La vente de l’Îlot Saint-Germain rapportera-t-elle autant que prévu au ministère de la Défense?

En septembre, les services du ministère de la Défense auront pris leur quartier à l’Hexagone, son nouveau siège construit dans la cadre d’un partenariat public-privé sur le site de Balard, dans le XVe arrondissement de Paris. Ce projet devait permettre aux armées de récupérer de l’argent via la vente des emprises qu’elles occupaient dans la capitale, dont, bien évidemment, l’Îlot Saint-Germain.

La vente de cet ensemble, situé dans un quartier huppé, à deux pas de l’Assemblée nationale, pourrait rapporter, selon France Domaine, au moins 350 millions d’euros. En réalité, l’on pourrait s’attendre à davantage étant donné qu’il s’agit d’une estimation basse.

Seulement, la loi SRU (ou Duflot) est passée par là… Et Mme le maire de Paris, Anne Hidalgo, souhaiterait installer, dans ces bâtiments, au moins 50% de logements sociaux. Conséquence : la valeur de cet ensemble immobilier s’en trouverait considérablement réduite et le ministère de la Défense pourra dire adieu à ses 350 millions d’euros!

« La pression est très forte sur Matignon et sur la Défense pour que ces terrains, en plein cœur de Paris, soient vendus très en deçà de la valeur qu’ils représenteraient si l’on appliquait la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, à savoir 25 % de logements sociaux », expliquait dans les colonnes du Point, en juin, le député Jean-François Lamour (Les Républicains), par ailleur auteur d’un amendement visant à sécuriser les recettes immobilières des armées dans le cadre de l’actualisation de la Loi de programmation militaire.

Le problème de l’îlot Saint-Germain est connu depuis quelques mois déjà. « Compte tenu de la taille du site, il est vraisemblable qu’il comportera des bureaux et des logements, et donc des logements sociaux. Il est impossible, à ce stade, d’estimer la moins-value qui en résultera, car il n’existe pas, à ce jour, de repreneur. Ce site ne peut intéresser qu’un investisseur très solide, car tout est à refaire pour être aux normes en matière de bureaux. Compte tenu des travaux très lourds à prévoir, il sera probablement cédé à un groupement d’investisseurs », avait expliqué Jean-Paul Bodin, secrétaire général pour l’administration, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, en octobre 2013.

Mais, dans l’absolu, l’îlot Saint-Germain pourrait même ne rien rapporter à la Défense. C’est, du moins, ce qu’a affirmé le sénateur Albéric de Montgolfier, lors de l’examen, en commission des Finances, du projet de loi d’actualisation de la LPM.

« Lorsque j’étais au Conseil de l’immobilier de l’État, j’avais interrogé France Domaine : avec une application totale de la loi « Duflot », avec une décote qui peut atteindre jusqu’à 100% dans la pratique, l’îlot Saint-Germain pourrait être cédé pour un euro », a en effet affirmé le sénateur. Obtenir un bien de 350 millions pour même pas le prix d’un journal, c’est ce qu’on appelle le « casse du siècle ».

Cela étant, et c’est tout l’enjeu de l’actualisation de la LPM, et à l’instar des députés, les sénateurs ont déposé un amendement pour éviter une telle situation, c’est à dire en visant « à exonérer les cessions immobilières réalisées par le ministère de la Défense du dispositif de décote mis en place par la loi du 18 janvier 2013 relative à la mobilisation du foncier public en faveur du logement, dite ‘loi Duflot' ».

Photo : « L’Hexagone »

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