Quel est le poids économique de la Défense en France?

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Chef de la section études à l’Observatoire économique de la Défense, Jean-Michel Oudot a présenté, lors du point de presse hebdomadaire du ministère de la Défense, le 1er septembre, quelques chiffres censés illustrer le poids économique des forces armées en France en 2016.

Sans doute parce que ce sujet a souvent été abordé lors des récentes dissolutions de régiments et de bases aériennes, les chiffres communiqués par M. Oudot n’ont, a priori, pas été repris par la presse généraliste. Et pourtant, ils sont à souligner.

Ainsi, la part que représente le budget de la mission « Défense » dans celui de l’État est de 13,7% (11,1% hors pensions), dont 0,1% sont consacrés à la recherche duale (civile et militaire) et 0,8% sont destinés aux Anciens combattants et au lien armée-nation. Il s’agit du troisième poste de dépenses, le premier étant celui de l’enseignement scolaire (21,7%), suivi par les engagements financiers de l’État (14%).

En 2015, avec cette part qui lui est dévolue, le ministère de la Défense a réalisé « 81% des achats publics », ce qui représente la somme de 18 milliards d’euros, soit près de 60% de son budget (qui était de 31,2 milliards cette année-là).

Sur ces 18 milliards, 4 milliards ont été versés à des organismes publics tandis que le reste a été « payé directement à des entreprises résidentes en France », dont 10 milliards au titre des grands programmes d’armement et 4 milliards au titre des achats courants (énergie, infrastructure, soutien…).

Ces dépenses profitent évidemment aux grands groupes de l’industrie de la Défense… Mais pas seulement car, selon M. Oudot, pas moins de 26.000 PME et Entreprises de taille intermédiaire (ETI) en profitent aussi (du moins quand le logiciel Chorus ne fait pas des siennes, comme cela a été le cas il y a quelques années).

S’agissant de l’industrie française de l’armement, qui enregistré, en 2015, un niveau record de prises de commandes (16 milliards d’euros), elle représente, toujours selon M. Oudot, « 20% des exportations et contribue au solde commercial français à hauteur de 36 milliards d’euros ».

En février, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait parlé de « l’effet d’entraînement » que pouvait avoir l’industrie de la Défense sur les autres secteurs de l’économie ainsi que sur l’emploi. « Un seul euro investi dans l’industrie de défense représente en retombée économique 2 euros, 3 euros, peut-être davantage », avait-il affirmé, estimant qu’il fallait prendre ce fait en compte pour la « réflexion sur la stratégie industrielle » du pays.

« Les investissements de la défense obéissent à une stratégie. Ils répondent en premier lieu aux besoins actuels et futurs des armées.
Ils contribuent également à la croissance, à l’innovation, à l’emploi et au développement des territoires tout en tenant compte des contraintes économiques et budgétaires auxquelles sont soumises le ministère », peut-on lire dans le compte-rendu de l’intervention de M. Oudot, communiqué par la DICoD.

À ces chiffres, il faut aussi ajouter le poids économique que représentent les 263.350 militaires et civils avec leurs familles. Ainsi, il a été avancé qu’un régiment représentait une manne de 20 à 30 millions d’euros par an pour la ville où il est implanté, ce qui dynamise l’immobilier et  fait vivre des commerces ainsi que des entreprises de service.

19 commentaires sur “Quel est le poids économique de la Défense en France?”

  1. Bonjour M. Lagneau, bonjour camarades commentateurs de ce blog 😉

    Je cite Le Drian dans cet article : « Un seul euro investi dans l’industrie de défense représente en retombée économique 2 euros, 3 euros, peut-être davantage  »

    Question d’une néophyte en économie (*) : comment sont calculées les fameuses retombées économiques ? Peut-on, par exemple, calculer l’effet Rafale sur les Falcon (civils et militaires, certes) de Dassault Aviation ? Par effet, on peut notamment prendre en compte les progrès réalisés sur les simulations (temps, fiabilité…), mais également d’autres paramètres comme le « filet de sécurité » que représente la présence dans le domaine civil et militaire (demandez à Boeing !).

    Merci d’avance !

