Les forces armées allemandes proches du point de rupture

Le dernier rapport remis au Bundestag par Helmut Königshaus, le commissaire aux forces armées allemandes, n’est pas plus optimiste que celui publié l’an passé, à pareille époque.

« Dans de nombreux domaines, le point de rupture est atteint, dans de nombreux cas même dépassé », a-t-il ainsi estimé, au sujet de la situation au sein de la Bundeswehr. Cette dernière subit, depuis 2010, une vaste réforme impliquant la suspension du service militaire, une baisse drastique des effectifs (de 250.000 à 185.000) ainsi que des fermetures de sites afin d’augmenter ses capacités de projection sur des théâtres d’opérations extérieurs.

Et cette réforme de la Bundeswehr ne va pas sans mal. L’édition 2013 du rapport de M. Königshaus avait insisté sur la baisse du moral des militaires allemands. Un an plus tard, la situation a empiré.

La preuve en est avec le nombre record de plaintes reçues par le commissaire auprès de la Bundeswehr : 5.095 ont en effet été déposées au cours des 12 derniers mois, alors que les effectifs sont passés, dans le même temps, de 198.000 à 184.000. Soit une hausse, en prenant en compte ces paramètres et par rapport à l’an passé, de 20%. Jamais le moral des militaires allemands n’a été aussi bas depuis 1989. Heureusement qu’il n’y a pas de dysfonctionnements dans le paiement des soldes outre-Rhin!

La réforme de la Bundeswehr ne se fait pas sans mal. Comme son homologue française, elle doit la réaliser tout en menant de front des interventions extérieures, comme en Afghanistan et au Kosovo, lesquelles l’ont « poussée dans ses limites » opérationnelles.

L’un des principaux problèmes des forces armées allemandes est la pénurie de personnels, plus ou moins grave pour certaines spécialités, comme celle des pompiers dans la Luftwaffe (force aérienne). Le rapport indique que cela a contraint plusieurs escadrons à suspendre temporairement leurs activités. Cela s’explique en partie par la difficulté de la Bundeswehr à recruter mais aussi par la démographie allemande.

Un autre motif susceptible de porter atteinte au moral de la troupe est la mauvaise gestion des ressources humaines. Le rapporteur a déploré que le temps de service avait tendance à l’emporter sur les compétences. En outre, la rigidité des structures administratives fait qu’un militaire étant apte à occuper certaines fonctions ne soit finalement pas retenu, quitte à les laisser vacantes.

Le rapport point également le manque d’investissement dans les infrastructures ainsi que des équipements déficients. Le souci est d’ordre financier, certains programmes ayant coûté plus cher que prévu, comme par exemple celui de l’Eurofighter Typhoon, dont le coût initial était de 33 millions d’euros pour atteindre 93,5 millions actuellement. Immanquablement, cela demande d’établir des priorités, au détriment d’autres secteurs.

Toutefois, un point positif a été souligné par le rapport : celui de l’équipement et de l’entraînement des forces déployées à l’étranger. « L’équipement des missions extérieures a été à juste titre une priorité dans les marchés au cours des dernières années », a expliqué M. Königshaus. « Maintenant, avec la réduction prévue des effectifs en Afghanistan, plus de fonds devraient être utilisés pour remplacer les équipements mis au rebut ou usagés », a-t-il ajouté.

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