Les pays membres de l’Otan expriment leur « forte solidarité » à l’égard de la Turquie

Accusée de passivité, si ce n’est de complaisance à l’égard de l’organisation État islamique (EI ou Daech), la Turquie a donc changé son fusil d’épaule après l’attentat de Suruç, commis le 20 juillet contre des militants de la cause kurde, et la mort d’un sous-officier lors d’échanges de tirs à la frontière syrienne.

L’aviation turque a ainsi effectué plusieurs raids contre des positions de l’EI en Syrie. Mais aussi contre des bases du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le mouvement indépendantiste kurde, situées dans la région autonome du Kurdistan irakien…

Tout est parti de l’attentat de Suruç. Les autorités turques, qui ont rapidement identifié l’auteur, ont accusé l’EI d’en être responsable. Plus d’une semaine plus tard, l’organisation jihadiste n’a pas encore fait de revendication alors qu’elle se montre généralement prompte à la faire, comme récemment pour l’attaque de Sousse (Tunisie).

De leur côté, les rebelles du PKK ont accusé Ankara d’être à l’origine de cet attentat, qui a fait 32 tués. Et depuis, ils multiplient les attaques contre les forces de sécurité turques en représailles. D’où les raids des F-16 turcs contre leurs positions dans le nord de l’Irak… et la fin du processus de paix amorcé depuis 2012.

Seulement, considéré par l’Union européenne et les États-Unis comme étant une organisation terroriste, le PKK est très proche du Parti de l’union démocratique (PYD), le mouvement politique kurde syrien dont la branche armée – les YPG (Unités de protection du peuple kurde) – inflige des revers à l’EI en Syrie, avec un appui aérien fourni par la coalition anti-Daech emmenée par les États-Unis.

Ce 28 juillet, encore, les YPG sont venues à bout des jihadistes qui tentaient depuis un mois de s’emparer de la ville de Hassaké. Et cela avec les forces restées loyales à Bachar el-Assad pour alliés de circonstance.

Ces succès militaires des YPG sont vus d’un mauvais oeil à Ankara, où l’on craint la création d’un territoire kurde autonome dans le nord de la Syrie, ce qui pourrait déstabiliser le Kurdistan turc… C’est dans ce contexte que, le 27 juillet, des positions de ces milices kurdes syriennes ont été visées par des tirs de chars turcs. L’état-major de ces dernières a immédiatement prévenu : si la Turquie répète ce genre d’attaque, elle doit alors s’attendre à une riposte.

Toutefois, la Turquie a démenti avoir voulu viser spécifiquement les positions des YPG, prétendant n’avoir fait que répondre à des tirs provenant de la Syrie. « Le PYD avec d’autres ne fait pas partie des objectifs de nos opérations militaires », a affirmé, auprès de l’AFP, un responsable turc ayant voulu garder l’anonymat.

Cela étant, depuis plusieurs mois, Ankara évoque l’idée d’instaurer une zone tampon en territoire syrien. Jusqu’à présent, pour les membres de la coalition, à commencer par les États-Unis, il n’en était pas question. Mais ça, c’était avant l’autorisation donnée par les autorités turques d’utiliser la base aérienne d’Incirlik pour des frappes aériennes contre l’EI, dans le cadre d’un accord trouvé avec Washington.

Le contenu de ce dernier n’a pas été rendu public mais, apparemment, il est en effet désormais question, au Pentagone, d’instaurer cette fameuse zone tampon. « Le but est d’établir une zone débarrassée de l’EI et d’améliorer la sécurité et la stabilité le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie », a ainsi affirmé un responsable américain, le 27 juillet, en marge d’un déplacement du président Obama en Éthiopie.

Dans le même temps, la Turquie a demandé, au titre de l’article 4 du traité de l’Atlantique Nord, la tenue en urgence d’une réunion de l’Otan pour ce 28 juillet. S’il s’agit d’une étape préalable à une possible demande d’aide auprès des États membres, l’objectif du gouvernement turc était d’obtenir un soutien politique à ses actions contre l’EI et le PKK.

Ce qu’il a réussi à avoir puisque dans une déclaration lue par Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, à l’issue de cette réunion, les pays membres de l’Alliance ont exprimé leur « forte solidarité » avec la Turquie.

« Nous condamnons fermement les attaques terroristes contre la Turquie et nous exprimons nos condoléances au gouvernement turc et aux familles des victimes à Suruç et d’autres attaques contre des membres de la police et de l’armée », est-il affirmé dans la déclaration des 28 ambassadeurs des pays membres de l’Otan.

« La sécurité de l’Alliance est indivisible et nous exprimons une forte solidarité avec la Turquie. Nous continuerons à suivre de très près les développements à la frontière sud-est de l’Otan », ajoute le texte.

 

Et le « terrorisme sous toutes ses formes ne peut en aucun cas être toléré ou justifié », a enchéri M. Stoltenberg, qui avait toutefois estimé, ce week-end, que la réponse turque aux attaques du PKK devait « être proportionnée ». Et d’ajouter : « Depuis des années, il y a des progrès dans le travail visant à une solution politique pacifique » entre Ankara et les rebelles kurdes et « il est  important de ne pas renoncer à ce travail ».

Pour rappel, l’Otan apporte une aide à la Turquie, avec le déploiement de 6 systèmes de défense aérienne Patriot, le long de sa frontière avec la Syrie. Avec les froides relations avec la Russie, en raison de la crise ukrainienne, Ankara est un allié qu’il faut ménager puisqu’il contrôle notamment l’accès de la mer Noire.

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