    1. @Marine
      Les calculs des retombées économiques sont surtout affaire de doctrine. Pour les uns, tout budget à destination du Leviathan (l’Etat) est autant de perdu pour le commerce. Pour les autres, l’objectif même de l’économie est d’apporter des deniers à la collectivité. Avec un peu de recul, il y a un équilibre à conserver (*).
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      La fonction des armées, de la police et des secours est avant tout de préserver la population et les infrastrucutures. Les investissements réalisés dans ces domaines sont donc avant tout une manière d’assurer l’ordre au sein de la collectivité, et sa survivance. À moins que l’on considère que le dessein premier des pays est de se faire la guerre (…)
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      Maintenant, il s’avère que la société civile, et le commerce, peuvent bénéficier de certains avancées réalisées dans la recherche militaire… cela peut apporter des effets (parfois très positifs) secondaires, mais il n’était pas prévu que par ex. Internet devienne un domaine libre, et que s’y développe de nouvelles formes de communication et de commerce!
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      (*)
      Une définition du Capital est « l’organisation de la société pour créer un gain ». Ce à quoi personne ne s’oppose; qui ne veut pas d’un surplus à la fin du mois? Pour K. Marx, cette production se devait d’être entièrement contrôlée pas l’Etat, alors que les libéraux d’alors réclamaient que des particuliers puissent créer et posséder les outils.
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      Le meilleur équilibre en Occident semble avoir été vers les années 60-70, où l’Etat avait un fort pouvoir régulateur quant à la qualité et au type de production. À la même époque, l’Union Soviétique et la Chine ont offert les pires scénarios d’administration centralisée, dont aujourd’hui encore on à peine à mesurer l’impact.
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      Il serait donc aisé croire que toute libéralisation apportera son lot de bénéfices. Mais sans le gantelet d’un pouvoir solide et juste, il y a de fortes chances que les innovations, et les bénéfices qui en découlent, ne profitent plus aux pays concernés. La malédiction qui frappe les pays producteurs de pétrole en est une excellente illustration.

      1. Bonsoir Pathfinder,
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        Merci pour votre réponse.
        En l’occurrence, ma question ne portait pas tant sur le qualitatif (que vous avez bien décrit dans votre post) mais plus sur le quantitatif. En d’autres termes : pourquoi 1 euro investi dans la défense en rapporte 2 ou 3, et pas 12, ou 20, ou 1.8, ou 2.3, etc… Comment quantifier les gains ? Dans le cas d’Internet, le bénéfice est incalculable… mais la contrepartie est notre dépendance, ce qui représente une vulnérabilité de plus.

      2. @Marine
        J’ai voulu m’en tenir au général, et en ai oublié de répondre à votre question :/
        Il est impossible d’avancer avec certitude la « rentabilité collatérale » de tels investissements, puisqu’à la base ils ne sont pas destinés aux produits qui en découlent. On peut apprécier au cas par cas, mais uniquement de manière rétroactive.
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        La seule qui soit jamais en mesure de mesurer les effets d’un investissements ou d’un développement, est l’industrie qui les dirige – et qui en attend un bénéfice direct.
        Pour tout ce qui est indirect, là encore, la doctrine politique pèse de tout son poids sur les observations. Le jour où nous distribuerons des livres de math avec des anciennes BASM, il y a fort à parier que les fonds dépensés à son développement soient mis en avant 🙂

  2. Petite precision, les 10 milliards de programmes d’armement se repartissent en 5,6 Md€ pour les « programmes à effet majeurs » et 3,6 Md€ pour la dissuasion (la dissuasion est opaque on ne sait pas ce qui est en recherche, equipements, entretients ..)
    Le reste etant ventilè sur des programmes mineurs.
    5,6 Md€ ca peut paraitre beaucoup mais quand on fait en meme temps les barracuda (1,25 Md€ l’unite) , les Fremm (460 M€ l’unite), les rafales (env 100 M€ l’unite) , les tigres, les nh90, les A400M, les vbci puis les griffons/jaguar, les satellites , mais aussi la renovation a mi vie des 2000D, altantique et FLF .. Et bien chaque annee donne lieux à des arbitrages serrés et le report de programmes pourtant urgent ( HIL, phoenix, barracuda, griffon, BATSIMAR et FLOTLOG) ou des diminutions de volume excessives augmentant le prix (rafale, Fremm, Leclerc, Ceasar ..)
    Comme j’ai deja eu l’occasion de le dire, je ne comprend pas que les gouvernements successifs n’ai pas d’avantages soutenu l’industrie de defense …

    1. Eh oui, cela s’appelle la bosse des programmes d’armement, donc on la pousse et on repousse … au final, cela revient cher d’être pauvre !
      Pour le reste, n’exagérons pas, on soutient, mais encore davantage, c’est sans limite : ne pas oublier le plan de relance qui a bien soutenu quand même il y a quelques années … cela ne peut pas être en permanence.

