L’Argentine se tourne vers Israël pour moderniser ses forces armées

Les relations diplomatiques entre l’Argentine et Israël sont souvent tumultueuses… Notamment en raison de l’attentat commis en 1992 et en 1994 à Buenos Aires contre la communauté juive 114 tués et des centaines de blessés au total) et pour lesquels des responsables iraniens sont soupçonnés d’en avoir été les commanditaires.

Début 2014, un ancien ambassadeur d’Israël en Argentine, Itzhak Aviran, affirma à la presse que les personnes impliquées dans ces attentats avaient été « éliminées », ce qui déclencha de nouvelles tensions entre les deux pays, Buenos Aires estimant que  les déclarations du diplomate israélien étaient d’une « extrême gravité » dans la mesure où elles démontraient que « des informations furent dissimulées à la justice argentine ».

Un an plus tard, l’assassinat du procureur Alberto Nisman, qui enquêtait sur ses attentats depuis 2004, troubla davantage cette affaire. Dans un rapport établi peu avant sa mort, il avait accusé Christa Kirchner, la présidente de l’Argentine, et son ministe des Affaires étrangères, Hector Timmerman, d’avoir « décidé, négocié et organisé l’impunité des terroristes iraniens en fuite » afin de « rétablir des relations commerciales pleines d’Etat à Etat afin de remédier à la crise énergétique argentine par un échange de pétrole iranien contre des céréales argentines ». En 2013, Buenos Aires et Téhéran avaient en effet signé un mémorandum établissant une « commission de vérité » sur les attentats commis dans les années 1990.

Quoi qu’il en soit, si, sur le plan diplomatique, les relations peuvent être houleuses, elles sont meilleures au niveau militaire. Fin juin, le ministre argentin de la Défense, Agustin Rossi, a ainsi un contrat avec la Division de la coopération internationale du ministère israélien de la Défense, pour la modernisation de 74 « Tanque Argentino Mediano » (TAM) [ndlr, des chars de combat développés dans les années 1970]. Le tout pour un montant de 111 millions de dollars.

L’accord prévoit un transfert de technologie afin de permettre à l’Argentine de développer ses propres capacités industrielles en matière de véhicules blindés. « La chaine de production sera installée dans notre pays, où les composants fabriqués localement seront intégrés », a ainsi expliqué Santiago Rodríguez, le secrétaire du ministère de la Production scientifique et technologique de la Défense.

Mais ce n’est sans doute pas fini. En effet, et cela fait un moment qu’il en question, l’aviation de chasse argentine doit également se moderniser. Et Buenos Aires se démène pour remplacer les Mirage IIIEA/DA et 5P Mara de la Fuerza Aérea Argentina. Seulement, les écueils sont nombreux et la marge de manoeuvre étroite, avec notamment des moyens financiers limités. En outre, le Royaume-Uni s’oppose à la vente d’avions de combat dans lesquels sont intégrés des composants d’origine britannique. Conflit des Falklands/Malouines oblige.

C’est pour cette raison que l’idée de Buenos Aires d’acquérir des JAS-39 Gripen E/F produits sous licence au Brésil a fait long feu cette année.

Pendant un temps, la force aérienne argentine a été intéressée par 20 Mirage F1 retirés du service en Espagne. Puis, finalement, l’affaire ne fut pas conclue. Une autre solution pourrait passer par la Russie. L’an passé, il a été rapporté que Moscou serait enclin à céder à Buenos Aires 12 avions Su-24 Fencer en échange de produits agricoles. Depuis, cette piste n’est plus évoquée. Mais cette information, publiée par un journal britannique, a été le prétexte avancé par Londres pour justifier le renforcement de ses capacités militaires dans les Falkands.

Autre solution envisagée : l’achat d’avions sino-pakistanais FC-1/JF-17. La Fabrica Argentina de Aviones (FAdeA) et le constructeur chinois Chengdu Aircraft Corporation ont signé, en février, un accord prévoyant la mise en place d’un groupe de travail binational afin d’étudier l’éventualité de la livraison de 20 appareils de ce type.

Mais c’est finalement vers Israël que l’Argentine va se tourner puisque des négociations sont en effet en cours pour l’achat de 18 avions Kfir Block 60  auprès d’Israël Aerospace Industries (IAI). Ces appareils sont des copies améliorées du Mirage IIICJ, dont les plans furent obtenus par des moyens… peu orthodoxes.

Retirés du service par l’aviation israélienne, les Kfir ont ensuite été mis sous cocon avant d’être modernisés avec l’intégration de systèmes électroniques et informatiques récents et d’un radar à antenne active (AESA) EL/M-2032. Cependant, la cellule et la tuyauterie (moteur américain General Electric J79-GE-J1E) sont les mêmes. Leur prix de vente est d’environ 20 millions de dollars, ce qui est dans les moyens de Buenos Aires.

D’après Flight Global, une délégation argentine a fait le déplacement en Israël l’an passé pour évoquer ce dossier et préciser les demandes particulières de la Fuerza Aérea Argentina, qui donc serait bientôt la seule, avec l’aviation sri-lankaise, à utiliser le Kfir.

En effet, la force aérienne colombienne, qui a récemment modernisé les siens pour 300 millions de dollars afin de leur donner le potentiel nécessaire pour tenir jusqu’en 2025, songe à les remplacer par des F-16 d’occasion. Plusieurs Kfir ont été victimes d’accidents ces derniers mois et la flotte a subi des restrictions de vol. Au point que des pilotes de l’Escuadrón 111 ont, le mois dernier, posé le casque et fait grève.

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