Il y a dix ans, un bombardement tuait neuf militaires français à Bouaké… Et l’on en ignore toujours les raisons

Cela faisait exactement 10 ans, le 6 novembre, que 9 militaires français engagés dans l’opération Licorne, en Côte d’Ivoire, perdirent la vie lors d’un bombardement effectué par deux avions Su-25 à Bouaké. Ce triste anniversaire n’a pas fait l’objet d’un traitement particulier, que ce soit par les médias (fallait s’y attendre) ou même par le ministère de la Défense.

Lors de bombardement, le RICM déplora la perte les adjudants-chefs Thierry Barathieu (43 ans) et Philippe Capdeville (46 ans), le sergent-chef Francis Delon (40 ans), le sergent Laurent Derambure (32 ans) et du soldat de 1ère classe David Decuypère (20 ans). Également affecté par cette tragédie, le 2e Régiment d’Infanterie de Marine perdit le caporal-chef Patelise Falevalu (34 ans) ainsi que les caporaux Emmanuel Tilloy (24 ans) et Benoît Marzais (21 ans). Enfin, le 515e Régiment du Train fut endeuillé par la disparition du brigadier-chef Franck Duval. En outre, une trentaine de militaires furent blessés.

Suite à ce bombardement, les forces françaises détruisirent l’aviation ivoirienne, fidèle au président Gbagbo, alors aux prises avec une rébellion venue du nord du pays. Et des heurts anti-français, très probablement souhaités par le clan Ggabgo, éclatèrent. Des pilotes et des techniciens biélorusses, impliqués dans ce drame, furent aussi arrêtés par la suite au Togo. Les interroger aurait permis d’en savoir plus sur les ordres qu’ils reçurent ce 6 novembre 2004.

Mais, selon les explications fournies depuis par les anciens responsables alors aux manettes à l’époque, il n’y avait pas de bases juridiques pour les interroger. Un point contestable… et contesté. Ce que David Sénat, ancien conseiller « justice » de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense au moment des faits, ne s’est pas privé de faire auprès de France Inter.

« C’était le Service de coopération technique et internationale de Police, le STIP, qui a été informé de l’arrestation de ces pilotes. Et donc l’information a été communiquée au ministère de l’Intérieur et absolument pas, à ma connaissance, au ministère de la Défense. En tout cas, pas à moi. Pour autant que je sache, le 16 novembre 2004, on est encore dans des conditions de flagrance qui auraient permis, si encore une fois l’autorité judiciaire avait été informée », d’être saisie. « C’était techniquement et parfaitement envisageable », a expliqué le magistrat. « Au moment des faits, c’est une affaire qui a un retentissement essentiellement politique. C’est aussi la raison pour laquelle je n’ai pas été consulté », a encore fait valoir M. Sénat.

Aussi, dix ans plus tard, une enquête, qui a vu défiler 4 juges d’instructions, est toujours en cours. Le président Gbagbo a-t-il décidé de s’en prendre aux militaires français parce qu’ils gênaient une offensive (opération « Dignité ») contre les rebelles? Ou bien est-ce son entourage, qui exerçait une forte influence sur lui? Il y a-t-il eu une méprise des pilotes biélorusses, ou une erreur dans la précision de leur tir?

Quoi qu’il en soit, il est certain que les victimes furent les militaires français et un ressortissant américain, que les SU-25 appartenaient aux forces ivoiriennes, que leurs pilotes/mercenaires étaient payés par le régime de Laurent Gbagbo et que les deux navigateurs ivoiriens ayant participé au raid, le colonel Patrice Oueï et le capitaine Ange Gnanduillet, tous les deux promus par la suite (ce qui est une drôle de sanction pour une bavure présumée).

Saura-t-on un jour, avec certitude, le fin mot de cette histoire? C’est à souhaiter. Ne serait-ce que pour la mémoire de ces 9 militaires français et ce citoyen américain, bien oubliés aujourd’hui, ainsi que pour leurs familles.

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