  3. Mais surtout c’est incroyable de rappeler que les « engagement financiers de l’etat » representent son deuxieme poste devant le budget la defense. En d’autre termes c’est la charge de la dette (les interets) que nous devons payer pour soutenir la mauvaise gestion politique de ce pays depuis 40 ans et les budgets en constant deficit. En plus il ne s’agit d’endettement basé sur de l’investissement productif.
    Quel gachi. En plus les taux d’interets sont tres bas a l’heure actuelle… Des qu’ils remonteront on sera vraiment mal.

  4. Ce qui gène toujours, lorsqu’on fait des comparaisons entre les budgets des différents ministères, c’est que l’on se réfère seulement au budget de l’État et non pas aux sommes que les différents ministères coûtent réellement au contribuable. L’on doit y regarder de plus près.
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    Les budgets des différents ministères sont difficilement comparables avec celui des Armées car il y a des additions qui ne sont pas faites concernant les budgets civils. Les budgets de TOUS les ministères civils sont en grande partie pris en charge par les Collectivités territoriales alors qu’au contraire le budget des Armées est inscrit uniquement au budget de l’Etat.
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    Je prends deux exemples, l’Intérieur et l’Education Nationale, mais ces deux exemples de financement s’appliquent à tous les autres ministères.
    Pour le ministère de l’Intérieur, rappelons d’abord que les Commissariats et les Gendarmeries sont financés par les collectivités locales.
    En ce qui concerne, autre exemple concernant le ministère de l’Intérieur, le budget des Pompiers : le système est intéressant à connaître mais méconnu de ceux qui ne l’ont pas pratiqué. En France deux-cent cinquante mille pompiers civils et leur matériel sont financés par les communes, les intercommunalités et les départements : les SDIS (Services Départementaux d’Incendie et de Secours) sont des établissements publics qui imposent leur budget aux collectivités locales sur la base des directives du ministère de l’Intérieur en application de la loi n°96-369 du 3 mai 1996.
    Le budget des pompiers civils passe inaperçu de l’Etat parce qu’il est «dilué » entre une centaine de services départementaux obligatoirement financés par les collectivités territoriales. Ceci se fait en contradiction avec l’article 72 de la Constitution (libre administration des collectivités territoriales), mais la loi n°96-369 n’a jamais été déclarée contraire à la Constitution. Le budget total des SDIS n’a fait, à ma connaissance, l’objet d’aucune étude ni même d’une simple addition. De ce fait les budgets « Intérieur » et « Armées » sont difficilement comparables.
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    Il en est de même pour un autre service public important : sans même rappeler qu’une petite partie de l’Education Nationale est privée, il faut savoir que l’infrastructure nécessaire à l’enseignement public est entièrement prise en charge par les collectivités locales : le Communes financent toutes les écoles primaires ; les collèges et les lycées sont pris en charge par les Départements ; l’enseignement technique par les Chambres Consulaires ; les universités sont financées par les Régions.
