Maurice Happe, le « diable rouge » de l’aviation française

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Quand on évoque l’aviation militaire de la Première Guerre Mondiale, on songe immédiatement aux « As », comme Guynemer, Fonck, Nungesser, Richthofen ou McCudden, aux combats aériens non dénués d’esprit chevaleresque et aux missions dangereuses. La presse de l’époque fit son miel de ces aviateurs dont la notoriété grandissait à mesure que leur tableau de chasse s’étoffait. Il était alors plus facile de compter les victoires aériennes que les participations à des missions de reconnaissances ou de bombardement, toutes aussi périlleuses les unes que les autres. Du coup, des pilotes de grande valeur tombèrent rapidement dans l’oubli. Tel fut le cas du lieutenant-colonel Maurice Happe.

Né le 15 avril 1882 dans une famille commerçante de Saint-Germain-en-Laye, Maurice Happe se destine très tôt à une carrière militaire. Après de brillantes études, au lycée Condorcet, à Paris, où il obtient son baccaulauréat, il est admis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr et intègre la promotion « Centenaire d’Austerlitz ». Il souhaite alors servir dans la Cavalerie mais un accident de cheval l’en empêche. Il est finalement affecté, en 1906, au 82e Régiment d’Infanterie, alors implanté à Montargis. Le jeune sous-lieutenant n’y restera pas longtemps car, à sa demande, il est muté au 43e Régiment d’Artillerie.

Les débuts de l’aviation passionnent le lieutenant Happe (il a été promu en 1908). Aussi, en 1912, il parvient à se faire affecter au Service de l’aéronautique de Versailles. C’est ainsi qu’il obtient son brevet de pilote « d’aéroplane », décerné par l’Aéroclub de France. Bien que victime d’un accident, il passe avec succès les épreuves du brevet de pilote militaire quelques mois plus tard. En novembre 1913, Maurice Happe est admis à l’École supérieure de construction mécanique et aéronautique. Mais les circonstances en décideront autrement.

happe-20160724-1Quand éclate la Première Guerre Mondiale, le lieutenant Happe est affecté à l’inspection du matériel. Pas pour longtemps car en sa qualité de pilote, il est chargé, le 13 octobre, d’une mission « spéciale » d’observation visant à reconnaître l’itinéraire Tournai-Liège. Seulement, cette dernière tourne court : à cause de conditions métérologiques épouvantables, le moteur de son Farman étant noyé, il est contraint de se poser. Ne manquant pas de culot, il prétendra être un agent civil de la société Farman, ce qui lui évitera d’être fait prisonnier avec son observateur.

En novembre, Maurice Happe est promu capitaine. Il est ensuite affecté, en tant que pilote à l’escadrille Do-14, dotée d’avions Dorand DO 1 et affectée au groupement d’armée des Vosges. Il enchaîne alors les missions, souvent en solitaire. Le 11 février 1915, il attaque la garde de Bollwiller. Mais sa route croise celle d’un Aviatik, qui le prend en chasse. Son avion criblé de projectiles, il réussira larguer 8 bombes sur l’objectif et à rentrer au terrain.

« Exécute chaque jour, souvent même à plusieurs reprises, les plus longues missions de reconnaissance et de bombardement à l’intérieur du territoire ennemi, faisant preuve des plus belles qualités d’audace et de mépris absolu du danger. Le 11 février, ayant été par deux fois violemment attaqué par un avion ennemi, armé d’une mitrailleuse, et son appareil ayant, au cours du combat dans lequel il eut l’avantage, subi de graves avaries qui en compromettaient très sérieusement la sécurité, n’a pas hésité néanmoins à accomplir jusqu’au bout la mission spéciale qui lui avait été confiée », peut-on lire dans la citation qui lui sera attribuée, en même temps que la Légion d’Honneur.

Trois semaines plus tard, le capitaine Happe signe un nouvel exploit : encore en solitaire (mais avec son mécanicien), il attaque une importante poudrerie allemande à Rottweil. Après un vol de 150 km en territoire ennemi, dans des nuages bas et une mauvaise visibilité, il largue ses bombes à 1.500 mètres d’altitude sur l’objectif. L’une d’entre-elles tombe sur un réservoir d’acide, ce qui provoque un incendie gigantesque. Cela lui vaudra la Croix de guerre et de voir sa tête mise à prix en Allemagne pour 25.000 marks. Du coup, celui qui est désormais surnommé le « corsaire de l’air » (en raison de sa longue barbe?) ou le « diable rouge » (Roter Teufel) fait en sorte que son avion soit bien reconnaissable par l’ennemi (en peignant notamment les roues en rouge).

