Washington cherche une réponse à la violation par la Russie du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire

En février 2014, l’on apprenait que l’administration américaine s’inquiétait de l’essai d’un nouveau missile de croisière russe mené en 2008 et susceptible de porter atteinte au Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987 par les présidents Reagan et Gorbatchev.

Ce texte oblige les États-Unis et l’URSS (maintenant la Russie) à détruire « tous leurs missiles balistiques et de croisière lancés à partir du sol ayant une portée comprise entre 500 et 1.000 kilomètres et ceux dont la portée est comprise entre 1.000 et 5.500 kilomètres ». Et cela 3 ans au plus tard après son entrée en vigueur.

« Il a fallu des années au renseignement américain pour recueillir des informations sur le nouveau système de missile russe, mais à la fin de 2011, des responsables ont estimé qu’il était clair qu’il y avait un problème de conformité », avait indiqué, à l’époque, le New York Times, dont les informations furent officiellement confirmées par la suite. Le département d’État américain expliqua alors que Washington et Moscou étaient en discussion au sujet de ce missile « depuis plusieurs mois » et que, côté américain, un « réexamen pour déterminer s’il y avait eu violation » du traité FNI était en cours.

En outre, quelques années plus tôt, les autorités russes avaient déjà voulu remettre en cause ce traité en expliquant qu’elle avait besoin de mettre au point des missiles d’une portée comprise entre 500 et 1.000 km étant donné qu’elle était menacée « dans sa périphérie ». Seulement, l’administration Bush n’avait pas donné suite à cette demande, estimant que le FNU constituait la pierre angulaire du contrôle des armements et que son abrogation éventuelle risquait d’être mal perçue par certains pays de l’Otan, à commencer par ceux ayant appartenu à l’ancienne sphère d’influence de la Russie soviétique.

Quoi qu’il en soit, l’affaire de cette violation du traité FNI est prise très au sérieux à Washington, où l’on cherche à y apporter une réponse. A moins trois options seraient sur la table et elles devraient être évoquées dans quelques jours lors d’une réunion à Stuttgart par le secrétaire à la Défense, Ashton Carter. Récemment, ce dernier avait prévenu que que les États-Unis prendraient des mesures pour répondre aux intentions russes en la matière. Intentions toutefois démenties par Moscou, pour qui les accusations américaines sont « infondées », estimant qu’elles ne reposent sur « aucune preuve ».

L’une des options américaines consisterait à déployer, en Europe, des missiles de croisières. Toutefois, a prévenu un responsable, cette mesure est « à l’extrémité la plus lointaine du spectre ».

« Toutes les options étudiées sont destinées à s’assurer que la Russie ne gagne pas un avantage militaire significatif du fait de sa violation » du traité, a commenté le lieutenant-colonel Joe Sowers, un porte-parole du Pentagone.

« Certaines options considérées par les Etats-Unis restent en conformité avec le traité FNI, mais d’autres non », ont également indiqué des responsables militaires américains. Il serait ainsi question d’un renforcement de la défense antimissile en Europe.

En avril, Robert Scher, un collaborateur d’Ashton Carter, avait affirmé, lors d’une audition devant le comité des Forces armées de la Chambre des représentant [.pdf], que le Pentagone « continuait à développer une potentielle réponse militaire à la violation russe du traité FNI », sans donner plus de détails. « Ce que je peux dire, c’est que notre patience à l’égard de cette violation n’est pas illimitée », avait-il fait valoir.

Cela étant, si la Russie avait effectivement l’intention de quitter le traité FNI, ces récentes déclarations vont lui en donner le motif.

« Si les Etats-Unis décident d’augmenter leurs dispositifs militaires en Europe de l’Est et que ces dispositifs sont dirigés contre la Russie, cette dernière aura suffisamment de forces et de moyens pour donner une réponse adéquate : de la sortie effective du Traité FNI au renforcement des batteries de systèmes de missile Iskander le long de nos frontières occidentales », a en effet déclaré, auprès de l’agence Sputnik, Viktor Ozerov, le président de la commission de la Défense et la Sécurité du sénat russe.

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