Tensions entre Pékin et Manille au sujet d’un récif en mer de Chine

Les différends territoriaux ne manquent pas dans la région Asie-Pacifique. Et pour une large part, ils impliquent la Chine. Il a été beaucoup question, ces derniers mois, des relations tendues entre Pékin et Tokyo au sujet de l’archipel Senkaku/Diaoyu, lesquelles ont motivé une hausse relativement importante des dépenses militaires japonaises. Mais ce serait oublier les incidents récurrents entre les forces navales chinoises et celles des Philippines autour de récifs situés dans le secteur des îles Spratleys, en mer de Chine.

Depuis quelques semaines, un bras de fer oppose les deux pays sur le récif appelé Ayungin par les Philippines et Ren’ai par la Chine (ou Second Thomas Shoal en anglais, ce qui mettra tout le monde d’accord).

Dans les années 1990, Manille a échoué, sur ce petit bout de territoire situé à 200 kilomètres de l’île philippine de Palawan et à 1.000 km de Hainan, une île où sont basés une partie les sous-marins chinois, le BRP Sierra Madre, un ancien navire américain de la Seconde Guerre Mondiale. Une petite unité des Marines philippins y a été déployée depuis afin de garder ce récif.

Seulement, la semaine passée, des navires appartenant aux garde-côtes chinois ont empêché deux bateaux civils philippins d’accoster sur ce récif alors qu’ils venaient apporter du ravitaillement à la garnison établie à bord du BRP Sierra Madre. Selon Manille, c’était la première fois qu’il y avait eu une telle intransigeance chinoise.

Comme l’on peut s’en douter, le gouvernement philippin a émis une protestation diplomatique et convoqué le chargé d’affaires chinois à Manille. De son côté, Pékin a répondu en faisant valoir que les deux navires avaient « violé la souveraineté territoriale de la Chine ainsi qu’un code de bonne conduite en mer de Chine méridionale signé en 2002.

« La Chine a demandé à plusieurs reprises aux Philippins de retirer leur navire, mais toutes ses demandes ont été ignorées les unes après les autres pour des raisons techniques », a expliqué, le 10 mars, Qin Gang, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

« C’est un geste provocateur qui soulève des tensions. En attendant la résolution des revendications territoriales en mer de Chine du Sud, il devrait y avoir aucune interférence avec les efforts des uns et des autres pour maintenir le statu quo », a commenté Jen Psaki, la porte-parole du département d’Etat. Alliés des Philippines, les Etats-Unis ont indiqué être « troublés » par l’attitude chinoise.

Depuis, l’unité des Marines philippins présente sur le récif a pu être ravitaillée… mais par les airs. « Nous confirmons qu’il y a eu un largage de nourriture pour nos troupes », a ainsi déclaré, le 13 mars, un porte-parole ministère de la Défense.

Fin de l’épisode? On en est au début seulement. Ce 17 mars, la Chine a haussé le ton à l’égard des Philippines, via son ministère des Affaires étrangères. « L »attitude du gouvernement chinois sur le maintien de la souveraineté du pays et de son intégrité territoriale est inébranlable. Nous ne tolérerons jamais l’occupation illégale par les Philippines du récif Ren’ai », a indiqué un porte-parole.

« La Chine est en état d’alerte dans le cas où les Philippines agiraient de manière provocante en mer de Chine du Sud. Les Philippines doivent accepter leur responsabilité pour les conséquences que cela impliquera », a-t-il ajouté.

Outre le récif Ayungin/Ren’ai, celui de Scarborough est également une source de tensions entre Pékin et Manille. Le mois dernier, le gouvernement philippin a protesté après un incident ayant impliqué des pêcheurs à des garde-côtes chinois.

Les eaux de la mer de Chine méridionale sont aussi disputées par Brunei, le Vietnam, la Malaisie et Taïwan. Deux secteurs – les archipels Spratleys et Paracel – suscitent en particulier les convoitises. Situés sur une route maritime très fréquentée – d’où leur importance stratégique – ces territoires sont riches en ressources halieutiques et disposeraient de réserves importantes de pétrole et de gaz.

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