L’Otan répondra militairement à toute tentative d’infiltration armée chez l’un de ses membres

En mars dernier, l’on a vu débarquer en Crimée des hommes armés, vêtus de treillis sans aucun signe distinctif susceptible de trahir leur origine. Dans un premier temps, Moscou a nié avoir envoyé des soldats dans la désormais ancienne république autonome ukrainienne.

Puis, quelques semaines plus tard, le président Vladimir Poutine a admis que des forces russes avaient pris part dans les opérations ayant abouti à l’annexion de ce territoire par la Russie, au mépris de l’engagement qu’elle avait pris en 1994 en signant le mémorandum de Budapest, lequel garantissait l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Pour Moscou, il importe de protéger les minorités russes dispersées dans plusieurs anciens pays membres de l’Union soviétique. Depuis l’éclatement de cette dernière, certains d’entre eux ont demandé à intégrer l’Otan. Et cela, pour une raison simple : ils craignent les visées de leur grand voisin, dont ils n’ont pas forcément un bon souvenir.

Cela est particulièrement vrai pour les pays baltes, qui, quand ils exprimèrent leur volonté d’indépendance quand l’URSS battait sérieusement de l’aile, en janvier 1991 furent envahis par les troupes soviétiques. Cet épisode passa relativement inaperçu à l’époque car les opérations visant à libérer le Koweït, passé sous le joug irakien, avaient commencées.

Quoi qu’il en soit, doit-on redouter que les pays baltes puissent être à leur tour déstabilisés par la Russie? En 2007, l’Estonie l’a été, avec une campagne de cyberattaques, laquelle a motivé le renforcement des capacités de l’Otan dans ce domaine. Mais peut dire ce que sera l’avenir?

Aussi, le général Philip Breedlove, le commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), a pris les devants, lors d’un entretien accordé au quotidien allemand Die Welt en prévenant que l’Otan répondrait militairement si l’un de ses membres devait faire face à une infiltration armée du type de celle qui a été constatée en Crimée.

« Si l’Otan observe l’infiltration de forces étrangères sur le territoire de l’un de ses membres souverains et si nous sommes en mesure de prouver que cette activité est menée par un pays agresseur particulier, alors l’article 5 s’appliquerait », a affirmé le général Breedlove. « C’est alors que le principe de l’Alliance entrera en vigueur. Ce qui signifie qu’il y aura une réponse militaire aux actions de l’agresseur », a-t-il ajouté.

Pour rappel, l’article 5 du traité de l’Atlantique nord, qui constitue la raison d’être de l’Otan, stipule que les membres doivent porter secours militairement à l’un d’entre eux s’il est attaqué.

Le général Breedlove a en outre insisté sur la nécessité pour l’Otan de se préparer dès maintenant contre ce type d’agression. « Notre gros problème est en fait un nouveau type de guerre », a-t-il dit. « Des militaires armés, sans insignes, qui créent des troubles, occupent des bâtiments gouvernementaux, (…), forment et donnent des conseils militaires à des séparatistes contribuent à la déstabilisation significative d’un pays (…). Et il y a un danger pour que cela arrive aussi dans d’autre pays d’Europe orientale », a-t-il expliqué.

« Notre nouvelle inquiétude est ce type de guerre hybride (…) qui fait appel à la diplomatie, l’information, l’économie et la force militaire », a-t-il aussi affirmé.

S’agissant de l’Ukraine, le général Breedlove a passé en revue les modes d’action russes, avec, sur le plan diplomatique, la tentative de jeter le discrédit sur les autorités ukrainiennes, une campagne d’information/désinformation qui vise « à masquer l’approche » de Moscou, des mouvements de troupes à la frontière, avec des tirs d’artillerie et, enfin, la guerre économique avec l’approvisionnement en énergie. « Ce modèle hybride réunit tous les instruments de la puissance nationale et il s’applique contre une autre nation. C’est très inquiétant », a-t-il estimé.

Cela étant, depuis les événéments en Ukraine, l’Otan a pris plusieurs mesures dites de « réassurance » à l’égard des pays baltes et de la Pologne (la France a ainsi envoyé 6 avions de combat à Malbork). D’autres actions, s’inscrivant dans le long terme, devraient être annoncées à l’issue du sommet de l’Alliance atlantique qui se tiendra au Pays de Galles, en septembre.

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