avant de vous poser en victime …
        Comme vous le fait remarquer Elmin, les écrits restent ! …
        Pour le reste de votre com sur les relations russo-turques , rien à dire cela semble pertinent.

        1. Un bémol aussi pour votre « tentative de coup d’état qui venait de Washington »… Aucune preuve, et beaucoup estiment que ce coup d’Etat serait même une manœuvre d’Erdogan, lui donnant un prétexte pour faire place nette à tous ses opposants .

          1. @alpha
            autant vous avez raison pour dire qu’aucune preuve n’indique une implication directe us, autant la thèse du complot bidon est invraisemblable. Les circonstances qui ont fait pencher ce putsh du coté régime étaient trop aléatoires pour etre calculées.

          2. Le point essentiel est qu’ Erdogan a perçu cette tentative de coup d’état comme une initiative US.
            Sur cette conviction s’est fondé son renversement d’alliance.
            Pour ma part , je n’ai pas un avis tranché sur la question.

  1. « Nous devons admettre désormais qu’une organisation terroriste ne peut pas être vaincue en employant une autre organisation terroriste ». pareil pour les groupes armées d’ailleurs il faudrait se demander si des groupes de se genre doivent vraiment etre couvert par la convention de Genève, de meme les soldats allemands vêtus de l’uniforme US ont été fusillés sur le camps, aujourd’hui ca devrait être combattant sans uniforme = fusiller.

  2. Pourquoi les conflits dans cette zone du monde ont cette capacité unique à devenir des merdiers éternels?

    1. Cher R2D2, c’est parce que depuis l’aube de l’humanité jusqu’à sa fin, tout ce qui se passe dans ces régions est essentiel et dépasse les enjeux humains, d’après la Bible.
      Et nous voyons sous nos yeux se dessiner des alliances complètement invraisemblables il y a quelques années mais qui créent un axe Nord-sud de pays hostiles à Israël qui, selon les prophéties bibliques, déferleront sur lui avec des moyens débordant largement les défenses.
      Passionnant pour les amateurs 🙂

  3. Il est comme Trump, demain il dira le contraire : aucune fiabilité sinon leurs propres egos.

  4. « La Turquie veut renforcer sa coopération militaire avec la Russie  »
    Pour pouvoir organiser des meetings électoraux en Russie auprès des citoyens turcophones ?

      1. La fédération de Russie comprend une importante population musulmane et particulièrement turcophone. Cette présence se justifie diplomatiquement, comme la grande mosquée de Moscou.
        Mais le discours est une chose, l’attitude constante de Poutine en est une autre et elle est plutôt différente de la nôtre. On imagine mal Erdogan venir faire un meeting à Moscou devant les turcophones de la fédération de Russie pouvant acquérir la citoyenneté turque à l’approche d’une élection.
        Même l’Allemagne, les Pays Bas ou la Suisse ont refusé une telle provocation, certes pour des raisons d’intérêt électoraliste, par contre la France de Hollande s’est couchée piteusement.
        Vous pouvez venir faire des parallèles qui vous plaisent, entre Poutine et nos dirigeants, nous ne parlons simplement pas de la même chose. Je crois d’ailleurs que c’est ce que vous et d’autres vous évertuez à essayer de nous convaincre.
        Et bien, en voilà une démonstration.

        1. @Robert:
          Sur les +/- 20 millions de musulmans que comptent les 142 millions de citoyens russes, 12 millions sont effectivement de culture altaïque, mais les subtilités de l’histoire russe font que ces populations de culture altaïque ne sont pas nécessairement de confession musulmane.
          À l’inverse,
          pratiquement 50% de cette population musulmane russe est slave et finno-hougrienne.
          -> Ne pas croire que la population musulmane russe est forcément tournée vers Ankara même si Erdogan aimerait effectivement jouer cette carte d’influence.

          1. Pourtant, la loi turque veut offrir la nationalité turque à tous les turcophones d’Asie Centrale.
            D’ou l’intérêt stratégique pour Poutine de dialoguer avec Erdogan, afin aussi de garder le contrôle de ses musulmans.
            Moi, je ne crois rien ,j’observe.

