Situation très confuse dans l’est de l’Ukraine

La situation dans l’est de l’Ukraine, où les forces gouvernementales sont aux prises avec des séparatistes pro-russes soutenus par Moscou, est très confuse. Et pour ne rien arranger, il faut faire avec les affirmations contradictoires des uns et des autres.

1- Où en est le convoi humanitaire russe?

La Russie ne cesse ne mettre en avant la situation humanitaire dans les zones tenues par les séparatistes, que l’armée ukrainienne cheche à isoler. Le 12 août, le Kremlin a annoncé le départ, depuis la région de Moscou, d’un convoi de 280 camions chargés de 2.000 tonnes de vivres et d’eau pour l’est de l’Ukraine. Seulement, contrairement à ce qu’ont affirmé les autorités russes, aucun accord n’a été pour le moment trouvé avec Kiev pour distribuer cette aide.

Le gouvernement ukrainien craint en effet qu’il s’agit autre chose que d’une simple opération humanitaire… D’où sa demande d’inspecter le convoi avant de le laisser passer. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a quant à lui assuré à son homologue américain, Chuck Hagel, « qu’aucun soldat russe ne se trouvait dans » ces camions chargés d’acheminer l’aide russe et qu’ils ne serait pas utilisés « comme prétexte pour intervenir davantage en Ukraine ».

Le 15 août au soir, le convoi était, a priori, toujours bloqué à une trentaine de kilomètres de la frontière, dans l’attente d’une inspection des autorités ukrainiennes et de la Croix Rouge. L’ONG a d’ailleurs indiqué que la Russie et l’Ukraine « sont toujours en train de plancher sur des détails pratiques comme les procédures d’inspection et de dédouanage du convoi russe, ainsi que la vérification de la nature strictement humanitaire de la cargaison ».

2- Un autre convoi humanitaire, ukrainien cette fois, en route vers la région de Louhansk

Derrière cette affaire d’aide humanitaire, il y a une part de communication (ou de propagande). Aussi; Kiev ne veut pas être en reste par rapport à Moscou. D’où l’envoi de 800 tonnes de vivres dans la région de Louhansk. Le convoi de 50 camions est actuellement en cours d’inspection par le Comité international de la Croix Rouge (CICR), à Starobilsk, ville située à environ 100 km des zones de combat.

3- L’affaire des blindés russes

Le fameux convoi humanitaire envoyé par Moscou a été doublé, le 14 août, par une colonne de 23 véhicules blindés de transport de troupes. Cette dernière aurait traversé la frontière, si l’on en croit des journalistes des quotidiens britanniques The Daily Telegraph et The Guardian.

Le lendemain, des correspondants de l’AFP ont affirmé avoir vu une dizaine de véhicules blindés du même type se dirigeant vers le poste frontière de Donetsk (qui, situé en Russie, porte le même nom que la ville ukrainienne, d’où le risque de confusion). Était-ce la même colonne?

De son côté, le district militaire du Sud a informé, le même jour, de la tenue d’exercices militaires censés durer une vingtaine de jours, avec plus de 3.000 hommes et 750 véhicules.

Quoi qu’il en soit, la question est de savoir si oui ou non des blindés russes ont traversé la frontière. Ce serait le cas d’après le président ukrainien, Petro Porochenko, qui a affirmé, le 15 août, qu’une colonne russe avait été en partie « détruite » par les forces ukrainiennes.

Suite à cela, les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont mis en garde Moscou en affirmant que toute action militaire unilatérale sera perçue comme « violation flagrante du droit international », avec de nouvelles sanctions en perspective. À Londres, l’ambassadeur russe au Royaume-Uni a été convoqué pour donner des explications tandis que, sur le pont du porte-avions Charles de Gaulle, le président Hollande a appelé la Russie à respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

L’Otan, par la voix de son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, a parlé d' »incursion » russe, mais pas d' »invasion », dans l’est de l’Ukraine. Mais il n’a pas confirmé la destruction partielle de la colonne russe. Plus prudent, le chef de la mission d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Paul Ricard, a indiqué que ses observateurs n’avait vu « aucun camion ou véhicule blindé passer la frontière », avant de préciser qu’il ne pouvait être sûr que pour « les postes de contrôle de Goukovo et de Donetsk ».

À Moscou, l’on dément catégoriquement toute incursion militaire en Ukraine. Il s’agit de « fantasmes » pour Sergueï Choïgou, tandis que son collègue aux Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé la volonté de Kiev de « faire échouer » la mission humanitaire russe. « L’intensification brutale des opérations militaires » ukrainiennes dans cette région « a de toute évidence pour objectif de couper l’itinéraire convenu avec Kiev » pour le passage du convoi humanitaire, a-t-il plaidé.

« Il n’y a aucun convoi militaire russe qui aurait traversé la frontière entre la Russie et l’Ukraine », insisté  le général Igor Konachenkov, cité par les agences russes. » Les forces ukrainiennes détruisent des fantômes », a-t-il ironisé.

Enfin, du côté des États-Unis, la Maison Blanche a précisé être en de « récolter davantage de détails au sujet d’informations selon lesquelles les forces de sécurité de l’Ukraine ont détruit des véhicules dans un convoi militaire russe sur le sol ukrainien ». Car « nous ne sommes actuellement pas en position de confirmer ces informations », a affirmé Caitlin Hayden, porte-parole du conseil de sécurité nationale du président Obama.

« La Russie n’a aucun droit d’envoyer des véhicules, des personnes ou du matériel de quelque sorte que ce soit en Ukraine, sous aucun prétexte, sans avoir l’autorisation du gouvernement ukrainien », a encore ajouté Mme Hayden.

4- Quid des séparatistes pro-russes?

Histoire d’ajouter un peu plus de confusion, le nouveau  premier ministre de la république populaire de Donetsk autoproclamée, Alexandre Zakhartchenko, a déclaré, dans une vidéo diffusée par YouTube, le 15 août, avoir reçu des renforts venus de Russie, dont « 150 pièces d’équipement militaire, parmi lesquelles 30 tanks et des blindés, et quelque 1.200 hommes qui ont reçu quatre mois d’entraînement sur le territoire russe ».

La semaine passée, Alexandre Zakhartchenko avait remplacé Alexandre Borodaï, alors démissionnaire. La démarche de ce dernier a été suivie, il y a quelques jours, par  Igor Strelkov (de nationalité russe), jusqu’alors ministre de la Défense de la  république populaire de Donetsk, et par Valéri Bolotov, le chef de file des séparatistes à Lougansk.

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