Le gouvernement belge « surpris » par une remarque américaine sur la faiblesse de son budget militaire

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Au cours de ces dernières années, le ministère belge de la Défense n’a pas été épargné par les coupes budgétaires, quel que soit le gouvernement en place. Après avoir vu leurs effectifs fondre drastiquement et fermé plusieurs casernes et autres bases, les forces armées belges doivent encore trouver 1,5 milliard d’euros d’économies d’ici 2019.

Résultat : l’effort de la Belgique en matière de défense ne représente plus, avec 3,75 milliards d’euros, que 0,9% de son PIB… en y intégrant les dépenses liées aux pensions des militaires, voire 0,8% en 2019. Et c’est ainsi que la composante « Air » a été contrainte de suspendre sa participation à la coalition internationale anti-État islamique (EI ou Daesh) en juillet dernier, faute de crédits.

D’où le commentaire de Mme l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Denise Bauer. Dans une tribune publiée par plusieurs journaux d’outre-Quiévrain, la semaine passée, elle a posé la question qui fâche.

« La Belgique a une solide réputation d’allié fiable au sein de l’Otan. Cependant, après plus de deux décennies de coupes dans les dépenses de défense, la Belgique se retrouve parmi les membres de l’Otan qui dépensent le moins à la Défense en pourcentage du PIB », a ainsi écrit Mme Bauer.

En clair, avec des budgets militaires sans cesse revus à la baisse, peut-on encore considérer la Belgique comme un « allié fiable »? La question des dépenses militaires en Europe n’est pas nouvelle. Avant la diplomate, les différents secrétaires américains à la Défense qui ont eu à s’exprimer sur ce sujet ces dernières années ont tous déploré le faible effort de défense consenti par plusieurs pays de l’Otan du Vieux Continent.

« Il est devenu douloureusement évident que des lacunes – en capacité et en volonté – ont le potentiel de compromettre la capacité de l’Alliance à mener une campagne intégrée, efficace et durable dans les airs et sur mer »,  avait ainsi constaté Robert Gates, en juin 2011.

En outre, Mme Bauer a rappelé à Bruxelles l’engagement pris, avec les autres alliés de l’Otan, de porter ses dépenses militaires à 2% de son PIB. « Nous encourageons la Belgique à traduire cette Promesse d’Investissement en Défense dans son nouveau plan stratégique », a-t-elle écrit.

Seulement, le chef du gouvernement, Charles Michel, a fraîchement accueilli les propos de Mme Bauer. De même que son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders. Les deux hommes ont estimé que l’affirmation de la diplomate américaine était « étrange » et « maladroite ».

« Il y a pour un ambassadeur d’autres méthodes pour s’adresser à des ministres », a commenté M. Reynders qui a fait part de sa surprise. « Je me suis entretenu ici [ndlr, à New York, lors de l’Assemblée générale des Nations unies] avec beaucoup de partenaires américains qui se sont montrés élogieux quant à notre engagement en Afghanistan, en Irak et éventuellement en Syrie », a-t-il ajouté.

Cela étant, la « sortie » de Mme Bauer a conforté les militaires belges, qui n’en peuvent plus.

« Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a lancé le même appel il y a quelques jours. Le rappel de ce message met évidemment la pression sur la Belgique. Si nous désirons demeurer un partenaire de confiance pour les Américains et nos autres alliés, il va effectivement falloir réinvestir dans la Défense », a estimé Edwin Lauwereins, du syndicat libéral VSOA-Défense, pour qui « nous sommes sur les rotules à la Défense ».

Constat partagé par la CGSP-Défense, un autre syndicat militaire de tendance socialiste. « C’est pourquoi les messages de l’ambassadrice et du secrétaire général de l’OTAN constituent de bons signaux », a estimé Luc Maes, un de ses responsables.

« Notre ministre et son parti estiment que les coupes au sein de l’armée doivent cesser et que le budget de la Défense doit à nouveau croître… à partir de 2019. C’est refiler la patate chaude au prochain gouvernement en espérant qu’il règle les problèmes. Nous voulons que cette croissance vers la moyenne Otan (1,6% du PIB) s’effectue plus vite », a-t-il poursuivi.

Effectivement, le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, a présenté une option visant à tripler les dépenses militaires d’ici 2030, ce qui les portera ainsi à 1,6% du PIB, dans le cadre d’un plan stratégique à 15 ans… Mais les détails de ce dernier, qui aurait dû être dévoilé il y a déjà plusieurs semaines, se font attendre…

« Nous travaillons dur afin de donner à notre pays une nouvelle perspective dans le domaine de la défense, également en termes de budget », a toutefois assuré le Premier ministre belge. Restera ensuite à convaincre les autres formations politiques (à commencer par celles de la coalition gouvernementale) de la nécessité de réinvestir dans la défense, une seule, en l’occurence l’Alliance néo-flamande (N-VA) étant favorable à un budget militaire équivalent à 1,6% du PIB.

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