L’État islamique étend ses opérations à Kaboul

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Fin avril, le général américain Charles Cleveland, le porte-parole de la mission Resolute Support, de l’Otan, affirmait que l’aviation américaine avait effectué 100 frappes contre les organisations terroristes en Afghanistan, dont environ 70 contre la branche afghane de l’État islamique, appelée « Province de Khorasan », essentiellement implantée dans la province de Nangarhar.

Et d’assurer que les « capacités » de cette dernière avaient été par conséquent « réduites », en estimant le nombre de ses combattants entre 1.000 et 3.000. Toutefois, le général Cleveland avait mis en garde contre la résilience de cette organisation jihadiste, en mesure de « retrouver très rapidement son élan. » Aussi, « nous voulons maintenir une pression constante sur eux », avait-il dit.

Le fait est. Le 20 juin, un homme appartenant à la « Province de Khorasan » s’est fait exploser sur un bus transportant des agents de sécurité népalais assurant la protection de l’ambassade canadienne à Kaboul, sur la route reliant Jalalabad à la capitale afghane.

Cet attentat a fait 14 tués, tous de nationalité népalaise. Il a été rapidement suivi par deux autres attaques, dont une contre le convoi d’un élu provincial. La dernière a été commise avec une moto piégée sur le marché de la ville de Keshim, dans la province afghane du Badakhchan (Nord-Est). Au total, au moins 25 personnes ont perdu la vie lors de cette nouvelle vague de violences.

L’attentat contre le bus des agents de sécurité népalais a très vite été revendiqué par Zabihullah Mujahid, un porte-parole du mouvement taleb afghan. « Ce matin tôt, nous avons conduit une attaque martyre contre des gardes des forces d’agression, faisant 20 morts et blessés », a-t-il affirmé, en faisant allusion à l’attaque ayant visé le bus des employés népalais.

L’EI a également revendiqué cet attentat. Mais le porte-parole taleb a dénoncé une affirmation « sans fondement et creuse », en faisant valoir que la « Province de Khorasan » n’a « pas la capacité de mener une attaque à Kaboul et n’a pas le soutien de la population. »

Seulement, la branche afghane de l’EI a diffusé la photographie et l’identité de l’auteur de l’attentant, un certain « Arfan ». En tout cas, si sa responsabilité est confirmée, il s’agirait alors de sa plus importante attaque en Afghanistan. Le 11 juin dernier, elle avait aussi revendiqué l’assaut du siège de la police du district de Dih Bala, dans la province de Nangarhar, lequel fit 5 tués parmi les policiers. Quelques jours plus tôt, l’organisation dit être responsable de l’explosion qui coûta la vie à un député afghan à Kaboul.

En avril 2015, un attentat commis à Jalalabad (34 morts) lui avait été attribué. Mais l’organisation jihadiste avait démenti, via un communiqué officiel, toute implication. Toujours est-il que depuis, et comme l’a souligné un rapport des Nations unis publié en quelques semaines plus tard, le « nombre de groupes et d’individus qui font ouvertement allégeance à l’EI ou s’en déclarent proches continue d’augmenter dans plusieurs provinces d’Afghanistan. »

L’EI séduit « non seulement la jeune génération, qui ne se retrouve pas dans la vieille garde talibane, mais également une frange plus éduquée de la population, attirée par la renommée internationale du mouvement », a par ailleurs expliqué, à Paris Match, Borhan Osman, un chercheur de l’organisation Afghanistan Analysts Network. En outre, le groupe a reçu l’appui du Mouvement islamique d’Ouzbekistan (MIO), jusqu’alors allié des taliban et d’al-Qaïda.

Avec l’EI qui tend à s’affirmer et un mouvement taleb afghan, proche d’al-Qaïda, qui gagne du terrain dans le sud et l’est du pays, il est probable que les effectifs de la mission Resolute Support soient maintenus à leur niveau actuel. Cela dépendra en grande partie des États-Unis (et du président Obama), qui avaient prévu de réduire leur contingent de 9.800 à 5.500 soldats en janvier 2017. En tout cas, une réflexion est en cours à Washington.

« Tout le monde a intérêt à ce que notre effort se poursuive. C’est pourquoi les effectifs vont être reconsidérés, comme nous l’a dit [le secrétaire américain à la Défense] Ashton Carter », a déclaré le ministre britannique de la Defense, Michael Fallon, lors d’une réunion de l’Otan, la semaine passée.

« Le président a indiqué à plusieurs reprises (…) qu’il était prêt à examiner la présence américaine en Afghanistan en fonction des circonstances et il est censé le faire à la fin de l’année. Il s’est dit prêt à le faire, mais ce n’était pas en soi l’un des sujets de discussion de la réunion d’aujourd’hui », a précisé le chef du Pentagone.

Carte : (c) Institute for War

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