Puis, il continue ses raids. Il attaque une nouvelle fois Rottweil en avril, malgré une défense aérienne renforcée depuis son premier coup d’éclat. Seulement, ses deux co-équipiers ne reviendront pas de cette mission. Et Maurice Happe ramène encore une fois un avion criblé de projectiles. Fin avril, il bombarde, à l’issue d’un vol de plus de 200 km, des hangars abritant des dirigeables Zeppelin à Friedrichshafen, ainsi que d’importantes réserves d’hydrogène…

En juin 1915, le capitaine Happe prend le commandement de l’escadrille de bombardement MF-29. Là, il va pouvoir développer les tactiques mises au point lors des mois précédents. D’ailleurs, il peut être considéré comme l’un des « pères » du bombardement stratégique (c’est à dire frapper, derrière les lignes ennemies des installations dont la destruction est susceptible d’avoir un impact direct sur la conduite de la guerre).

C’est ainsi que le solitaire capitaine Happe va mettre au point des formations de bombardiers volant en échelon refusé, en V renversé, afin de pouvoir larguer toutes les bombes en même temps. Et ces dernières finiront par se généraliser par la suite. En outre, il insiste sur l’entraînement de ses pilotes (la sueur épargne le sang…). Enfin, on lui doit aussi le « contrôle du bombardement », « ancêtre » du Battle damage assessment (BDA) d’aujourd’hui.

Le 20 juillet, l’escadrille effectue sa première mission : il s’agit de bombarder la gare de Colmar afin d’empêcher l’arrivée de renforts allemands pendant une offensive vers Münster. Puis, les raids en territoire ennemis s’enchaînent : les noeuds ferroviaires, les usines chimiques et d’armement sont principalement visés. Quelques innovations sont aussi mises au point, comme une aide à l’atterrissage de nuit.

En décembre 1915, le capitaine Happe se voit confier le commandement du Groupe de bombardement n°4. Et il continue à prendre part aux raids. Il parviendra même à abattre un Fokker avec son Farman… Un exploit compte tenu des performances de son appareil.

Mais son caractère fougueux mâtiné d’insolence, qui le conduit parfois à discuter les ordres et à critiquer sévèrement sa hiérarchie, va lui jouer des tours. Alors qu’il vient d’être fait chevalier de la Légion d’Honneur, le capitaine Happe est sanctionné : il est envoyé à l’arrière et nommé commandant d’armes à Luxeuil. Ce qui est loin de mettre un terme à ses critiques à l’égard de ses supérieurs. Du coup, le 16 juin 1917, pour le « punir » à nouveau, il est nommé inspecteur des écoles de l’aviation militaire.

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Cette situation ne lui convient évidemment pas. L’officier fait des pieds et des mains pour retourner au combat. Il obtiendra finalement gain de cause : en février 1918, il affecté au 1er bataillon du 50e Régiment d’Infanterie, sur le front italien. Le Maurice Happe démontre une nouvelle fois toutes ses qualités militaires. Le 11 juin, il se distingue lors des combats sur le plateau d’Asiago. Puis, 4 jours plus tard, il met en échec une attaque autrichienne lancée dans son secteur. Et, le 10 août, il fait 247 prisonniers en territoire ennemi. Ces actions lui valent la médaille d’argent de la Valeur militaire, que lui remettra le roi d’Italie un an plus tard.

La guerre terminée, Maurice Happe a juste le temps de se marier avant de repartir sous d’autres cieux. Il est en effet envoyé en Pologne comme conseiller militaire, dans le cadre d’une mission française chargée d’aider Varsovie, alors en guerre contre l’Union soviétique, à se doter d’une armée polonaise. Là encore, il se distingue et reçoit la Croix du vieil ordre militaire de la Pologne « Virtuti militari » et de la croix « Ad Valorem » des mains du maréchal Pilsudski.

À son retour de Pologne, et après un passage au 176e Régiment d’Infanterie, le chef de bataillon Happe retrouve l’aviation militaire. Il est nommé à la tête du 2e Groupe du 12e Régiment d’Aviation de Bombardement, avant de devenir le commandant en second de cette unité, alors basée en Rhénanie. En 1928, promu lieutenant-colonel et nommé commandeur de la Légion d’honneur, il dirige les Ecoles de perfectionnement des Officiers de réserve des 1ère et 6e Régions militaires françaises.

Après avoir affronté mille dangers, et avec son mécanicien, le caporal Roger Huet, le lieutenant-colonel Maurice Happe trouve la mort le 20 octobre 1930, au cours d’un vol de routine : son avion, un Breguet 19B2, victime d’une panne, s’écrase dans un champ, en Belgique.

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