Nouvelles frappes turques contre l’EI et… les rebelles kurdes du PKK

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Après trois frappes aériennes contre les positions de l’État islamique (EI ou Daesh) au nord-est de la province syrienne d’Alep (lesquelles auraient fait 9 tués), effectuées en représailles d’une attaque jihadiste à sa frontière, la Turquie a indiqué qu’elle n’en resterait pas là.

« Les frappes contre l’EI ont atteint leur objectif et nous n’allons pas arrêter », a ainsi affirmé Ahmet Davutoglu, le chef de son gouvernement.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, l’armée turque a de nouveau visé des positions de l’EI en Syrie, apparemment par des tirs d’artillerie… Mais aussi celles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le nord de l’Irak, où ce mouvement, à l’origine d’une rébellion lancée en Turquie dans les années 1980, dispose de plusieurs camps d’entraînement dans la province de Dohuk, qui, frontalière des régions kurdes de Syrie, fait partie de la Région autonome du Kurdistan irakien.

Au total, les F-16 turcs de la base de Diyarbakir ont visé 7 objectifs du PKK, dont des « abris, hangars, cavernes et installations logistiques remplies de munitions », selon un communiqué publié par les services de M. Davutoglu.

Selon un porte-parole du PKK, les appareils turcs ont aussi survolé, sans frapper, les montagnes de Qandil, qui, situées au nord d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, servent de refuge à la direction politique de ce mouvement.

Le PKK avait revendiqué l’assassinat de deux policiers turcs, peu de temps après l’attentat de Suruç, commis le 20 juillet contre un rassemblement de jeunes militants de la cause kurde, volontaires pour aider à reconstruire Kobané (Syrie), en grande partie détruite lors de combats ayant opposé l’EI et les Unités de protection du peuple (YPG), c’est à dire les milices kurdes syriennes (par ailleurs proches du PKK).

Outre ces raids aériens, les autorités turques ont, dans le même temps, lancé de vastes opérations policières contre les milieux jihadistes et kurdes.

En agissant de la sorte, « la Turquie cherche aussi à prévenir les aspirations autonomistes kurdes, et à assurer sa domination sur les groupes armés d’opposition en Syrie », a estimé Ege Seckin, dans une analyse de l’institut IHS. Ainsi, les frappes aériennes turquues laisseraient présager « une entente avec les Américains » pour « l’établissement d’une zone tampon » en Syrie afin de contrer à la fois l’EI et les Kurdes.

Effectivement, après en avoir discuté avec Washington, Ankara a confirmé avoir autorisé la coalition anti-EI à utiliser ses bases aériennes, dont celle d’Incirlik.

Cette base « sera utilisée dans un certain cadre », a indiqué, le 24 juillet, Recep Tayyip Erdogan, le président turc. « Nous avons eu un entretien avec Obama, nous avons confirmé notre engagement à lutter contre Daesh. Nous avons dit que Daesh était un groupe terroriste et que la Turquie s’en protégerait », a-t-il expliqué à la presse.

À l’automne dernier, les États-Unis avaient demandé l’autorisation de se servir de la base d’Incirlik pour mener des opérations dans le nord de l’Irak et en Syrie. Et cela alors que la Turquie, bien que membre de la coalition, se refusait à prendre part à toute action militaire… Au point de rester l’arme au pied quand le sort de Kobané était incertain. Et pour cause : il est hors de question pour Ankara de voir se former une entité kurde autonome dans le nord de la Syrie.

En fait, il semblerait que le gouvernement turc ait mis dans la balance l’utilisation de la base d’Incirlik et la création d’une zone tampon le long de sa frontière afin – officiellement – d’accueillir les réfugiés, ce qui suppose d’instaurer une zone d’exclusion aérienne. Chose que Washington avait refusé en octobre dernier.

Mais, d’après le quotidien Hürriyet, qui a cité des sources officielles, l’accord au sujet de l’utilisation de la base d’Incirlik prévoirait la mise en place de cette zone tampon.

« Les avions chasseurs de la coalition pourraient interdire toute présence aérienne dans un secteur de 90 km de long et de 40 à 50 km à l’intérieur du territoire syrien, entre les villes de Mare et Cerablus. Cette zone tampon empêcherait certains mouvements jihadistes radicaux de prendre le contrôle de cette zone et donc, selon la volonté de la Turquie, d’éviter tout nouveau mouvement de masse de réfugiés syriens vers son territoire », a expliqué le journal.

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