Pour les États-Unis, l’Otan restera un « socle fondamental » à condition que le fardeau soit partagé

Flags of the 28 NATO member countries

En 2010, dans un contexte marqué par le « pivot » vers la région Asie-Pacifique qu’entendait effectuer Washington, ce qui supposait un désengagement militaire du Vieux Continent, le chef du Pentagone, qui était Robert Gates à l’époque, avait exhorté les membres européens de l’Otan à cesser de réduire leurs dépenses militaires. Et d’ajouter : Les contribuables américains « n’ont pas à assumer le fardeau croissant créé par les réductions des budgets de la défense. » Des mots que n’aurait pas renié le président Trump…

Depuis, la situation a énormément changé. Outre la menace jihadiste qui s’est renforcée à la faveur de la faillite de certains États, il faut composer maintenant avec celle dite de la « force », incarnée par la Russie et la Chine. D’où les mesures prises par l’Otan pour renforcer son flanc oriental afin de rassurer ses membres préoccupés par les intentions prêtées à Moscou.

À ce titre, les États-Unis, qui avaient réduit leur empreinte militaire en Europe avant l’annexion de la Crimée, ont de nouveau renforcé leur présence dans le cadre de l’opération Atlantic Resolve. Et cela a un coût qu’ils ne veulent pas être les seuls à assumer.

D’où les critiques de M. Trump à l’égard de l’Otan, qu’il a qualifiée d’organisation « obsolète ». Qui plus est, avant d’entrer à la Maison Blanche, il avait semblé remettre en cause du principe de défense collective (article 5 du Traité de l’Atlantique Nord) en affirmant que les forces américaines interviendraient pour défendre un pays attaqué avoir vérifié qu’il avait bien rempli ses obligations en matière de dépenses militaires. Une version « trumpienne » de l’adage « Aide-toi et Dieu t’aidera ».

Aussi, la réunion des ministres de la Défense des pays membres de l’Otan, organisée le 15 février à Bruxelles, aura été l’occasion de mettre les choses au clair. Ainsi, le nouveau chef du Pentagone, l’ex-général James Mattis a répété ce qu’il avait déjà dit à certains de ses homologues européens, à savoir que l’Alliance restait importante pour Washington.

L’Otan « reste un socle fondamental pour les Etats-Unis », a même lancé le général Mattis, aux côtés de Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Alliance. Socle fondemental peut-être… mais avec une condition.

« L’Amérique va assumer ses responsabilités, mais si vos nations ne veulent pas voir l’Amérique modérer son engagement envers cette Alliance, chacune de vos capitales doit montrer son soutien à notre défense commune », a en effet continué le responsable américain, évoquant la nouvelle « réalité politique » aux États-Unis. « Les Américains ne peuvent pas se soucier davantage de la sécurité future de vos enfants que vous ne le faites vous-mêmes », a-t-il aussi fait valoir.

En clair, Washington souhaite que les dépenses militaires de chacun des membres de l’Otan soient équivalentes à au moins 2% de leur PIB d’ici 2024, conformément à l’engagement pris en septembre 2014, lors du sommet de Newport (Pays de Galles).

Actuellement, seulement 5 pays membres ont atteint – voire dépassé – cet objectif, dont les États-Unis, l’Estonie, la Grèce, la Pologne et le Royaume-Uni. Cela étant, en se basant sur des données et une méthodologie différentes, l’International Institute for Strategic Studies (IISS) n’en compte que trois, à savoir les États-Unis, l’Estonie et la Grèce. Qui plus est, le périmètre des dépenses à prendre en compte peut varier d’un allié à l’autre.

« Du fait qu’il s’agit d’un régime déclaratif et que chaque pays dispose d’une marge de manœuvre lorsqu’il fait état de ses dépenses, les statistiques Otan manquent d’homogénéité », a récemment fait remarquer Amélie Verdier, qui pilote la puissante direction du Budget à Bercy, lors d’une audition devant la commission de la Défense, à l’Assemblée nationale.

« Ainsi, depuis 2007, la France ne comptabilise plus la gendarmerie dans ses dépenses militaires, mais d’autres pays continuent à y intégrer des forces militaires qui exercent des missions de sécurité intérieure.[…] Dès lors, si l’on s’oriente vers un raisonnement plus systématique se référant à ce périmètre Otan, il faudrait établir très clairement ce qui est compté ou pas, et tout le monde doit compter la même chose », a encore ajouté Mme Verdier.

Quoi qu’il en soit, Jens Stoltenberg, qui avait pris les devants en annonçant, la veille, une hausse de 3,8% en 2016 des dépenses militaires « des alliés européens et du Canada » (hausse encore insuffisante selon lui), a estimé qu’il fallait aussi prendre en compte les participations aux opérations de l’Otan.

« Partager équitablement le fardeau ne veut pas seulement dire dépenser, cela inclut aussi les contributions aux missions de l’Otan », a en effet assuré M. Stoltenberg. « De nombreux pays européens contribuent largement à des opérations de grande importance pour les Etats-Unis », a-t-il ajouté, en soulignant que les Alliés européens fournissent actuellement la moitié des effectifs déployés en Afghanistan dans le cadre de la mission Resolute Support.

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