Que pèsent les exportations d’armement dans l’économie française?

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Comme attendu, l’année 2013 aura été un bon cru pour les exportations françaises d’armement. Selon les chiffres officiels rendu publics ce 9 septembre, ces dernières ont progressé de 43% pour s’établir à 6,87 milliards d’euros.

« Ces résultats, qui sont exceptionnels au regard de ces derniers années, mais surtout prometteurs, permettent à la France de figurer parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux de matériels de défense, aux côtés des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Russie et d’Israël », a commenté Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, à l’occasion des Universités d’été de la Défense, qui se tiennent cette année sur la base aérienne 106 de Bordeaux-Mérignac.

Ces bons chiffres sont à situer dans un contexte marqué par une baisse des exportations mondiales d’armement en 2013, en raison des contraintes budgétaires tant aux États-Unis qu’en Europe. « La ‘maturité’ de certains segments de marché (comme celui de l’aéronautique) et la redéfinition des priorités en matière d’investissement de la part de certains grands importateurs émergents caractérisuent également le marché des équipements de defense », est-il expliqué dans le rapport remis au Parlement concernant les ventes d’armes à l’étranger.

Qui plus est, il faut composer avec une concurrence de plus en plus féroce. D’une part, les industriels de l’armement des pays émergents tirent les prix vers le bas. D’autres parts, confrontés à une demande intérieure en baisse, les groupes américains et européens sont également plus agressifs (on le voit avec le petit jeu que joue l’Allemagne en Inde en insistant pour imposant l’Eurofighter alors que l’appel d’offres a été remporté il y a plus de deux ans par le Rafale).

Pour augmenter les parts de marché, il n’y a pas de mystères : il faut proposer des équipements de qualité susceptible de satisfaire les besoins des clients potentiels. Pour cela, il est nécessaire d’innover et d’améliorer la compétitivité. D’où la nécessité de maintenir les savoir-faire technologiques et les compétences (au passage, l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur y jouent un rôle important)… Cela est nécessaire mais pas suffisant.

« Le choix de privilégier le dialogue politique et stratégique afin d’inscrire les accords commerciaux dans une relation plus globale marquée par une confiance réciproque a ainsi permis à la France de renouer avec certains de ses clients historiques, en particulier dans le Golfe persique, et de renforcer sa position sur des marchés émergents en Asie », explique le rapport du ministère de la Défense (ce qui relativise les éventuelles conséquences de la décision de suspendre la livraison des BPC Mistral à la Russie sur les contrats à venir….)

Pour M. Le Drian, un autre élément est à prendre en compte. « Les opérations nombreuses et difficiles, dans lesquelles sont engagées nos armées font pleinement partie de cette dynamique. Je pense en effet que la démonstration de notre force, c’est à dire de la puissance et de l’efficacité de notre matériel, partout dans le monde, contribue d’une manière décisive à la crédibilité de nos équipements et par-là, à la réussite de nos exportations », a-t-il fait valoir.

La très bonne tenue de ces ventes d’équipements militaires est aussi une excellente nouvelle pour l’économie française, qui en a bien besoin ces temps-ci. Et l’on peut se dire qu’il est heureux que la France puisse s’appuyer sur une solide industrie de l’armement pour améliorer ses bilans (une donnée que Bercy doit prendre en compte quand il s’agit de préparer les projets de loi de finances ou de proposer des coupes budgétaires).

Ainsi, selon une étude du ministère de la Défense et du Conseil des industries de défense (Cidef), réalisée par le cabinet McKinsey & Co, les exportations de défense générent 40.000 emplois, soit 25% de l’ensemble du secteur (165.000), qui plus est non « délocalisables » et hautement qualifiés pour la plupart.

« Les emplois directs concernés sont estimés à environ 14.000 et les emplois indirects chez les fournisseurs de rang 1 représentent environ 13.500 emplois supplémentaires, soit environ 18% de l’ensemble des emplois de l’industrie de défense. En complément, les emplois induits sont estimés à hauteur de 11.000-13.000 emplois.

L’estimation des emplois indirects chez les fournisseurs de rang supérieur à 1 pourrait conduire à prendre en compte plus de 10 000 emplois supplémentaires. En outre, en 2013, 669 entreprises françaises ont exporté des matériels militaires, dont plus de la moitié sont des PME », est-il avancé dans ce document.

Et l’étude de poursuivre : « Sans les exportations d’armement, le déficit de la balance commerciale aurait été de 5 à 8 points plus élevé chaque année sur la période 2008-2013. Le matériel militaire présente le 2e meilleur taux de couverture parmi les 19 princinpaux types de biens recensés par les douanes ».

En outre, la bonne santé des acteurs de l’industrie de l’armement (17 milliards d’euros de chiffres d’affaires en 2013) permet d’innover, soit en développant des sytèmes d’armes plus performants, soit en commercialisant des applications civiles, qui profiteront, à leur tour, à l’économie traditionnelle.

Par exemple, la maîtrise du matériau carbone pour la propulsion de missiles balistiques a permis de concevoir des freins carbone pour l’aviation civile. Même chose pour les composants électroniques hyper fréquence utilisé dans les radars et les systèmes de guerre électronique : ils font désormais de multiples applications dans les domaines des transport, de l’automobile ou encore de la fibre optique.

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