Un pluvier doré est à l’origine de l’accident d’un Alphajet à Vouvray, en décembre 2014

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Le 10 décembre 2014, un avion d’entraînement de type Alphajet appartenant à l’École de l’aviation de chasse (EAC) de Tours s’était écrasé sur un foyer d’accueil pour personnes handicapées, à Vouvray, peu de temps après son décollage. L’accident avait fait une victime.

À l’époque, la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, avait exigé la « transparence absolue » sur ce drame, ce qui laissait sous-entendre d’éventuelles manquements aux règles de sécurité de la part de l’équipage de l’Alphajet en question.

Plus d’un an après, l’on en sait un peu plus sur les causes de cet accident. Selon un rapport d’étape [.pdf] du Bureau enquêtes accidents défense air (BEAD-Air), le réacteur gauche de l’Alphajet a ingéré un volatile, en l’occurrence un « pluvier doré », dont la masse varie entre 160 et 280 grammes.

D’après le rapport, le risque d’une collision avec un volatile avait été estimé « nul » par la section de prévention du péril animalier (PPA), dont le rôle est d’observer la présence d’oiseaux dans les environs de la base.

L’incident s’est produit alors que l’élève-pilote venait de se voir confier les commandes par son instructeur après un tour de piste et un « touch and go », conformément à ce qui avait convenu lors du briefing.

L’élève entame alors un virage vers le cap 149° et met les gaz en montée, à 280 noeuds. C’est alors que deux bruits sourds sont entendus par l’instructeur, suivis par une baisse de régime des deux moteurs Larzac de l’Alphajet, qui, en conséquence, perd de la vitesse.

L’instructeur informe tout de suite le contrôle aérien et reprend les commandes. Ayant vainement tenté de redémarrer les moteurs, et à seulement 1.000 pieds d’altitude, il lance la procédure d’éjection, après toutefois avoir orienté l’Alphajet vers une zone inhabitée.

Malheureusement, une fois son équipage éjecté, l’appareil a dévié légèrement de sa trajectoire. La suite est connue : il ira ensuite s’écraser sur le centre d’accueil et provoquera un incendie. L’instructeur sera gravement blessé (il a ressenti une vive douleur aux lombaires au moment de l’éjection). Et tout cela s’est passé très vite.

D’après le rapport du BEAD-Air, l’ingestion du « pluvier doré » a rompu « brutalement » les « 5 pales du 1er étage de la roue mobile du compresseur BP », dont les débris ont fini d’endommager le réacteur. En revanche, des investigations complémentaires sont nécessaires pour expliquer les dégâts subis par le réacteur droit.

« Les expertises menées à ce jour ne permettent pas d’expliquer une perte de poussée sur le moteur droit. En l’absence d’enregistreur de paramètres de vol et afin de rechercher aussi loin que possible les causes de cet accident, de nouvelles investigations vont être conduites. Une reconstitution partielle de l’appareil est envisagée », indique le BEAD-Air.

Toutefois, prévient-il, « la réalisation de ces expertises dont il n’est pas possible de garantir qu’elles conduiront à un rapport conclusif, impose des délais importants compte tenu de l’état de destruction avancé des pièces expertisées et de la présence d’amiante dans certains ensembles ».

16 commentaires sur “Un pluvier doré est à l’origine de l’accident d’un Alphajet à Vouvray, en décembre 2014”

    1. Il était vraiment scandaleux, en effet, qu’elle jette le soupçon et l’opprobre sur les aviateurs, au lieux de laisser les juges faire leur travail et de féliciter les personnels de ce foyer pour le courage et le dévouement dont ils ont fait montre envers leurs pensionnaires!
      Le bilan, d’un mort et quatre blessés aurait été pu être plus lourd.
      Mais, selon la presse régionale, les personnes présentes sur places ont fait et bien fait ce qu’elles devaient!

