Des soldats centrafricains ont lynché un ex-rebelle présumé à l’issue d’une cérémonie officielle

En 1870, à Hautefaye, en Dordogne, le jeune Alain de Monéys, qui s’apprêtait à rejoindre les rangs de l’armée, avait été pris pour un Prussien à la suite d’un malentendu lors d’une discussion avec des habitants du village. La suite fut horrible : après l’avoir molesté, la foule, prise par un vent de folie, le torture puis le mis à mort avec une barbarie inouie. Il fut même rapporté des scènes de cannibalisme. Des épisodes comme celui-ci (rapporté par l’écrivain Jean Teulé dans son livre « Mangez-le si vous voulez« ) ont été signalés en Centrafrique. Et le dernier en date a eu lieu le 5 février…

Cela en dit d’ailleurs long les rancoeurs dans ce pays. Ainsi, dans l’enceinte de l’école nationale de la magistrature, à Bangui, une cérémonie officielle, à laquelle ont assisté la présidente de transition Catherine Samba Panza, le général Francisco Soriano, commandant la force française Sangaris et le général Atanase Kararuza, commandant-adjoint de la Force africaine (Misca), a marqué la reformation des forces armées centrafricaines (FACA).

Le moment était donc important pour la normalisation de la situation en Centrafrique, pays dont l’Etat ne fonctionne plus depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition rebelle de la Séléka et de son chef, Michel Djotodia, poussé à la démission le 10 janvier. D’où la fierté de Mme Samba Panza de voir les FACA se reformer, grâce à la réintégration de ses éléments qui avaient pris la poudre d’escampette au printemps dernier.

La présidente de transition a même indiqué aux militaires centrafricains être en discussion avec les partenaires de Bangui pour assurer le paiement de leurs soldes et leur fournir les équipements indispensables à leurs missions.

Seulement, à l’issue de la cérémonie, et après le départ de Mme Samba Panza et des officiels, des membres des FACA s’en sont pris à un homme, qu’ils suspectaient d’être un ancien rebelle de la Séléka. La suite des évènements rappelle celle de Hautefaye… Le malheureux a été frappé à coup de bottes, de pierres et de couteau avant d’être déshabillé, le tout devant des soldats de la Misca qui assuraient la sécurité de la cérémonie.

La foule s’est rapidement jointe à ce lynchage. Selon des témoignages, le corps de la victime a été démembré, puis incendié. La Misca est ensuite intervenue à coups de gaz lacrymogène en tirant des coups de feu en l’air pour disperser tout le monde. Mais le mal était fait…

Quoi qu’il en soit, cela pose un sérieux doute sur la capacité des FACA à assurer la sécurité des rues de Bangui…

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