M. Le Drian répond vertement à Hervé Morin, son prédécesseur au ministère de la Défense

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait averti, l’an passé, qu’il gardait des munitions en soute pour répondre à certains responsables de l’opposition qui s’aviseraient de critiquer la Loi de programmation militaire qui était alors en gestation. Cette année, il les a utilisées…

Le 13 juillet, l’un de ses prédécesseurs à l’Hôtel de Brienne, Hervé Morin, a souligné la baisse des moyens alloués aux forces armées. Et de proposer, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises, de supprimer la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire, qui coûterait, selon lui, entre 300 et 400 millions d’euros par an, et de réaffecter les sommes économisées à l’achat d’hélicoptères, de blindés, de drones ou encore d’avions de transport au profit des forces conventionnelles.

« Le maintien de cette composante aérienne nous oblige à conserver des crédits d’études, des escadrons aériens. Je rêverais de maintenir les deux composantes mais je dis, le cœur brisé, que dans le contexte budgétaire actuel, ça ne peut plus être ceinture et bretelles », a-t-il affirmé dans les colonnes du Journal du Dimanche.

L’ancien ministre, désormais député (UDI) membre de la commission des Affaires sociales (et non de la défense), tient ce discours depuis un moment, bien avant, en tout cas, la publication du dernier Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) et les débats portant sur la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019.

Or, le coût des Forces aériennes stratégiques (FAS) ne représente que 7% du budget global alloué à la dissuasion. Et M. Morin devrait le savoir puisque leur format a été réduit d’un tiers quand il était ministre, passant de 3 à 2 escadrons de chasse pour respecter le principe de « stricte suffisance ».

Toujours s’agissant de la composante aéroportée, « la supprimer reviendrait à moyen terme à économiser environ 56 millions d’euros par an sur le maintien en condition opérationnelle et, à plus long terme, environ 600 millions d’euros sur le programme de rénovation à mi-vie du missile ASMP-A, ainsi que 500 millions d’euros sur les études amont concernant le successeur de ce missile », expliquait le député Jean-Jacques Bridey, dans un rapport diffusé en 2012. « Ces sommes sont limitées, rapportées aux décennies pendant lesquelles s’exprimera le besoin et surtout au regard de l’utilité de la dissuasion », avait-il conclu.

Mais le plus embêtant dans cette histoire est que M. Morin n’a qu’une vision comptable des choses. Les FAS comptent deux escadrons de chasse qu’il faudrait donc supprimer, selon son raisonnemement, pour faire des économies. Mais c’est oublier que ces deux unités (le Gasgogne, sur Rafale, et le La Fayette, sur Mirage 2000N) assurent aussi des missions conventionnelles, comme l’on a pu le voir au Mali et en Libye. En outre, le député UDI feint d’ignorer que les avions ravitailleurs, indispensables à toute projection de force, sont financés par le budget alloué à la composante aéroportée. Enfin, ce n’est pas une question de bretelles et de ceinture… Que fera-t-on en cas de percée technologique concernant la détection des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins?

Bref, tous ces arguments n’ont pas été développés par M. Le Drian, lors de son passage au Grand rendez-vous d’Europe1, le 13 juillet. Ce dernier a seulement souligné que, vu le contexte international, il serait malvenu de « lever la garde. Mais face aux critiques de M. Morin, il n’a pas pris de gants, revenant ainsi sur sa volonté de ne pas critiquer ses prédécesseurs, au motif qu’il ne voulait polémiquer sur les enjeux de défense qui doivent dépasser les clivages partisans (comme c’est d’ailleurs le cas, faut-il le souligner, au sein des commissions parlementaires concernées).

« Mais je constate que ce n’est pas le cas de M. Morin et qu’il a l’indélicatesse de le faire le 14 Juillet « , a-t-il lancé sur les ondes d’Europe1. « Alors, a poursuivi M. Le Drian, je voudrais dire à M. Morin, que pour la première fois, je vais le critiquer.

Et d’asséner : « Quand je suis arrivé, j’ai pris son héritage (ndlr, M. Morin a quitté le ministère en novembre 2010). Et qu’est ce qu’il y avait dans l’héritage de M. Morin? Il y avait d’abord le système des soldes des soldats, qu’on appelle le système Louvois, un système invraisemblable qui faisait que ce système des soldes était fait pour payer les soldats alors qu’il ne les payait pas et si vous parlez du moral des troupes aujourd’hui, c’est en partie parce qu’il y a ce système de fabrication Morin. Et puis, les drones dont on avait tant besoin qu’il n’a pas achetés. Et puis les avions ravitailleurs, dont on a tant besoin et qu’il n’a pas commandé. Et puis les bases de défense qu’il a organisées de manière invraisemblable avec une complexité administrative ».

Aussi, M. Le Drian a affirmé ne « pas avoir de leçons à recevoir de M. Morin. Surtout pas le 14 Juillet.

La passe d’armes aurait pu s’arrêter là… Le lendemain, sur les ondes de RTL cette fois, M. Morin, qui s’était allé à poser une question écrite à son successeur pour lui demander des comptes sur le système Louvois qu’il avait lui même contribué à mettre en place alors qu’un rapport l’avait mis en garde sur les défaillances de ce système, est revenu à la charge.

« Le moral des troupes est au plus bas et, fait historique, tous les grands chefs militaires ont menacé de démissionner. On n’avait jamais vu ça depuis l’Algérie », a affirmé le député de l’Eure, après avoir dénoncé des déflations d’effectifs qui se feraient « en catimini ». Certes, les chefs d’état-major n’ont pas menacé de démissionner quand M. Morin était à l’Hôtel de Brienne (un l’a fait mais pour une autre raison). Mais lors de la publication, en juin 2008 du LBDSN commandé par le président Sarkozy, des officiers – via le collectif Surcouf – avaient pris la plume pour en dire tout le mal qu’ils en pensaient. L’affaire fit quelques vagues à l’époque. Sans doute un oubli, comme celui d’avoir lancé Louvois, encore celui d’avoir avalisé la réduction de 50.000 postes au sein des armées?

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