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    Le même principe s’applique à tous les ministères civils : le ministère des transports ne finance pas les routes départementales (prises en charge par les Départements), ni les autoroutes prises en charge par des SEMA (Sociétés d’Economie Mixte Autoroutières), ni les réseaux ferrés régionaux (les TER sont financés par les Régions), ni les ports ni les aéroports qui sont financés par les Chambres de Commerce.
    Ministère de la Santé : les hôpitaux, financés par les Villes et par la Sécu, n’apparaissent pas non plus au budget de l’Etat.
    Quant à la dette publique, celle de l’Etat est considérable mais il faut y ajouter les dettes cumulées de toutes les collectivités territoriales et de tous les établissements publics, qui sont toutes et tous endetté(e)s.
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    Mais c’est le même contribuable qui subit des prélèvements obligatoires à la fois pour sa Ville, pour son Intercommunalité, pour son Département, pour sa Région, pour la Sécu. Seul le budget des Armées est directement lisible parce qu’il est entièrement inscrit au budget de l’Etat.
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    Je ne dis pas que le système est mauvais, je dis qu’il faut le connaître et tenir compte des différences de méthodes comptables. En dépit de quelques imperfections, tout ceci en définitive ne fonctionne pas trop mal : il faut juger aux résultats et non aux méthodes.
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    Il faut comparer seulement ce qui est comparable. Il faut savoir que dans les ministères civils, le principe est solidement établi de toujours trouver des payeurs extérieurs. Chez les militaires au contraire, l’on est trop honnête et l’on pense que l’intérêt général prévaut sur les intérêts de chapelle. Jamais les militaires ne demandent le remboursement des prestations indues effectuées au profit d’autres ministères : Vigipirate et Sentinelle devraient être remboursées par le ministère de l’Intérieur ; l’on peut rappeler ertaines dépenses supportées par les Armées au profit des AE, des Dom-tom, de la Coopération. Lorsqu’on apprend que les Armées envoient en Haïti un bataillon du Génie transporté par la Marine Nationale, on aimerait apprendre en même temps que le financement est pris en charge par le Ministère de la Coopération. Aider Haïti est parfaitement légitime compte tenu de nos liens culturels et historiques : le Ministère français de la Coopération est parfaitement fondé à y missionner l’une de nos entreprises de travaux publics civiles qui ne demandent qu’à travailler, acheminée par un transporteur civil dont c’est le métier. Mais non : l’on préfère en charger les Armées, de façon illégale au regard de la loi de 2005, article 1er, que je rappelle : « les armées ont pour mission de préparer et d’assurer par la force des armes la défense de la Patrie et des intérêts supérieurs de la Nation » . Le financement de l’aide humanitaire comme celle qui fut attribuée à Haïti (cette aide est légitime, j’y insiste : seul le mode de financement est contestable) était ainsi supporté par le budget des Armées et non par celui de la Coopération à qui elle incombe.
    L’on peut multiplier ainsi les exemples des opérations comptables qui faussent les calculs (et donc les appréciations) quant au « poids » relatif des dépenses militaires.
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    J’ai déjà parlé de ce problème, car il n’est pas nouveau, sur un autre blog où il a donné lieu à plusieurs commentaires qui l’ont nuancé et complété : http://www.egeablog.net/index.php?post/2010/03/10/Financement-par-Y.-Cadiou

