Il y a 100 ans, Edgar Brandt inventait l’obusier pneumatique

brandt-20150412Dans une lettre du RETEX publiée en 2013, le colonel Michel Goya avait souligné la capacité de l’armée française à exploiter les innovations imaginées par ses soldats. Tel a ainsi eté le cas pour l’obusier pneumatique portable de 60 mm.

En 1915, et après la « Course à la mer », les positions des belligérants se figent. Commence alors la guerre des tranchées, laquelle demande de nouvelles armes. Si les troupes allemandes disposent d’une artillerie à tir courbe (Minenwerfer de 17 et 25 cm de calibre), laquelle permet d’atteindre l’intérieur des tranchées adverses, l’armée française ne peut qu’opposer de vieux mortiers en bronze et des armes rudimentaires. Mais, sous l’impulsion du commandant Duchêne, les choses vont évoluer, avec notamment le mortier de 58 mm T. n°1, surnommé le « crapouillot ». À noter qu’au Royaume-Uni, dans le même temps, Sir Wilfred Stokes met au point le « trench mortar » (mortier de tranchée) qui préfigure les mortiers actuels.

Réserviste d’un régiment d’infanterie et exerçant, dans le civil, le métier de ferronnier d’art après être passé par l’école professionnelle de Vierzon, Edgar Brandt va profiter de ses permissions pour mettre au point une arme redoutable : l’obusier pneumatique portable de 60 mm à tir courbe et à culasse pivotante, reposant sur un affût tripode de mitrailleuse. Il réalise alors un prototype pour le présenter aux autorités militaires. Ces dernières sont immédiatement séduites par cette nouvelle arme, à la fois simple, robuste et légère, et donc révolutionnaire pour l’époque.

La principale innovation de cet obusier est son mode de propulsion pneumatique, lequel permet de tirer un projectile de petite taille jusqu’à une distance de 400m sans détonation ni lueur. En clair, cette arme, qui se compose d’un tube de 1m30 de long intégré à un réservoir, est discrète et ne demande ni douille, ni charge propulsive.

Son fonctionnement est relativement simple : on remplit le réservoir de gaz carbonique liquéfié, conservé dans des bouteilles, jusqu’à atteindre une certaine pression correspondant à la hausse voulue. Quand le tir est déclenché, ce dernier se répand brutalement dans le tube et propulse l’obus vers la cible.

Du coup, Edgar Brandt est affecté à son propre atelier pour honorer une commande de 500 exemplaires de cet obusier pneumatique. Un an plus tard, l’armée en veut 3 000 mortiers de plus, ainsi que 3 millions d’obus.

« Sa valeur opérationnelle était grande puisqu’il ne produisait aucun bruit, aucune fumée détectrice au départ des coups. C’étaient des coups de surprise et c’était donc une arme de harcèlement souvent employée quand les positions étaient rapprochées, par exemple dans les Vosges », explique, au sujet de cette arme, le général (2S) Guy François, spécialiste de l’artillerie de l’époque, dans les colonnes de Terre Information Magazine de mars 2015.

Après la guerre, Edgar Brandt a continué à mettre au point des armes. Ainsi, dans les années, il conçoit le fameux mortier de 81mm type 1927-1931 en s’inspirant de celui développé par le britannique Stokes.

Là encore, sa simplicité d’emploi, sa précision et sa rapidité en font une arme très prisée par les armées du monde entier : les troupes américaines l’utilisèrent, sous l’appellation Mortar M1 et M2, en 1944. Pour la petite histoire, l’ancien ferronier est à l’origine aussi de la marque d’électro-ménager « Brandt ».

Encore aujourd’hui, l’armée française encourage ses personnels à imaginer des produits innovants destinés à répondre à des problèmes opérationnels, via la Mission innovation participative, laquelle a soutenu, en 25 ans d’existence, pas moins de 620 projets, porteurs d’avancés majeures.

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