La Brigade franco-allemande devrait être prochainement engagée au Mali

Quand, lors de sa conférence de presse du 14 janvier dernier, le président Hollande affirmé souhaiter « un couple franco-allemand qui puisse agir pour l’Europe de la défense », l’on pouvait être sceptique au regard des évènements encore récents. Et l’être encore plus avec la suite de la déclaration présidentielle.

« Bien sûr, il y a la Brigade franco-allemande, Jean-Yves Le Drian pourrait en parler mieux que moi. Mais nous devons faire davantage qu’une brigade. Nous devons montrer une responsabilité commune pour la paix et la sécurité dans le monde », a en effet affirmé le chef de l’Etat. Vaste programme donc.

Pour rappel, en 2011, l’Allemagne avait choisi l’abstention au Conseil de sécurité des Nations unies lorsqu’il s’était agi de voter une résolution instaurant une zone d’exclusion aérienne. Et il n’était évidemment pas question d’une quelconque participation allemande à l’opération Unified Protector menée par l’Otan. Au Mali et en Centrafrique, le soutien de Berlin à Paris a été avant tout politique, même si un apport logistique a minima a été apporté aux forces françaises et africaines.

En octobre, l’annonce de la dissolution du 110e Régiment d’Infanterie (RI), membre de la Brigade franco-allemande et dernière grande unité française à être stationnée outre-Rhin a jeté un froid, même si, plus tard, il a été annoncé qu’il serait remplacé par le 1er RI, qui restera toutefois à Sarrebourg.

Et puis il y a les mots. Au moment de céder ses fonctions de ministre de la Défense à Ursula von der Leyen, Thomas de Maizière n’a pas usé d’un langage très diplomatique à l’égard de la France et du Royaume-Uni. « L’Allemagne n’a besoin de leçons de quiconque en Europe sur la nature et l’étendue de ses déploiements internationaux », a-t-il lancé.

En matière de coopération militaire, l’idéal est bien évidemment de trouver un partenaire avec qui l’on partage une vision commune. C’est ce qu’avait expliqué le chef d’état-major des armées (CEMA), l’amiral Guillaud, en juin dernier, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

« Nous pouvons développer une coopération globale avec d’autres pays que le Royaume-Uni, mais pas forcément avec les États importants auxquels on pense habituellement. (…) Il faut d’abord une vision stratégique commune » et « en dehors du cas spécifique de la Pologne (…), le seul autre grand pays avec lequel nous partageons une vision stratégique commune est l’Espagne », avait-il affirmé.

Et c’est aussi le cas, à bien des égards, avec le Royaume-Uni. D’où la signature des accords de Lancaster House en novembre 2010, dont l’objectif était d’atteindre une étroite coopération entre les armées françaises et britanniques, lesquels ont l’habitude des opérations extérieures de par l’héritage du passé, ainsi que des règles d’engagement relativement proches.

Reste que pour le gouvernement français actuel, l’Europe de la défense ne peut passer que par une coopération avec l’Allemagne, dont les forces armées, même si elles font l’objet d’une réforme pour accroître leur « déployabilité », sont plutôt taillées pour le théâtre centre-européen (l’Afghanistan est une notable exception et Thomas de Maizière n’a pas manqué de le faire savoir) et qui obéissent à des règles d’engagement contraignantes. Qui plus est, le processus parlementaire devant autoriser le déploiement de troupes allemandes est autrement plus lourd qu’en France.

Aussi, l’on se demande bien quels pourraient être les projets franco-allemands allant au-delà de la Brigade franco-allemande (BFA)… En attendant, il est serait question de déployer cette dernière au Mali, avec une structure de commandement, selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, sur la foi de sources militaires.

Le quotidien « Les Dernière Nouvelles d’Alsace » a été beaucoup plus précis. Et pour cause, dans son édition du 17 janvier, il a rapporté ce qui été dit lors des voeux de la Brigade franco-allemande, à Donaueschingen. Ainsi, selon son commandant, le général Rudkiewicz, « une centaine de soldats des deux nations partirait pour Bamako en mars. Les militaires de la BFA vont intégrer, pour un tiers, l’état-major de la mission européenne de formation de l’armée malienne (ndlr, EUTM Mali). D’autres – sapeurs, fantassins – seront formateurs auprès de leurs homologues africains ».

Présent à Donaueschingen, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Ract-Madoux, a précisé que « cette décision a été validée avant l’annonce de la dissolution du 110e RI ». Sans nul doute que les derniers détails seront discutés lors du prochain conseil franco-allemand, qui doit se tenir le 19 février prochain.

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