Un projet de résolution russe sur la Syrie rejeté par le Conseil de sécurité de l’ONU

Depuis une semaine, l’armée turque bombarde intensivement les positions tenues dans le nord de la Syrie par les Unités de protection du peuple (YPG), le bras armé du Parti de l’union démocratique kurde syrien (PYD), allié du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), contre lequel Ankara mène des opérations depuis 1984.

Pour les autorités turques, il est hors de question de voir un bastion kurde se former à sa frontière. Or, c’est ce qui est en train de se passer, les YPG contrôlant environ 2/3 des territoires bordant la Turquie. Et cela, avec les encouragements de la Russie, qui, dans le même temps, a mis en garde Bachar el-Assad contre son intention de reconquérir toute la Syrie (donc les zones tenues par l’État islamique), au motif que cela nuirait aux efforts de Moscou pour obtenir un cessez-le-feu dans le pays.

D’où le projet d’une résolution russe appelant à « respecter la souveraineté de la Syrie, à cesser les tirs à travers la frontière turco-syrienne et à abandonner toute tentative de mener une intervention terrestre étrangère ». Si ce texte vise la Turquie, cette dernière n’y est pas mentionnée.

L’adoption d’une telle résolution par le Conseil de sécurité des Nations unies compliquerait ainsi les opérations contre l’État islamique (EI ou Daesh), qui contrôle une large partie de la Syrie. Et c’est donc sans surprise qu’il a été rejété d’emblée par la France, les États-Unis et le Royaume-Uni (qui disposent du droit de veto en leur qualité de membre permanent).

« Nous ne pouvons qu’exprimer nos regrets que ce projet de résolution ait été rejeté », a commenté Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, en affirmant que Moscou poursuivrait sa politique visant « à assurer la stabilité et l’intégrité territoriale » de la Syrie. Mais, pour les États-Unis, la Russie a « cherché à faire diversion » avec ce projet de résolution.

Même chose pour l’ambassadeur de France auprès des Nations unies, François Delattre, qui a accusé la Russie de provoquer une « dangereuse escalade incontrôlable qui nous conduirait en territoire inconnu » et évoqué « une guerre de grande ampleur qui pourrait en résulter. »

« Cette dangereuse escalade militaire est le résultat direct de l’offensive brutale dans le nord de la Syrie menée par le régime syrien et ses alliés », a insisté le diplomate français, en référence aux opérations aériennes russes menées en soutien aux forces de Bachar el-Assad contre des groupes rebelles, notamment à Alep.

« La Russie doit comprendre que son soutien unilatéral et inconditionnel à Bachar el-Assad est une impasse extrêmement dangereuse », a ajouté M. Delattre, qui a aussi appelé à une « cessation des hostilités, une reprise des pourparlers de paix et à un accès humanitaire sans restriction » pour venir en aide à la population syrienne.

Plus tôt, sur les ondes de France Inter, le président Hollande avait souligné le « risque de guerre entre la Turquie et la Russie » en raison de l’implication turque en Syrie. Et d’ajouter : « Je ne veux pas écarter la Russie de la solution. Je suis allé moi-même à Moscou pour dire à Vladimir Poutine : ‘Nous devons être tous ensemble pour faire cette transition politique.’ (…) Mais je ne peux pas accepter qu’en même temps qu’on négocie, on bombarde des populations civiles. »

Quoi qu’il en soit, cette situation met les Occidentaux dans une situation inconfortable. Alliés de la Turquie, membre de l’Otan, ils soutiennent dans le même temps les YPG qui, au sein d’une alliance formée avec des groupes armés arabes (le Front démocratique syrie, FDS), obtiennent des résultats notables face à Daesh, comme encore récemment à Chaddadé, où elles ont pris à l’organisation jihadiste un champ pétrolier avec l’appui de la coalition dirigée par les États-Unis.

Les options pour éviter un embrasement sont rares… Le 19 février, le président américain, Barack Obama, a appelé la Turquie et les milices kurdes syriennes à « faire preuve de retenue réciproque ». Pas sûr que cela suffise…

19 commentaires sur “Un projet de résolution russe sur la Syrie rejeté par le Conseil de sécurité de l’ONU”

  1. « la Russie, qui, dans le même temps, a mis en garde Bachar el-Assad contre son intention de reconquérir toute la Syrie (donc les zones tenues par l’État islamique), au motif que cela nuirait aux efforts de Moscou pour obtenir un cessez-le-feu dans le pays. »
    2 infos à vérifier:
    1 L’EI est-il invité à la table des négociations? Parce que si l’EI n’est pas détruit, il s’imposera dans les négociations. D’autant plus que les russes bombardent allègrement l’opposition syrienne.
    Moins de FDS et plus d’EI, stratégie russe?
    2 Moscou aurait décidé de faire des efforts pour obtenir un cessez-le-feu? C’est nouveau, j’ai du rater un épisode!

    1. Probablement l’un des buts court terme de Moscou est éradiquer les factions dites modérées, qui sont d’ailleurs les plus faibles et incompétentes militairement.
      Cela ne laisserait plus que le choix entre Daesh et Al Quaida à des occidentaux bien embarrassés.

  2. Faut-il signaler le nombre de résolutions soumis au veto russe concernant la Syrie?
    Franchement, ils pensaient vraiment que ça passerait?

  3. Façon de pouvoir dire « on a out essayé » ils ont fait pareil avec l’ukraine, c’est un double langage, et quoiqu’il en soit, rien n’est respecté par la russie, donc sa parole ne vaut pas un kopec à notre époque.

