L’armée ukrainienne évacue Debaltseve; Les séparatistes accusés d’avoir violé le cessez-le-feu

« Ce matin, les forces armées avec la garde nationale ont achevé l’opération d’évacuation planifiée et organisée de nos unités militaires de Debaltseve ». C’est par ces mots que le président ukrainien, Petro Porochenko, a annoncé, ce 17 février, ce qui apparaît comme un revers de plus pour l’armée ukrainienne, après avoir livré des combats acharnés pour garder le contrôle de ce stratégique noeud ferroviaire et routier du sud-est du pays face aux séparatistes pro-russes.

Malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu prévu par la deuxième mouture des accords de Minsk, qu’ils avaient pourtant signés quelques jours plus tôt, ces derniers ont donc continué leur offensive. Mais telle n’est pas l’interprétation du président russe, Vladimir Poutine. Si l’on pensait qu’une trève allait geler les positions des belligérants, on avait tout faux.

Ainsi, pour le chef du Kremlin, les événements de Debaltseve étaient « prévisibles » étant donné que « les accords de Minsk ont été conclus au moment où les séparatistes avaient encerclé cette ville, y bloquant des soldats ukrainiens qui devraient tôt ou tard vouloir briser cet encerclement ». Pourquoi, dans ces conditions, les rebelles ont empêché les observateurs de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) de se rendre sur les lieux?

Cela étant, l’Union européenne, par la voix de la chef de sa diplomatie, Federica Mogherini, a appelé la Russie et les séparatistes à « mettre en oeuvre immédiatement et pleinement les engagements pris à Minsk ». Pour cette dernière, la prise de Debaltseve par les rebelles pro-russes est une « claire violation du cessez-le-feu ».

L’Allemagne est exactement sur la même ligne : Berlin « condamne fermement l’opération militaire des séparatistes à Debaltseve (…). C’est une violation massive du cessez-le-feu prévu depuis dimanche (…) C’est aussi très néfaste pour les espoirs de paix dans l’Est de l’Ukraine », a commenté Steffen Seibert, le porte-parole du gouvernement allemand. « C’est une violation du paquet de mesures, tout juste signé jeudi, pour la mise en oeuvre des accords de Minsk », a-t-il ajouté.

En France, on ne veut pas pour autant enterrer ces fameux accords. « On va continuer, on sait qu’on a des problèmes, on sait que tout n’est pas réglé mais entre la situation qu’il y avait juste avant cet accord à Minsk et celle qu’on connaît, même si ce n’est pas encore totalement réglé, il y a eu un progrès qui a été fait », a expliqué Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement.

Aux États-Unis, le vice-président Joe Biden a fermement condamné « le fait que la Russie et les séparatistes empêchent l’accès de Debaltseve aux observateurs de l’OSCE, permettant ainsi aux séparatistes de poursuivre leur offensive sans aucune inhibition ».

Quoi qu’il en soit, les séparatistes ont obtenu ce qu’ils voulaient. Avec le retrait des forces ukrainiennes, ils contrôlent maintenant une zone relativement homogène dans la mesure où Debaltseve fait la jonction entre les régions séparatistes de Lougansk et de Donetsk.

La Russie a toujours nié les accusations selon lesquelles elle fournirait un appui militaire aux séparatistes ukrainiens. Soit. Mais alors, comment ces derniers ont-ils pu prendre l’avantage sur leurs adversaires? Avoir pillé les arsenaux de l’armée ukrainienne dans la région ne suffit pas. En outre, il faut disposer de certaines compétences, faire preuve d’un sens tactique. Et cela ne s’improvise pas…

Or, les séparatistes ont réussi à empêcher l’aviation ukrainienne à opérer au-dessus de la zone des combats, que ce soit pour des missions d’appui ou de renseignement. Plusieurs appareils ont ainsi été abattus et les récents rapports n’évoquent pas une activité aérienne soutenue et les accords de Minsk 2 parlent seulement du retrait des armes lourdes.

Il a aussi été fait état du brouillage des communications des forces gouvernementales, ce qui a gêné leurs manoeuvres sur le terrain tandis que celles des rebelles sont chiffrées. En outre, comment ont fait ces derniers pour avoir l’initiative sans disposer de profondeur stratégique, mis à part le territoire russe ou encore pour disposer du MLRS Tornado-S, qui, bien que jamais exporté par la Russie, est cité par les accords de Minsk 2 dans la liste des armes lourdes à retirer d’une zone tampon?

Enfin, selon une enquête du très sérieux site d’investigations Bellingcat, qui s’appuie sur des informations précises en source ouverte, il semblerait que les séparatistes aient été appuyés par des tirs d’artillerie provenant de Russie au cours de l’été dernier.

Aussi, pour l’Otan, Moscou doit cesser son soutien aux séparatistes. « Je somme la Russie de retirer toutes ses forces de l’est de l’Ukraine, de stopper tout son soutien aux séparatistes, et de respecter l’accord de Minsk sur le cessez-le feu », a ainsi affirmé Jens Stoltenberg, son secrétaire général.

« Les troupes russes, l’artillerie ainsi que les unités de défense anti-aérienne, de même que les éléments de commandement et de contrôle, sont toujours actifs en Ukraine, a-t-il poursuivi, avant d’ajouter qu’il y avait « toujours une concentration de chars et de véhicules blindés russes près de la frontière avec l’Ukraine ».

« Nous allons apporter notre soutien pratique à l’Ukraine, à la modernisation et à la réforme de ses forces de défense. Et, bien sûr, nous adaptons également nos propres moyens de défense au fait que l’environnement sécuritaire en Europe est en train de changer, à cause des actions de la Russie en Ukraine », a conclu M. Stoltenberg.

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