Centrafrique : Qui sont les combattants de l’ex-Séléka?

La journée du 27 janvier a été marquée par l’évacuation de deux importants camps militaires (de Roux et Kassaï) occupés jusqu’alors par les combattants de l’ex-Séléka, la rébellion entrée dans Bangui en mars 2013 et responsable de nombreuses exactions commises à l’encontre des populations civiles. Cette mission a été menée par les troupes françaises engagées depuis près de deux mois dans l’opération Sangaris et celles de la Mission de soutien à la Centrafrique (MISCA), déployée sous l’égide de l’Union africaine (UA).

Les combattants de l’ex-Séléka – du moins ceux qui étaient encore présents – ont été transportés par camion aux camp RDOT et Béal, dans le nord de Bangui. « Ils ont été autorisés à garder les armes légères, kalachnikov et RPG, mais ont laissé les armes lourdes dans les camps », a précisé un officier français.

Au camp de Roux, siège de l’état-major des forces armées centrafricaines (FACA), ce sont les militaires burundais de la MISCA qui ont procédé à l’évacuation de combattants de l’ex-Séléka, qui y avaient établi leur quartier général depuis leur entrée dans Bangui. Selon l’envoyé spécial du Figaro, il ne reste plus grand chose dans cette emprise, le mobilier ayant été emporté par les ex-rebelles. Ces derniers ont toutefois laissé derrière eux des prisonniers, dont un qui a survécu miraculeusement de ses blessures.

« Dans les couloirs où règne encore une odeur de salle de garde mal tenuen seuls des vieux chiffons et des chaussures dépareillées ont été laissés par terre. Une culotte féminine et des bouteilles de bière vides traînent aussi, signes que les ex-Séléka n’étaient sans doute pas des musulmans très rigoureux », a noté le reporter du quotidien,  qui rapporte également que les soldats burundais ont interdit briévement l’accès du camp aux blindés français de l’opération Sangaris parce qu’ils n’en avaient pas reçu l’ordre…

Invité à s’exprimer au sujet des opérations en Centrafrique par les députés de la commission de la Défense, le 14 janvier dernier, le locataire de l’Hôtel de Brienne, Jean-Yves Le Drian, a livré quelques précisions au sujet de ces combattants de l’ex-Séléka.

« Selon nos estimations, les Sélékas représentent, sur l’ensemble du territoire centrafricain, environ 5.000 combattants armés », a-t-il affirmé. « Ils sont soudanais, tchadiens et centrafricains », a-t-il encore précisé.

S’agissant des « sélékistes » tchadiens, certains sont « loin d’être proches de M. Déby (le président du Tchad, ndlr) ». Quant à leurs relations avec les forces tchadiennes envoyées en Centrafrique dans le cadre de la MISCA, M. Le Drian a affirmé que « tous ces hommes se connaissent, et ont même, parfois, des liens de parenté ».

Toujours au sujet des membres de l’ex-Séléka d’origine tchadienne qui ont pris part au coup de force ayant renversé le président Bozizé, en mars 2013 et installé, à sa place, Michel Djotodia, qui a démissionné depuis, M. Le Drian a indiqué qu’ils « ont désormais perdu de leur influence », même s’ils sont « toujours des représentants au sein du CNT (Conseil national de transition) et une capacité de contrôle des milices ». Ils sont surtout présents dans le nord-est de la Centrafrique, précisément à Birao et Ndélé.

Par ailleurs, le ministe a aussi précisé que l’ex-Séléka compte « un bon nombre de mercenaires » dans ses rangs et qu’elle est dotée d’un « conseil (…) peu structuré ». Et d’ajouter : « Certains responsables, dont les noms nous sont connus, dirigent des groupes de 200 à 300 personnes ». Certains d’entre eux sont partis au Soudan.

Par rapport aux milices anti-balaka, créées en réaction aux exactions commises, les combattants de l’ex-Séléka sont « mieux armés », grâce au trafic d’armes et au pillage des stocks des FACA. Jusqu’à présent, a fait savoir M. Le Drian, il n’y a aucun lien entre ces derniers et les jihadistes. « Mais le prosélytisme islamiste, la proximité de Boko Haram (ndlr, au Nigéria) et des Shebabs dans la corne de l’Afrique font peser des risques réels », a-t-il expliqué.

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