    1. Tres interessant commentaire. En effet c’est quelque chose à laquelle on ne pense pas de prime abord …
      Le probleme c’est que les budgets du mille feuille administratif francais sont tellement imbriqués qu’il est impossible d’y voir clair ou simplement de comparer entre deux mairies, conseils generaux ou regions. C’est une veritable niche pour l’inefficacité et pour les abus.
      Ceci etant dit, la nouvelle garde nationale pourrait à son tour mettre à contribution les collectivités territoriales , notamment les régions, sur le modele americain par exemple.

    2. Merci pour cet approfondissement!
      Un autre aspect, qui est impossible à chiffrer, est que les budgets ne sont pas les dépenses (des administrations).
      Il semblerait même que personne ne soit jamais en mesure de donner le détail de ces dernières… ce qui est quand même phénoménal, quand on sait ce qu’encourt une PME, ou un particulier, qui ne rendrait pas compte de son bilan annuel aux impôts!

    3. Bonsoir,
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      Merci pour votre commentaire qui éclaire bien des points. Je me coucherai moins bête ce soir ! 🙂

    4. @ Yves Cadiou,
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      Il y a eu une révolution copernicienne en 2001.
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      On ne parle plus « ministère », mais « missions et programmes »:
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      https://fr.wikipedia.org/wiki/Missions_et_programmes
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      C’est la LOLF: https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_organique_relative_aux_lois_de_finances
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      En conséquence de quoi, vous retrouvez une prose « mission » et plus « budget » dans les articles de presse consacrés au sujet, comme celui de notre hôte, qui écrit:
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      « Ainsi, la part que représente le budget de la mission « Défense » dans celui de l’État est de 13,7% (11,1% hors pensions), dont 0,1% sont consacrés à la recherche duale (civile et militaire) et 0,8% sont destinés aux Anciens combattants et au lien armée-nation. »
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      Notez la tournure  » budget de la mission » et, quand on veut descendre dans le détail relativement à un poste de dépenses, « part que représente x dans le budget y de la mission z ».
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      Donc, la présentation comptable des articles de compte a changé, dans un but de simplification, au moyen d’une certaine… complexité, ce qui, effectivement, occasionne une gêne quand il faut faire des comparaisons. Surtout si vous comparez des missions à des budgets, c’est-à-dire, si vous passez en mode comptabilité analytique.
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      Une mission et un budget sont aussi comparables qu’un torchon et une serviette, sur un plan intellectuel. Mais, comptablement, la mission décrit en réalité un plan d’emploi des fonds à un objectif donné et un budget une méthode d’affectation des ressources.
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      Normalement, tel le chat qui loupe son saut, on devrait retomber sur nos pattes. Or, le fait est que non, car il s’est glissé dans les interstices le « mille feuilles » administratif qui fait que, par exemple, notre ministre de la santé est incapable de vous dire combien on dépense en seringues ou en pansements dans l’APHP.
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      N’importe quelle entreprise française est normalement capable de vous dire combien elle dépense en rouleaux de PQ chaque année, pour prendre l’exemple d’une dépense qui, ayant le caractère d’une charge déductible au sens du CGI, est à la fois ridicule mais quantifiable. Le chiffre n’est pas immédiatement appréhendé en compta, mais il se retrouve en audit sommaire. Normalement.
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      Dans la comptabilité publique, il est un fait avéré que c’est le brouillard, alors que, pourtant, les comptables publics tiennent leur comptes en la forme informatisée qui, justement, doit permettre de sortir d’un compte n’importe quel article. Y-compris les rouleaux de PQ.
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      Si la première brique du mur ne peut pas être posée droite, comment voulez-vous que le reste du mur le soit?

  5. La notion même de casernement de la troupe telle qu’elle existait sous Napoléon n’a aujourd’hui plus aucun sens si ce n’est que de maintenir l’utopie , dans l’imaginaire collectif , qu’en cas de crise majeure l’état disposerait d’une soldatesque à demeure et coupée du monde qui serait , le temps d’une manœuvre , d’un exercice , d’émeutes ou d’une guerre ; corvéable à merci , nourrie , logée et blanchie sur place …… Il est difficilement compréhensible de maintenir du casernement à grand frais alors que la troupe habite de plus en plus dans la cité et que ces « gens d’armes » ont généralement une vie familiale et des enfants à charge . Cette histoire d’impact économique qu’un régiment aurait dans la ville n’est plus comparable à ce qu’il était lorsque les gens étaient maintenus captifs à la caserne lorsque le foin pour les bêtes était acheté sur place , que la troupe partait en quartier libre s’enivrer et se soulager au bordel du coin . A l’heure de la mondialisation de l’économie , du TGV , des autoroutes et d’internet , cet impact est bien moindre et il serait par conséquent préférable de rompre avec nos sempiternelles certitudes , d’analyser les choses sous le prisme de la rupture organisationnelle et de l’intérêt opérationnel que nous pourrions tirer d’une telle réforme . Le cas du 3°Rpima stationné à Carcassonne est emblématique , la caserne principale est immense , elle était parfaitement adaptée pour accueillir un régiment de cavalerie sous Napoléon mais totalement inadaptée à notre siècle .Les batiments sont vétustes , désertés par la troupe alors que des sommes considérables y sont englouties chaque année pour entrenir les bâtiments classés parmi les monuments historiques .Pour être convaincu que le régiment n’a plus qu’un impact relatif sur le tissu local , il suffit de traverser la rue piétonne pour constater que depuis 30 ans les boutiques traditionnelles ont fermé les unes aprés les autres .
    Il apparaît évident que pour maintenir en france un outil de défense crédible , la solution passe par la création de bases immenses réservées aux militaires et à leurs familles , des unités projetables sans délai disposant de moyens adaptés pour s’entraîner sur place , les sites ne manquent pas , ce qui manque manifestement en France comme toujours c’est la volonté politique …..