    1. Le double langage est essentiel pour notre chevalier blanc du Kremlin, cela permet aux couards qui dirigent l’Europe de mieux camoufler leur lâcheté.

      1. « cela permet aux couards qui dirigent l’Europe de mieux camoufler leur lâcheté. »
        Cela résume notre problème, les russes avec Poutine ont des couilles, mais nous n’avons pour notre part que celles des autres.
        Ils ont Poutine, nous avons Hollande et Conchita Wurtz.

        1. Da, da robertsky, j’aime ce « on » nous avons,,,tu dois pas plus t’appeller robert que je suis Lénine.

    2. Si on faisait le compte des résolutions de l’Onu qui n’ont pas été respectées, depuis plus de soixante ans, pour rire ? Pas besoin d’avoir un droit de veto pour ignorer les résolutions. Certains ont de ces pudeurs…

    3. Critiquer la parole de la Russie n’est plus crédible lorsque l’on est Français. L’épisode du contrat de vente des BPC Mistral ne permet pas de se présenter en donneur de leçons.

  4. Je suis tellement fatigué de toujours lire que les « méchants » bombardent les civils quand le gentille coalition ne bombarde que des terroristes…

    On sait pourtant que les russes font reculer les barbus et qu’en face, NOUS, NOTRE COALITION, bombarde kurdes, l’ armée syrienne régulière mais aussi les civils qui entourent l’EI !

    Alors quoi, on tue aussi les civils mais c’est pas pareil ?

    Et quand on a bombardé sans distinctement toute la Serbie, incluant télévision civile, train civiles, hôpitaux civiles, centrale électriques et centre de distribution des eaux ? ? Et quand on a fait la même chose en IRAK ?

    Sans aller jusqu’à approuver les russes, le devoir d’un journaliste ne serait il pas de remettre les choses dans leur contexte ou tout du moins de balayer devant notre porte avant de publier un tel article ?

    Si au moins cet article était un éditorial mais non, c’est la pure et dure reprise des communiqués officiel ! Tout juste cet article nous « éclaire », ou plutôt surexpose la stupidité de notre propre alliance… Mettre en avant ce point dans l’article est presque diversion.

    On affirme comme vérité ACQUISE que cette résolution compliquerait le combat contre l’EI. C’est vrai que les russes viennent de nous montrer leur volonté de compliquer l’action des USA, en acceptant des zones blanches américaine, ou en laissant Israel bombarder le hezbolla…
    Encore pire, NOUS SAVONS TOUS CE QUE FAIT LA TURQUIE, et nous savons qu’elle est la cible de cette résolution. Mais parler seulement de sa peur d’un état kurde est un mensonge par omission. Quand celle-ci déplace 2000 jihadistes pour bloquer les kurdes, et de manière médiatisée en plus, je ne peut pas concevoir que cet évènement ne soit pas cité dans cette article. Vous ne citez même pas les menaces d’ INVASION !

    Alors quelle monde vous allez les laisser créer en tant que journaliste ?? Vous êtes les seuls véritable garde-fous de nos démocratie « modernes ». Comment vous allez vous regarder dans un miroir quand on sera arrivé à la 3ème guerre mondiale alors qu’elle est plus absurde que jamais ?

    1. Sauf qu’il n’y a aucun journaliste ici … il n’y a que des partisans qui ne veulent écouter que leurs préjugés et surtout ne pas voir la vérité qui contrarierait leur parti-pris.
      Il faut le savoir et ne pas s’inquiéter pour si peu. Rien n’y changera car rien ne se décide ici.

    2. Avec la poignée de Su 30 et Su 35 déployés la Russie n’a pas les moyens de s’opposer aux raids Israéliens en Syrie.
      La politique Israélienne a le mérite d’être claire: Ils détruisent tout armement un peu trop sophistiqué qui tomberait aux mains des barbus en général et du Hezbollah en particulier.

      Enfin, si la guerre n’est jamais propre, l’OTAN bombarde en très grande majorité avec des armes guidées, là où les Russes appliquent le rouleau compresseur: Quand les Tu 22 ou Tu 160 vident les soutes ils ne font pas dans la précision !

      Perso je m’en fous, mais traiter l’OTAN de criminel de guerre et citer les opérations Russes en exemple il ne faut pas pousser non plus !

    3. « Je suis tellement fatigué de toujours lire que les « méchants.. »
      Va donc au lit, que veux tu que l’on te dise!

    4. Milouf, ne vous est il pas venu à l’idée que SI cette résolution etait passée Francais americains britanniques et allemands ne pourraient plus survoler la Syrie ? Et que cela pouvait poser un problème pour mener des actions contre Daesh ?
      En outre, la Serbie est tellement remontée contre nous qu’elle est en cours d’adhésion à l’UE et à l’OTAN , et qu’ils jugent eux memes (ou extradent au tpi) leurs anciens dirigeants….

  5. La politique d’Erdogan est inadmissible. Seuls les kurdes sont en mesure de créer et tenir une zone tampon qui permettrait de limiter le flux migratoire que nous connaissons en Europe et d’empêcher les turcs de trafiquer avec les sunnites syriens (EI et Al Nosra).
    Nous devrions soutenir et aider les kurdes en leur ouvrant la voie à une région syrienne autonome, comme en Irak, et négocier en ce sens avec Moscou.
    Nous devrions également quitter l’OTAN militaire (retour avant 2007), car nous ne pouvons pas cautionner la politique turque( que ce soit sur la question des migrants, sur les bombardements de kurdes en Irak et en Syrie, sur l’occupation militaire d’un état de l’Union, etc…).

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