      1. Je ne vois rien dans ses propos allant dans votre sens, qui n’en sont qu’une interprétation. La mienne est que les propos de la ministre ne relèvent que de la tautologie classique, creuse et convenue des politiques (« je promets que tout sera mis en oeuvre pour… », « toute la vraie véritable vérité sera établie sur… », « je fais toute confiance à nos services de … », etc…)

        1. Pardonnez moi de vous envoyer chercher dans les archives de la NR.
          Je n’ai pas retrouvé, du premier coup, l’intervention dont j’ai garder le souvenir. Peut être ce soir.
          Dans les commentaires de cet article, vous verrez que je ne suis pas le seul à avoir été scandalisé par l’attitude et les propos.
          : http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2014/12/10/Un-Alphajet-s-ecrase-a-Vouvray-un-mort-et-au-moins-quatre-blesses-2149048.
          .
          Que le Garde des Sceaux donne des instructions au Parquets… C’est son rôle.
          Mais quand on est aux affaires sociales, on félicite les employés rentrés dans un bâtiment en feu… Et on respecte le principe de séparations des pouvoirs.
          Je vous accorde, évidement, mais avec regret, que c’est d’une affligeante banalité de la part de nos politiciens.
          Mais ne comptez pas sur moi pour leur en faire compliment 😉

  1. Comme quoi c’est dangereux un PLUVIER, presque un missile Sol Air .C’est cher payer un Alphajet au sol + un mort . Pour un oiseau le bilan est lourd

  2. C’était donc un pluvier. Mes félicitations aux enquêteurs qui ont réussi à identifier ce qui restait d’un oiseau de moins de 300 grammes après qu’il soit passé dans un turbo-réacteur qui s’est ensuite crashé sur un bâtiment en provoquant un violent incendie.

    1. Un bémol quand même ! « A ce jour, l’expertise du réacteur droit ne révèle aucun dommage interne pouvant expliquer une perte de poussée. » Et ça, cela ne devrait pas du tout rassurer les pilotes . Pure coïncidence de double panne ou interaction entre les 2 moteurs ? Il reste un peu de travail sur la planche à priori.

      1. Les pilotes ne sont pas inquiets, le larzac est fiable…depuis le temps !
        Pas de double panne ou d’interaction entre les 2 moteurs. Il n’y a pas de lien entre les deux GTR à l’exception des blocs manettes. Les enquêteurs (BEAD et gendarmes) sont au boulot, il faut juste les laisser faire leur job. Le reste n’est que supposition.

        1. Oui, les commandes sont indépendantes .Les interactions sont parfois sournoises comme le précise le rapport du Bead page 36 sur un aéronef allemand (pb électrique avec entrée d’air).

    2. Attention, c’était un pluvier doré. A ne pas confondre donc avec un vulgaire pluvier siffleur, un pluvier argenté ou le très célèbre pluvier Kildir.
      🙂

    3. Bien que je ne sois pas très compétent sur le sujet (je suis pilote-planeur seulement), j’y vais de mon hypothèse : du fait que les oiseaux volent souvent en bandes le moteur droit peut en avoir ingéré un ou deux lui aussi.

      1. Quant à Marisol Touraine, bien que son commentaire soit une affligeante banalité du répertoire politicien, il reste impardonnable parce que c’est insinuer que l’enquête faite par les militaires cachera sûrement quelque chose si l’on n’y veille pas.
        Je ne me rappelle pas que le ministre de la Défense, ou le Premier ministre « responsable de la défense nationale », ou le chef des armées, a recadré le ministre des affaires sociales.
        De la même façon qu’il y a des affirmations gênantes, il y a des silences gênants.
        C’est souvent à l’encontre des militaires parce qu’ils sont, par leur statut, absents des assemblées politiques.

  3. Pas de conclusions hatives… Un pluvier a bien apporté sa contribution à l’accident, et l’enquête technique a bien du mérite à l’avoir prouvé.
    Mais le rapport précise que ceci n’explique que l’arrêt d’un des moteurs… quid du second ? Sur un avion dépourvu d’enregistreurs de vos, la réponse sera d’autant plus difficile à apporter !

    Souvenons-nous par ailleurs que, même si tout un chacun aime à pointer un doigt accusateur sur un facteur unique – sauvagement baptisé « LA » cause (ici le pluvier) – un accident est toujours le résultat d’une chaîne d’évènements dont l’établissement – lorsqu’il est possible – dépasse, et de loin, le temps médiatique…

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