Baisse sensible du moral dans l’armée de Terre

« Je ne suis pas sûr qu’ils n’aient pas le moral. Je me rends toutes les semaines dans les forces, je parle avec tout le monde, je vois des militaires fiers de servir, heureux de ce qu’ils font », avait affirmé Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, le 14 juillet dernier, sur les ondes d’Europe1. Vraiment?

Un an plus tôt, le chef d’état-major des armées (CEMA), l’amiral Edouard Guillaud, avait averti lors d’une audition devant la commission « Défense » de l’Assemblée nationale, que le moral « était au seuil d’alerte ». Bien évidemment, la situation ne pouvait pas s’arranger d’un coup de baguette magique.

La preuve, quelques jours avant les propos du ministre sur le moral des militaires, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Bertrand Ract-Madoux avait affirmé au contraire que ce dernier lui semblait « porter des risques maximum pour l’avenir », avec le sujet de la condition du personnel.

Si les militaires sont des citoyens (presque) comme les autres (ils sont soumis à un statut général) et partagent les mêmes inquiétudes que le reste de la population, il n’en reste pas moins que l’empilement des réformes qui bousculent les armées (bases de défense, fermeture d’unités, mutations), les dysfonctionnements dans le paiement des soldes (Louvois), le blocage des tableaux d’avancement, les suppressions d’effectifs (ces derniers passant de 315 000 à 236 000 en 10 ans) et les incertitudes qui pèsent sur leur avenir font que le moral ne peut pas être au beau fixe.

Aussi, le général Ract-Madoux en averti le ministre, en lui adressant un courrier en diffusion restreinte daté du 20 janvier et qui a été évoqué par le quotidien Le Monde. Hormis le cas particulier des opérations extérieures, « tous mes subordonnés me signalent une baisse sensible du moral », a-t-il ainsi prévenu.

Le « manque de moyens persistant » et la dégradation des infrastructures (le CEMAT l’a à maintes reprises souligné) constituent un « motif d’insatisfaction majeur ». De même que les restrictions sur les budgets de fonctionnement, avec, note Le Monde, la « suppression des moyens de transport à disposition des régiments ».

Mais les ratés du Logiciel unique à vocation interarmées de la solde (Louvois), qui sera remplacé en 2016, ont miné la confiance des militaires. « Les dysfonctionnements que l’armée de terre endure depuis plus de deux ans maintenant sont de plus en plus mal vécus », fait valoir le général Ract-Madoux.

Certains militaires ne perçoivent pas la totalité de leur salaire (voire même pas du tout), ce qui les met dans des situations financières très délicates tandis que d’autres se voient verser des trop perçus. Or depuis quelques temps, le ministère de la Défense semble communiquer davantage sur les seconds que sur les premiers (ce n’est qu’une impression….)

« Par effet de domino, les impôts et les prestations sociales du foyer » sont à présent impactés, rappelle le CEMAT. Et le recouvrement des trop perçus donne lieu à quelques incompréhensions dans la mesure où « certaines sommes sont reprises alors que l’institution est encore débitrice ».

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