Pour Moscou, la mise en service d’un site de la défense antimissile de l’Otan en Roumanie est une « menace »

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En 2009, l’administration américaine décida de revoir ses plans au sujet de la défense antimissile, qui doit aussi être celle de l’Otan. Alors qu’il était initialement prévu d’installer un radar d’alerte avancée en République tchèque et des missiles intercepteurs en Pologne, il fut alors envisager d’installer ces éléments en Roumanie et en Bulgarie. Et ce dispositif devait être complété par le déploiement permanent en Espagne de 4 destroyers dotés du système AEGIS.

Finalement, l’architecture retenue reposera sur un radar installé en Turquie, des systèmes « Aegis Ashore » implantés en Roumanie (à Deveselu) et en Pologne (à Redzikowo), un centre de commandement établi à Ramstein (Allemagne) et, donc, les destroyers Arleigh Burke de l’US Navy.

Avec un peu de retard sur le calendrier initial, la composante terrestre de l’Aegis Ballistic Missile Defense (BMD) de Deveselu a été officiellement déclarée opérationnelle ce 12 mai (celle de Pologne devrait l’être aussi en 2018).

« Les Etats-Unis et la Roumanie font l’histoire aujourd’hui en livrant ce système à l’Otan », a commenté l’amiral Mark Ferguson, le commandant des forces navales américaines en Europe et en Afrique, lors de la cérémonie d’inauguration.

« Nous marquons aujourd’hui un moment important pour l’Otan et pour la sécurité transatlantique », a estimé Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Alliance atlantique. Ce système « représente un renforcement important de la capacité de défendre les Alliés européens contre la prolifération de missiles balistiques émanant d’au-delà de la zone euro-atlantique », notamment du Moyen Orient, a-t-il ajouté.

Seulement, et comme l’on pouvait s’y attendre au vu de précédentes déclarations, la mise en service du site de Deveselu, doté de missiles intercepteurs SM-2, a suscité l’ire du Kremlin.

« Nous le disons depuis le début (…), nous en sommes convaincus: le déploiement du système antimissile est en soi une menace pour la sécurité de la Russie », a ainsi affirmé Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe.

« Le président Poutine s’est demandé à de nombreuses reprises contre qui ce système est destiné (…) La situation avec l’Iran a drastiquement changé, mais la question reste d’actualité », a continué M. Peskov, en faisant référence à l’accord de Vienne sur les activités nucléaires iraniennes. Cela étant, un missile balistique n’a pas besoin d’avoir une tête nucléaire pour être une menace. Et qui peut dire ce que sera le contexte dans 15 ans?

Plus tôt, le président de la commission de Défense du Parlement russe, Vladimir Komoïedov, y était allé de son commentaire. « Tout ça est à 100, 200, 300, 1.000% dirigé contre nous. Ce n’est pas l’Iran mais la Russie et ses capacités de dissuasion nucléaire » qui sont visées, a-t-il affirmé.

« Nous sommes capables de surpasser ce système antimissile. Nous allons renforcer nos capacités défensives, notamment dans la région de l’Arctique en y déployant nos systèmes de détection et d’interception », a-t-il ajouté.

Lors de la cérémonie organisée à Deveselu, M. Stoltenberg a répondu aux commentaires des responsables russes. « Le site en Roumanie, tout comme celui en Pologne, n’est pas dirigé contre la Russie », a-t-il commencé par faire valoir. Et cela pour une raison simple : « Les intercepteurs sont peu nombreux et situés trop au sud ou trop près de la Russie pour pouvoir intercepter des missiles balistiques intercontinentaux russes. »

Enfin, M. Stoltenberg a rappelé que l’Otan a vainement offert « transparence, dialogue et coopération » à Moscou au sujet de cette défense antimissile.

Lors du sommet de Lisbonne, en novembre 2010, il avait été en effet proposé à Moscou une coopération dans le domaine de la défense antimissile. Mais les exigences russes furent par la suite jugées excessives par les membres de l’Otan. « La Russie n’a pas répondu de manière positive à nos offres et a mis fin à ce dialogue en 2013 », a ainsi rappelé M. Stoltenberg.