    1. Ce n’est pas une question de napoléon, les autres pays de par le monde n’ont pas, en dehors des USA, un système comme le vôtre et tous continuent de maintenir des garnisons.
      Les américains ont leur histoire, celle ou ils n’ont jamais fait face a des ennemis envahissants.Ils ont donc développé une armée de projection, ou l’on concentre de nombreuses unités, ces bases sont devenus de véritables villes, mais il faut le dire, l’immensité des USA l’impose également (a leur création). Ce concept de base géante et autonome, les américains le transporte partout ou ils vont, que ce soit en Allemagne, au Japon, a Djibouti ou en Irak, les américains restent enfermés dans leur base en totale autonomie.Cet isolement s’avère en réalité, souvent mal vu par les locaux contrairement a des nations comme la France, ou lorsqu’elle débarque dans un pays, elle tisse immédiatement des liens avec les locaux, en leur achetant des biens, en leur donnant du travail, en faisant vivre leurs commerces. On se fait aimer comme cela et c’est une chose ou les américains peuvent prendre exemple pour « gagner les coeurs », une chose qu’ils ne réussissent jamais, d’ailleurs l’échec en Afghanistan (ou nous mêmes français, pratiquions la tactique américaine), c’est aussi cela.
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      Peut-on estimer aujourd’hui que la France se trouve dans la même situation que les USA, où l’on peut abandonner notre maillage de garnisons au profit de grand complexes?
      Sur le plan de la disponibilité, le regroupement aurait évidemment un impact capacitaire, on serait plus efficace, en rapidité comme en quantité.Mais sommes nous aussi isolé que les américains pour le permettre? Si les USA misent sur une puissante force aérienne et maritime pour isoler le pays d’une agression extérieure, en portant la guerre chez les autres plutôt que de la subir chez eux, cela n’est pas forcément le cas chez nous.
      La question qu’il faut se poser, c’est de savoir si, oui où non, on peut abandonner une politique de défense territoriale en pensant devoir faire face uniquement a des actions offensives de nos armées? Sommes nous certain que l’UE ne s’écroulera pas? Sommes nous certain qu’il n’y aura plus jamais un ennemi à nos frontières?
      Car si on devrait regrouper toutes nos forces sur 7 ou 8 bases géantes, se serait également et seulement 7 ou 8 cibles a frapper par surprise par un ennemi.Alors aujourd’hui, le nucléaire sanctuarise notre territoire, j’en conviens.
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      Les petits commerces ferment partout en France, ce n’est pas en raison des garnisons qui ne sont plus adaptées au monde moderne.Ce qui a tué les petits commerces comme les bars, c’est outre la prolifération des moyens de transports (avant il n’y avait que le train pour desservir les implantations), c’est la fin de la conscription et le changement de la société.Auparavant, pour s’amuser, il fallait sortir de chez sois, pour boire il fallait aller dans un bar, pour manger il fallait aller au resto, aujourd’hui les jeunes s’achètent une bouteille, ils vont chez l’un ou l’autre, s’amusent devant une console et se font livrer des pizzas.Ce n’est pas spécifique aux militaires.
      Ensuite il faut savoir que la majorité des soldats sont des jeunes sous contrats qui viennent de toute la France.Il y a un grand nombre de célibataire sans famille à loger et d’autres prennent des logements a l’extérieur.Il n’y a aucun problème à cela et je ne pense as que construire des logements pour les familles tout en construisant d’énormes bases cela serait moins coûteux, le bénéfice de l’économie viendrait 25 ans après
      Il ne faut pas oublier que les militaires sont mutés et demandent a être mutés en permanence.Que les militaires aiment bien sortir de leur base pour rentrer chez eux.On ne gère pas du bétail et mettez les pieds dans un régiment pour comprendre.
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      Mais je note a nouveau, votre tendance a voir la France comme une exception et que son système est le seul a ne pas être « crédible ». Pourtant, c’est bien les américains (le socle de votre exemple) qui sont une exception et non la France.Alors soit les américains sont ceux qui ont tout compris, soit le reste du monde n’a rien compris pour avoir un outil de « défense » crédible…
      Mais sans doute faudrait-il prendre en compte les spécificités de chaque pays, les menaces, leur histoire afin de comprendre.

      1. Le concept d’un casernement de la troupe dispersé dans tout le pays est devenu désuet très coûteux et surtout totalement inefficace . La projection d’une force en opération de 10 000 hommes nécessite aujourd’hui une organisation laborieuse de plusieurs semaines . Le regroupement de véhicules , de munitions , de matériel de campagne etc…se fait avec la SNCF en fonction du taux de disponibilité par caserne , pour les spécialistes , transmetteurs , sapeurs d’assaut,fantassins , Officiers d’état major etc…c’est la même chose , il faut faire les fonds de tiroir de tous les régiments et acheminer les gens comme en 1914 , alors que l’on pourrait disposer sur quelques bases imposantes de tout ce qui est nécessaire pour armer un battle group et le projeter en moins de 24 heures .