          2. Je souligne surtout que les musulmans russes sont loin d’être tous turcophones contrairement à ce que vous laissez entendre dans l’introduction de votre commentaire. C’est tout.

      2. Pas la Russie mais la Fédérationde Russie, faut il encore le rappeler

  5. Sur intelligence online, la russie veut sortir le hezbollah et la turquie de l’iran, c’est ça son problème principal pour l’après guerre.

    1. @thaurac
      de syrie.
      Je crois que l’opposition russie/iran est largement un phantasme occidental. Iran et russie se sont déjà mis d’accord sur l’après guerre. Les contrats sont déjà signés. Les partenariats militaires idem.
      On oublie un peu trop vite que l’iran était avant la guerre déjà largement impliqué économiquement et culturellement en syrie.
      Pour la turquie, vous avez raison. Tous veulent la voir sortir de syrie. La russie pourrait jouer le role de « gardien » des cantons kurdes du nord syrien. La « représentation kurde » à Moscou est très active, au grand dam d’erdogan.

  6. Après les Israéliens, les Américains et les Européens, ce sont donc les diplomates russes qui vont apprendre quelle sorte de girouette est Erdogan.  »Le président turc, Recep Tayyip Erdogan a dit vouloir renforcer la coopération militaire entre son pays et la Russie pour instaurer une « zone de sécurité » exempte de jihadistes et de miliciens kurdes syriens. » Il s’agit donc d’une coopération militaire concernant la Syrie, et pas plus pour l’instant . Car si Poutine et Erdogan voudraient bien aller plus loin, le Turc est quand même bien gêné aux entournures lorsque, pour des raisons de politique intérieure et aussi d’image de la Turquie à l’international, on en vient à discuter de … la Crimée. D’où les les navires qui en proviennent ( y compris les navires turcs) ne sont pas autorisés à entrer dans les ports turcs:
    http://uawire.org/news/turkey-does-not-allow-ships-from-the-crimea-to-its-ports
    Au nom de la Realpolitik, Erdogan pourra-t- il se permettre un jour d’ignorer entre autre le statut ( ou le sort) actuel des Tartares de Crimée? Histoire à suivre.

    1. @MD:
      .
      À propos des israéliens, observez le rapprochement stratégique qui se dessine progressivement entre Moscou et Tel Aviv.

      1. Ce rapprochement durera-t-il au moins jusqu’au temps qu’il faudra pour que Tsahal reçoive tous ses F 35, et leurs pièces détachées?

  7. Même l’assassinat de l’ambassadeur n’a pas arrêté le rapprochement russo.turque. la messe est dite

  8. Eric
    L’ axe Russie,Turquie,Iran et chine représente un continuum terrestre et un pole géographique. Il existe de lui même et il représente le futur de l’humanité. Il n’a pas besoin d’être anti-occident. Les Occidentaux progresseraient beaucoup en arrêtant de se regarder le nombril et de jouer a se faire peur.
    MD
    « Les diplomates russes vont apprendre quelle sorte de girouette est Erdogan ». Cela fait probablement un bon moment qu’ils le savent.

    1. La majeure partie de la population mondiale et du PIB mondial (donc la richesse) se fait à moins de 50 km des côtes. Pour ça, la Russie est très mal placée (c’est la cas de le dire).
      L’Iran chiite est enclavé entre des pays sunnites, d’où sa politique en Irak, Syrie et Liban (le golfe arabo-persique n’est pas un débouché sûr en cas de conflit).
      La Turquie se détourne de l’Europe, mais son interland (Asie centrale turcophone) est sous-développé au plus loin des principales routes commerciales, sans compter l’instabilité politique habituelle qui y règne.
      Bref, l’axe Russie-Turquie-Iran-Chine est une réunion d’intérêts centre-asiatiques dont seule la Chine peut vraiment jouer le rôle de pôle, les autres n’étant que des satellites économiques.

  9. – Turquie hors de l’Europe : check !
    .
    – Turquie hors de l’OTAN : check !

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