Le conflit au Soudan du Sud atteint des proportions « catastrophiques »

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Ayant obtenu son indépendance par rapport à Karthoum en 2011, le Soudan du Sud ne tarda pas à basculer dans une guerre civile nourrie par la rivalité entre les deux hommes forts de ce nouvel État, à savoir le président Salva Kiir et le vice-président Riek Machar, ainsi que par les tensions éthniques et la convoitise suscitée par les réserves pétrolières du pays.

Les premiers combats eurent lieu à Juba, la capitale, en décembre 2013. Et Riek Machar, qui, issu de l’éthnie Nuer, venait d’être limogé par Salva Kiir, prit la fuite pour éviter d’être tué et forma, avec une partie de l’armée, un nouveau mouvement rebelle.

Cependant, en août 2015, un accord de paix fut conclu par les deux camps, après tout de même plusieurs dizaines de milliers de morts. Et, en avril 2016, Riek Machar redevint vice-président. Retour à la case départ… Mais pas pour longtemps : en juillet, sous l’impulsion des extrémistes de deux partis, les tensions repartirent de plus belle.

Le 7 juillet, peu avant le 5e anniversaire de l’indépendance, cinq soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS, loyale au président Kiir) furent tués dans les rues de Juba par des hommes de Riek Machar. Et ce fut le point de départ de nouvelles violences, qui firent au moins 300 morts en trois jours.

Plus tard, Salva Kiir désigna le général Taban Deng Gai, un rival de Riek Machar appartenant, comme lui, à l’éthnie Nuer, au poste de vice-président. Puis, de nouvelles milices armées apparurent, notamment dans des régions du Soudan du Sud jusqu’alors relativement épargnée par le conflit.

« Il y a des allégations selon lesquelles certains de ces groupes ciblent des Dinka [l’ethnie du président Salva Kiir, ndlr] », a récemment déploré Festus Mogae, l’ancien président du Botswana actuellement à la tête de la Commission de surveillance et d’évaluation de l’accord de paix (JMEC) d’août 2015. Mais les troupes gouvernementales ne seraient pas en reste étant donné qu’elles ont aussi été accusées d’avoir commis des massacres éthniques…

« Il y a déjà un processus régulier de nettoyage ethnique en cours dans plusieurs zones du Soudan du Sud, qui se traduit notamment par la faim extrême, des viols collectifs et la destruction de villages », a ainsi affirmé, le 1er décembre, Yasmin Sooka, qui venait de conduire une délégation du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme au Soudan du Sud. « Partout où nous sommes allés dans le pays, nous avons entendu des villageois dire qu’ils étaient prêts à répandre du sang pour récupérer leurs terres », a-t-elle ajouté, prévenant que pour beaucoup, le « point de non-retour avait été atteint. »

Et cela, alors que les effectifs de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) ont été revus à la hausse en août 2016 pour être portés à 13.000 personnels, grâce à l’envoi de 4.000 casques bleus supplémentaires, fournis principalement par l’Éthiopie, le Kenya et le Rwanda.

Seulement, pour la première phase de cette guerre civile (2013-2015) comme pour la seconde, la MINUSS a été impuissante à empêcher les exactions commises à grande échelle sur la population civile, plusieurs rapports ayant évoqué des faits épouvantables (viols, émasculations, recrutement de milliers d’enfants soldats, massacres, etc…). Pourtant, la mission de l’ONU a créé des sites accueillant les civils fuyant les persécutions. Mais ces derniers sont régulièrement attaqués par les forces gouvernementales et les rebelles.

En outre, une enquête confiée par l’ONU au général néerlandais à la retraite Patrick Cammaert sur les événements de juillet 2016 a dénoncé les « piètres performances » de la MINUSS, causées par des « lacunes » dans son commandement et une « aversion au risque ». Ainsi, note le rapport, les Casques bleus en patrouille se contenteraient de « surveiller les alentours derrière les minuscules vitres de leurs véhicules blindés », ce qui ne permet évidemment pas de rassurer la population ou d’intervenir le cas échéant. Vexé par ces conclusions, le Kenya a décidé de retirer son contingent du Soudan du Sud…

Qui plus est, en décembre 2016, une résolution visant à instaurer un embargo sur les armes à destination du Soudan du Sud et soumise par les États-Unis au Conseil de sécurité a été rejetée par la Chine et la Russie.

Le 12 février, le général Thomas Cirillo Swaka, numéro deux de la division logistique au sein de l’état-major des troupes gouvernementales et membre de l’ethnie Bari, a annoncé sa démission en accusant l’entourage de Salva Kiir d’avoir torpillé les accords de paix d’août 2015 et de mettre en oeuvre une politique de nettoyage éthnique.

Les Dinka de la SPLA sont « déployés stratégiquement dans des zones non-dinka afin de mettre en place une politique d’occupation des terres » afin de s’approprier « les biens des autres gens », a affirmé le général Swaka.

Aussi, un rapport remis au Conseil de sécurité par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, estime que la situation au Soudan du Sud continue « de se détériorer dans certaines régions du pays et l’impact de ce conflit et des violences atteint des proportions catastrophiques pour les civils. »

Et d’ajouter : « La montée des milices sous le commandement du SPLA ou des rebelles est en train de causer la fragmentation » du Soudan du Sud qui risque ainsi « d’échapper à tout contrôle du gouvernement pour les années à venir. »

Pour éviter le pire, le déploiement d’une force régionale, sous l’égide des Nations unies, est envisagé, notamment pour renforcer la sécurité à Juba. Mais cela paraît bien insuffisant à l’échelle du pays… D’autant plus qu’il n’est pas exclu de voir le conflit s’étendre étant donné que certains États de la région y sont indirectement impliqués. Ainsi, l’Ouganda soutient le présiden Salva Kiir et l’Éthiopie, où Riek Machar s’est réfugié, accueille de nombreux réfugiés ayant fui les combats et a été le théâtre d’affrontements éthniques, comme en avril 2016, où des Sud-Soudanais de l’ethnie Murle ont tué 216 civils Nuers, installés sur le territoire éthiopien.

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