        1. @Tartempion
          Nous ne sommes pas les Américains. Les bases fourre-tout que vous préconisez, c’est une sorte de supermarché des moyens opérationnels où le gouvernement qui décide et le commandement qui organise trouveraient tout ce qu’il faut.
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          Ça fonctionne peut-être théoriquement chez les Américains mais à cause de ce mauvais système leur armée, c’est connu depuis longtemps (cf « Full metal jacket » 1987) souffre d’une très mauvaise qualité de l’encadrement, ce qui est exactement le contraire de la nôtre.
          Isoler l’armée de la société réelle (et c’est ce qui se passe avec ces bases américaines installées dans des cambrousses lointaines et isolées), c’est détériorer la qualité du recrutement parce qu’aucun citoyen bien dans ses pompes, intégré à la société, ne veut aller vivre dans un ghetto.
          Chez nous, c’est déjà limite avec Coëtquidan mais ça ne dure que trois ans.
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          Si l’isolement social doit durer toute la vie, ça n’attire que des paumés qui ne peuvent pas espérer mieux. De là vient la médiocrité de l’encadrement de contact dans l’armée américaine. Ne faisons pas comme eux.
          Ne faisons pas comme eux : pour avoir une armée bien encadrée, il faut des officiers et des sous-officiers en phase avec la société civile et non pas des gens parqués loin de tout.

          1. La réactivité est une chose , la compétence de l’encadrement une autre , quant à la qualité du recrutement que vous évoquez , je m’excuse mais on ne peut pas faire pire qu’actuellement. L’armée de terre reste la seule institution à recruter ses militaires du rang sans aucune condition de diplôme .Pour se mettre au niveau , les pelotons d’élèves gradés ont été remplacés par une validation des acquis et de l’expérience , les certificats techniques du 1°degré aussi ,c’est d’ailleurs pourquoi les engagés les plus motivés quittent l’institution au terme de leur premier contrat pour faire autre chose .Quant à vos critiques sur les capacités de l’armée américaine , rappelez vous que la dernière fois , l’armée française avec ses généraux orgueilleux plein de médailles a été défaite en seulement 15 jours .

  6. La discussion sur le casernement mériterait un fil de dial séparé, ne serait-ce que pour faire le point sur ce dont il est question dans le sujet.
    .
    Et, pour une fois, Tartempion ne dit pas que des conneries. Notamment sur un point: quand l’armée hérite d’équipements immobiliers classés qui ne valent pas un clou sur un plan opérationnel, mais qui coûtent une blinde en entretien ou rénovation (2.000 m² de toiture en ardoises, montées au clou et à refaire, le tout sur charpente en bois massif assemblé à la cheville, que personne ne sait plus faire, sans isolation, et dont la rénovation exige de mettre les architectes de France sur le coup, sans le début d’un budget et sans aucun espoir de satisfaire des normes obligatoires de sécurité, d’accès ou écolos) et qu’on ne sait pas faire coïncider avec un projet urbanistique ou architectural moderne et actuel. Ben là, faut bien constater qu’il y a un manque.
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    Autant sur le patrimoine religieux ou Ancien Régime (les châteaux de la Loire) les Français acceptent de banquer, alors qu’ils ne vont plus à la messe, mais ils l’acceptent parce qu’il y a de la rente touristique, autant sur tout le reste du patrimoine immobilier il y a comme une grande éclipse (le patrimoine industriel de Paris a été décimé).
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    Le patrimoine de la défense, en France, c’est plus que les pyramides d’Égypte, en moins vieux, certes, mais en bien plus grand. Et avec des actifs qui peuvent être rénovés pour traiter des besoins actuels, ou futurs.
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    Mais le casernement, c’est un vrai sujet, à part, qui a trait à la gestion de la ressource humaine de l’armée. C’est le second sujet après Louvois (la paye: toute peine mérite salaire, versé à l’heure dite et pas 18 mois plus tard). Et avant l’expression libre des militaires, qui restent des gens normaux et donc, qui racontent toutes les conneries qui leur passent par la tête, avec plus ou moins de bonheur, comme nous tous.

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