Les écoles d’officiers formeront-elles bientôt des civils?

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Comme on le sait, le ministère de la Défense va perdre 33.500 postes supplémentaires dans le cadre de la Loi de Programmation Militaire 2014-2019. Au total, en 10 ans, ses effectifs auront diminué de 25%, ce qui représente 82.000 personnels. Et cela alors que la crise économique n’est pas terminée, ce qui n’est pas sans conséquences sur le marché de l’emploi et donc, la reconversion des militaires.

Cette déflation d’effectifs s’impose pour des impératifs d’économies, le contexte budgétaire étant ce qu’il est… Seulement, la gestion des ressources humaines du ministère de la Défense s’avère extrêmement compliquée.

« Notre organisation actuelle ne nous permettra pas de trouver les 34 000 postes à supprimer. Cette transformation des organisations doit être préparée par les employeurs et doit précéder la déflation des effectifs, au risque de générer des vacances de postes. L’atteinte de la cible est réalisable, soit avec les départs, soit en baissant le recrutement mais, si nous ne transformons pas notre organisation actuelle, si nous n’identifions pas maintenant les postes à supprimer, nous aboutirons, au terme de la déflation, à ce qui est qualifié d’échenillage, avec des services en difficulté de fonctionnement », a ainsi expliqué le contrôleur général des armées (CGA) Jacques Feytis, le directeur des ressources humaines du ministère de la Défense (DRH-MD), lors d’une audition devant les députés de la commission « Défense » de l’Assemblée nationale.

Il s’agit d’éviter à nouveau un dérapage de la masse salariale (comme cela fut constaté lors de la LPM 2009-2014) en « dépyramidant », c’est à dire en supprimant des postes de cadres. Ainsi, jusqu’en 2019, 5.800 postes occupés par des officiers devront disparaître, avec le défi de maintenir certaines compétences qui seront très difficiles à retrouver si jamais elles venaient à s’éteindre.

« À l’intérieur du volume d’officiers, nous avons une disparité très importante de missions : si dans les armées les officiers sont largement affectés à des fonctions d’encadrement car il y a davantage de structures de commandement, ce n’est pas les cas au service de santé des armées (SSA) ou à la direction générale de l’armement (DGA), structures dans lesquelles les officiers ne sont pas tous des encadrants. La conduite de la déflation des officiers sera donc délicate car tous les services ne pourront pas y contribuer de la même manière », a fait valoir le CGA Feytis.

Aussi, la « déflation des officiers est très ambitieuse », a-t-il ajouté, étant donné que « la cible d’environ 1 000 postes supprimés par an est une limite maximale ». Depuis, a poursuivi le DRH-MD, « si nous ne remplissons pas nos objectifs de départs annuels, qui touchent principalement le haut de la hiérarchie, colonels et lieutenants-colonels, nous devrons réduire nos recrutements à la base, c’est-à-dire des sous-lieutenants ou lieutenants, ce qui mécaniquement nous empêcherait de disposer d’une pyramide des grades plus adéquate ».

Or, étant donné que, par la force des choses, il y a de moins en moins de troupes à commander (les forces opérationnelles rendront plus de 6.000 postes), les recrutements d’officiers sont mécaniquement revus à la baisse. Et si en plus les objectifs des départs concernant les officiers supérieurs ne sont pas atteints, cela risque de compliquer singulièrement la tâche des grandes écoles militaires…

En 20 ans, compte tenu de la baisse continue des effectifs (suspension de la conscription, RGPP, etc…), les promotions d’élèves officiers de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ont quasiment été divisées par deux.

« Je pense que la diminution des recrutements d’officiers est assez proportionnelle à la réduction des effectifs globaux. (…) Toutefois si nous voulons préserver ces écoles, il ne faut pas diminuer les recrutements à l’excès. En deçà d’un seuil critique, se poserait la question de l’existence même de ces écoles, ce qui serait gravissime. Nous devons préserver nos grandes écoles militaires », a affirmé le CGA Feytis.

Comment, dans ces conditions, maintenir l’ESM Saint-Cyr pour l’armée de Terre, l’Ecole navale pour la Marine nationale et l’Ecole de l’Air pour les aviateurs? « Il faut les ouvrir », a estimé Mme Patricia Adam, la président de la commission « Défense ». Et, visiblement, le DRH-MD y est tout à fait favorable.

« Il faut ouvrir le recrutement de ces écoles à des étudiants qui seront heureux de faire Saint-Cyr, l’École navale ou l’École de l’air, même s’ils n’envisagent pas d’être officiers », a-t-il dit. « Ils seront satisfaits de bénéficier des formations offertes et que l’on pourra sans doute adapter à la marge sans les dénaturer, pour vraisemblablement devenir des ambassadeurs enthousiastes de nos armées dans la société civile », a-t-il poursuivi.

Et d’ajouter : « Je pense qu’un jeune diplômé ingénieur de l’École navale ou de l’École de l’air ou de Saint-Cyr présentera un profil intéressant. Nos officiers ne sont pas forcément recherchés pour leurs compétences techniques militaires (..) Je suis persuadé que beaucoup de personnes seront ravies de suivre une formation dans une grande école militaire dans le cadre d’un double cursus ou d’un double master. Il est ainsi possible d’envisager un parcours de trois ans dans l’une des trois écoles militaires évoquées, complété par un an en école de commerce ou d’ingénieur avant de se lancer dans la carrière d’un cadre du secteur privé ».

Pour le CGA Feytis, une telle idée, qui n’est pas sans rappeler l’Ecole Polytechnique (mais les élèves qui en sortent sont invités à rejoindre un grand corps de l’Etat pendant au moins 10 ans, sauf à rembourser leurs frais de scolarité), serait un « facteur de rayonnement ». Quant à savoir combien cela coûterait au ministère de la Défense, le DRH-MD a répondu que « nous ne sommes certes pas en mesure de mettre immédiatement de telles mesures en pratique » mais que « nous trouverons des solutions ».

Photo : Elèves officiers de l’Ecole de l’Air (c) ECPAD

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