Amado Granell, un officier espagnol au service de la France libre

granell-20160821

À peine sorti de la clandestinité, le journal Libération publiait à sa une, le 25 août 1944, une photographie sur laquelle on peut voir, selon la légende, le préfet de police de Paris « féliciter un officier de la division Leclerc » à l’Hôtel de Ville, où ce dernier venait d’être reçu par Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance. La veille, une compagnie du Régiment de Marche du Tchad (RMT), commandée par le capitaine Raymond Dronne, venait d’entrer dans la capitale.

Cet officier de la division Leclerc n’était pas français : il s’agissait du lieutenant Amado Granell, l’adjoint du capitaine Dronne, le chef de la « Nueva », la 9e compagnie du RMT composée quasi-exclusivement de républicains espagnols ayant fui le régime de Franco.

Né en 1898 au sein d’une famille de commerçants aisés, Amado Granell a déjà un long passé militaire au moment de la Libération de Paris. Engagé, au tournant des années 1920, à la Légion espagnole, il connaît le baptême du feu lors de la guerre du Rif, au Maroc.

Après avoir gagné ses galons de sergent, il retrouve la vie civile et il tient un magasin de motocyclettes. Dans le même temps, républicain modéré, il s’engage en politique et adhère au mouvement syndical ouvrier.

Puis, en 1936, après la victoire du Front populaire espagnol aux élections, puis l’accession de Manuel Azaña à la présidence de la République, l’Espagne plonge dans la guerre civile avec le soulèvement militaire nationaliste organisé par les généraux Franco et Mola. Là, Amado Granell rejoint un Bataillon de Volontaires pour combattre les franquistes. Il participe alors à la défense de Madrid ainsi qu’à la bataille de l’Ebre. En 1939, grâce à ses compétences et qualités militaires, il prend la tête de la 49e « Brigada Mixta del Ejército Popular Republicano » (49e Brigade mixte de l’Armée populaire de la République espagnole).

Mais, la même année, l’échec de l’offensive d’Estremadure signe la défaite des républicains espagnols face aux troupes de Franco. Et Amado Granell n’a pas d’autre choix que de s’exiler à Oran, en Algérie. Un temps interné dans un camp, il vit tant bien que mal jusqu’au débarquement américain en Afrique du Nord (opération Torch), qui va radicalement changer la donne. C’est alors qu’il s’engage dans les Corps francs d’Afrique, créés le 25 novembre 1942, dans un contexte marqué par une grande confusion entre les partisans de Vichy, du général Giraud et du général de Gaulle.

Quoi qu’il en soit, ces Corps francs d’Afrique, équipés par les Américains, sont rapidement engagés dans de durs combats contre l’Afrikakorps de Rommel en Tunisie. C’est ainsi qu’Amado Granell participe à la bataille de Kasserine ainsi qu’à la libération de Bizerte. Il y gagne la Croix de Guerre avec palmes et ses galons de lieutenant.

granell-20160821-2En 1943, grâce au commandant Putz, un ancien brigadiste, Amado Granell rejoint la 2e Division Blindée du général Leclerc, qui recrute alors beaucoup de volontaires parmi les républicains espagnols. Ces derniers formeront ainsi la « Nueve », c’est à dire la 9e compagnie du RMT.

Un an plus tard, la Nueve rejoint l’Angleterre avec la 2e DB pour ensuite débarquer en Normandie. Début août 1944, cette unité « espagnole » est engagée dans de durs combat et joue un rôle important dans la libération d’Alençon et d’Écouché. Puis, la marche des événements s’accélére. Et, le 24, le capitaine Dronne reçoit l’ordre du général Leclerc de foncer sur Paris, où les mouvements de Résistance ont lancé une insurrection contre l’occupant.

C’est ainsi que le lieutenant Granell sera le premier officier de la 2e DB à entrer dans l’Hôtel de Ville de Paris… La suite est connue : le 25, le général von Choltitz capitule, Paris est libéré après avoir été « outragé », « brisé » et « martyrisé ».

Pour autant, la Nueve n’en a pas encore fini avec la guerre. Avec la 2e DB, elle est engagée en Lorraine et en Alsace, au prix de lourdes pertes. Affecté moralement, le lieutenant Granell tombe malade en novembre 1944. Avant de quitter son unité pour être hospitalisé, il se lave le visage et les mains dans le Rhin, comme il en avait fait le serment quelques mois plus tôt. Dans son journal, le capitaine Dronne écrit : « Avec Granell s’en va une partie de l’âme de la Nueve. »

L’officier espagnol recevra la Légion d’Honneur des mains du général Leclerc. « D’un courage proche de la témérité, toujours en tête de ses hommes, avec un mépris total du danger. Il s’est illustré tout au long de la campagne, depuis le débarquement jusqu’à Strasbourg, d’Écouché à Paris, Andelot, Remoncourt, Châtel-sur-Moselle, Vaxancourt, Vacqueville, s’est imposé à l’ennemi, obtenant victoire sur victoire », souligne la citation qui accompagne la remise de cette décoration.

Plus tard, il refusera la nationalité française en disant : « Nous sommes fiers d’avoir combattu pour la France. Nous voulons être des soldats dignes de la France, mais sans renoncer à être espagnols ».

Resté à Paris pendant un temps après sa démobilisation (il y a tenu un restaurant ayant servi de point de rencontre pour les républicains espagnols), Amado Granell continue ses activités politiques en tentant de rapprocher la gauche espagnole avec les partisans d’une monarchie constitutionnelle pour tenter de renverser Franco. De retour en Espagne, il meurt dans un accident de voiture en 1972, dans la région de Valence.

En savoir plus : Amado Granell, par Cyril Garcia – Editions L’Harmattan, 18 euros

Conformément à l'article 38 de la Loi 78-17 du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant; [Voir les règles de confidentialité].

Contributions

  1. de wrecker47

  2. de Elmin

    • de Alpha Romeo

    • de jyb

  3. de Eric T

    • de Eric T

  4. de Marine

  5. de Robert

    • de Commandant Monastorio

      • de Robert

        • de Commandant Monastorio

          • de Robert

      • de v_atekor

    • de garance

    • de Dans le bayou

      • de Robert

    • de Frédéric

    • de garance

    • de Honneur

    • de Robert

  6. de Duc d'Orléans

    • de Robert

      • de Robert

        • de Duc d'Orléans

  7. de Suchet

  8. de LW